Janvier 05, 2021

Tirer profit du miel en Éthiopie

Les formations à l'apiculture et la fourniture de ruches ont pour objectif de créer des sources de revenus supplémentaires pour les agriculteurs

L'apiculture n'a rien d'évident.

Pour récolter ne serait-ce qu'un kilo de miel, il faut disposer d'une ruche et acquérir une colonie nantie de l'indispensable reine. Et puis, il faut savoir comment prendre soin des abeilles pour qu'elles n'aillent pas butiner ailleurs, et avoir toutes les plantes nécessaires à proximité. Ensuite, bien sûr, il y a la récolte et, si vous voulez vendre ce miel, il faut le mettre dans des conteneurs et l'acheminer vers le bon marché. 

Mais une fois ces outils, compétences et connaissances en place, le miel a beaucoup à offrir, c'est pourquoi, en Éthiopie, un partenariat établi entre le Centre international sur la physiologie et l'écologie des insectes (ICIPE) et le Cadre intégré renforcé (CIR) collabore avec 8 districts et 2 650 personnes sur tout le territoire pour stimuler la mise en valeur du miel.

"Les possibilités de revenu pour les populations rurales sont limitées; or le miel a un potentiel énorme et peut aider à soutenir les jeunes sans emploi" a expliqué M. Abebe Jenberie Wubie, titulaire d'un doctorat, et chargé des travaux et des formations. 

L'Éthiopie est le pays africain qui produit le plus de miel et de cire d'abeille; la majeure partie est utilisée localement pour la fabrication du vin de miel, le tej, et de bougies utilisées lors des offices religieux. Et si on se mettait à commercialiser le miel frais du pays?

Trouver un créneau

L'un des axes majeurs des travaux du CIR avec les 47 pays les moins avancés, dont l'Éthiopie fait partie, est la réalisation d'études diagnostiques sur l'intégration du commerce (EDIC), qui examinent la situation commerciale d'un pays et donnent des conseils sur les mesures à prendre. L'EDIC la plus récente concernant l'Éthiopie a été réalisée en 2016 et a inscrit, dans sa section consacrée au potentiel d'exportation, le miel comme ayant un avantage comparatif par rapport aux autres pays, notant que ce produit était "plus adapté au développement de créneaux ou de marchés spécialisés".

En outre, la demande mondiale de miel augmente.

"Le miel éthiopien est d'excellente qualité, mais il est essentiel de se mettre en conformité avec les normes des marchés internationaux; cela est important en termes de renforcement de la capacité", a déclaré M. Mesgenu Arga Moach, Ministre d'État du commerce et de l'industrie de l'Éthiopie 

Pour développer un produit de niche tel que le miel à des fins d'exportation, les certifications et le respect des normes de qualité sont des éléments clés. L'EDIC fait état d'une possibilité supplémentaire consistant à obtenir ce qui est connu dans les milieux commerciaux comme une "indication géographique"; celle-ci marque un produit comme étant spécifique à un lieu et doté de qualités ou d'une réputation liées à ce lieu. Des indications géographiques comme le Champagne français ou le Gruyère suisse permettent de commercialiser à un prix plus élevé et de rendre plus compétitifs les produits, ce qui leur ajoute de la valeur.https://trade4devnews.enhancedif.org/en/impact-story/luring-honey-profits-ethiopia

Les lois de l'attraction 

Le miel éthiopien a la qualité requise, mais il y a un certain nombre d'étapes à franchir avant qu'il ne lui soit attribué une certification et une marque, c'est-à-dire avant qu'il soit reconnu. 

La première étape se déroule sur une plaine verdoyante à Ankesha, près du lac Tana. Trente-six ruches en bois jaune vif sont nichées sous une structure au toit de tôle et aux parois de boue. Les ruches sont entretenues par 18 habitants de Boya, qui n'avaient jamais encore pratiqué l'apiculture. Ils ont reçu une formation sur la gestion des colonies d'abeilles mellifères, les espèces de plantes que les abeilles préfèrent butiner, les techniques de pollinisation et la manière de procéder lorsque les ruches ne sont pas actives.

Maintenant que les milliers de stagiaires ont commencé à récolter, une nouvelle série de formations liées aux marchés et à la manutention après récolte, en fonction des normes de tel ou tel pays, est en train d'être dispensée à plus de 323 apiculteurs à Est Gojjam, Ouest Gojjam et Awi dans la région d'Amhara. L'utilisation des équipements de transformation du miel, les normes et le stockage du miel comptent parmi les sujets traités.

"La plupart des sujets abordés sont d'ordre pratique et visent à outiller les jeunes apiculteurs. La majorité des jeunes entreprises apicoles ont déjà commencé à récolter du miel et de la cire d'abeille et nous préparons un festival régional du miel dans le cadre de l'événement continental ApiExpo‑Africa qui aura lieu le mois prochain pour présenter les produits des apiculteurs participants aux consommateurs et aux transformateurs afin de leur permettre d'établir des liens avec le marché", a déclaré M. Wubie.

En pleine activité

M. Agumas Asema, l'un des apiculteurs de Boya, qui gère deux ruches, a dit qu'il espérait gagner plus d'argent après sa première récolte de miel.

"Je ne possède pas de terre, je n'ai pas d'activité principale", a-t-il dit. "Je gagne de l'argent en cultivant les terres d'autres personnes et en partageant les recettes."

Voilà pourquoi il faudra établir des liens avec les marchés. Et chaque nouvelle entreprise s'accompagne de défis à relever. M. Asema a indiqué que son nouveau groupe d'apiculteurs pouvaient obtenir des conseils et des renseignements auprès d'un agent de vulgarisation agricole et des formateurs alentour s'ils en avaient besoin. 

L'une des principales difficultés rencontrées jusqu'à présent est la désertion des ruches par les colonies, lorsque les abeilles les abandonnent complètement.

Wubie a déclaré: "Nous devons continuer à former les apiculteurs à la gestion des ruches afin qu'ils se familiarisent avec la nouvelle technologie. Pour ce qui est de la gestion des colonies, nous devons continuer la formation sur l'alimentation en période de pénurie et le développement durable du fourrage des abeilles dans et autour des ruchers".

C'est la solution de ces problèmes au niveau local qui permettra d'envoyer le miel du pays vers les marchés mondiaux, et même si certaines formations ont été mises en suspens à cause de la COVID‑19, la pandémie a eu un curieux effet sur le miel. 

"La COVID-19 est bien sûr source de difficultés, mais nombreux sont ceux dans la communauté apicole mondiale qui disent obtenir des prix encore plus intéressants pour les produits de la ruche depuis la pandémie. Dans notre localité, il est vrai que de plus grands volumes de miel ont été vendus aux consommateurs à des prix plus élevés, car les gens s'encouragent mutuellement à consommer du miel pour se prémunir contre la COVID-19", a déclaré M. Wubie.

"À ce jour, j'ai moi-même consommé avec ma famille 36 kg de miel depuis que le premier cas de COVID 19 a été détecté en Éthiopie en mars 2020", a-t-il ajouté.

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.