Mai 25, 2021

Redoubler d'efforts pour faire rayonner l'artisanat local du nord de la République démocratique populaire lao sur la scène internationale

Redoubler d'efforts pour faire rayonner l'artisanat local du nord de la République démocratique populaire lao sur la scène internationale

Le nord de la République démocratique populaire lao regorge de savoirfaire traditionnel. Il suffit de penser aux fines jupes aux motifs de diamants brodés à la main, aux textiles tissés teints dans des tons bleus ou aux sacs à main en lianes tissées à la main. Généralement produits pour être écoulés sur le marché local, ces articles sont également vendus aux touristes étrangers et sont parfois exportés.

Cependant, ce n'est pas parce que les femmes qui créent ces articles à forte intensité de maind'œuvre possèdent un savoirfaire extrêmement affûté qu'elles en tirent nécessairement un revenu décent. Un projet mené dans 6 villages de 3 provinces et associant 120 femmes tente de changer la donne.

Les provinces d'Oudomxay, de Luangnamtha et de Phongsaly sont reculées et les infrastructures y sont précaires. À cela s'ajoute un accès limité aux informations sur les marchés potentiels pour les produits artisanaux uniques, ainsi qu'un manque de connaissances sur les articles susceptibles de se vendre. Pour remédier à cette situation, le Ministère de l'industrie et du commerce de la République démocratique populaire lao et le Cadre intégré renforcé (CIR) s'efforcent, depuis 2019, d'aider les femmes de ces provinces à mieux vendre leurs produits et à les proposer à davantage d'acheteursL'objectif?Plus d'argent dans les poches des femmes rurales, et un point d'ancrage pour l'artisanat du pays dans le marché mondial des produits artisanaux d'origine éthique et durable, qui est très concurrentiel.

Découvrons comment les parties prenantes ont procédé et quels résultats elles sont parvenues à obtenir jusqu'à présent.

Nouer le contact

Tout d'abord, le Ministère s'est associé à Ock Pop Tok, une entreprise sociale spécialisée dans le textile et basée à Luang Prabang. Fondée en 2000 par un Laotien et une Anglaise, l'entreprise travaille en partenariat avec des artisans issus de communautés de tisserands vivant dans des régions reculées de la République démocratique populaire lao pour fabriquer des articles de haute qualité et commercialisables, en grande partie grâce à des collaborations avec des donateurs et le gouvernement. Les œuvres décoratives, les vêtements et les tapis ainsi fabriqués selon les principes du commerce équitable sont vendus dans les boutiques et le centre d'Ock Pop Tok, à la périphérie de Luang Prabang. Les femmes rurales avec lesquelles l'entreprise travaille peuvent également trouver d'autres marchés où vendre leurs produits.

Dans chacune des provinces cibles du projet mené conjointement avec le Ministère, Ock Pop Tok a sélectionné deux villages présentant un potentiel, c'estàdire où l'organisation fait défaut, où la production d'articles pourrait augmenter et où une telle possibilité économique est nécessaire et bienvenue. Le partenariat s'appuie sur la volonté du gouvernement d'améliorer la compétitivité des entreprises laotiennes et de développer son secteur commercial, qui découle d'une analyse du commerce du pays soutenue par le CIR, dans laquelle le textile et l'artisanat sont considérés comme des secteurs à fort potentiel de croissance. Une stratégie spécifique au secteur de l'artisanat a également été élaborée.

"Chaque village a ses propres ressources et compétences, mais bien souvent, les habitants ne savent pas comment les utiliser. À titre d'exemple, ils ne savent pas comment sélectionner la meilleure qualité de matière première. Ils l'achètent à l'endroit le plus pratique plutôt que de vérifier la qualité du produit", explique Soulinda Philiminda, responsable de la création et de la production chez Ock Pop Tok.

Ock Pop Tok dirige le projet aux côtés des tisserands et organise des formations dans les villages de Huayhok, Mang, Sinoudom, Lakkham, Longthang et Phapoon afin d'aider les femmes à acquérir de nouvelles compétences, telles que les techniques de teinture naturelle, la réalisation d'autres types de motifs, le calcul du coût des produits, etc.

"L'objectif principal de la création est de mettre à profit le savoir local et de trouver une niche de produit", a déclaré Lattanaphone Vongsouthi, Directrice de l'Unité nationale de mise en œuvre du CIR à l'échelle nationale auprès du Ministère de l'industrie et du commerce.

"Si nous avons choisi de travailler avec Ock Pop Tok, c'est notamment parce que cette entreprise joue un rôle de chef de file. Elle possède une grande expérience de la mise en valeur du potentiel des artisans ruraux, de l'assistance technique aux villageois et de l'aide à l'accès des populations locales aux marchés", a ajouté Mme Vongsouthi.

Les six villages abritent des minorités ethniques aux traditions particulières et uniques. Parfois, cellesci ne parlent même pas le lao, ce qui complique l'organisation des formations, tout comme la capacité des villageois à commercialiser leurs produits.

"En ce qui concerne les prix, ils ne connaissent pas les prix du marché et vont donc vendre leurs produits aux touristes à un prix très faible qui ne reflète pas la qualité du produit ni le temps passé à le produire", a déclaré Helen PengsonOrbe, responsable des finances et de l'administration d'Ock Pop Tok.

Mise sur le marché

La clé du succès de ce partenariat réside dans le modèle de groupe de production. Six groupes de production ont été formés pour faciliter le partage de connaissances et pour que les artisans ruraux soient mieux à même de se positionner en tant que groupe et de travailler avec des acheteurs extérieurs. Les groupes ont reçu un équipement de base tel que des machines de production de coton, des machines à coudre, des rouets et des teintures naturelles.

Ock Pop Tok travaille aux côtés des groupes pour produire des modèles spécifiques, ou pour produire des créations commercialisables en adéquation avec ce qu'ils créent traditionnellement, ou encore pour produire leurs propres pièces, de manière indépendante. Les articles qui sont ainsi produits sont soit achetés directement par Ock Pop Tok pour être vendus dans ses magasins, selon le type de produit, soit commercialisés par les groupes euxmêmes.

"Ock Pop Tok est en soi un marché pour ces producteurs, mais dans le même temps, nous ne voulons pas que ce marché soit le seul pour eux. Ock Pop Tok a également la responsabilité d'aider à établir des relations commerciales avec d'autres exportateurs", a déclaré Mme Vongsouthi.

Dans le cadre de ce développement de relations extérieures, les tisserands nouvellement formés des six villages se sont armés de leurs nouveaux produits et ont participé à trois foires commerciales à Luang Prabang et Vientiane en 2020. Les ventes qui en ont résulté ont généré un revenu supplémentaire de 4 000 USD.

Lors de l'une de ces foires, le Lao Handicraft Festival de Vientiane, un sac fabriqué à partir de lianes sauvages et de rotin, produit par le village de Mang dans la province d'Oudomxay, a remporté le premier prix de qualité.

"Au cours des 15 derniers mois, nous avons acheté beaucoup de produits sur ces marchés. Deux villages tissent du coton et produisent beaucoup de textiles. Nous avons donc passé des commandes pour leur acheter des jupes et des tapisseries", a expliqué Mme PengsonOrbe.

Et après?

Ce partenariat a pour objectif de développer en permanence les compétences, les méthodes de production durables et les ventes. La prochaine étape consistera à renforcer les liens avec les acheteurs internationaux et à développer les possibilités d'exportation, ce qui a été difficile pendant la pandémie.

Le manque de compétences commerciales, d'informations sur les marchés et de capitaux constitue un obstacle majeur à l'accès des arts ruraux de la République démocratique populaire lao aux marchés extérieurs. Les banques ou les services financiers non bancaires sont inexistants dans les villages. À l'échelle de ce partenariat, les formations dispensées permettent de remédier aux deux premiers obstacles susmentionnés.

Ock Pop Tok cofinance également 20% du coût total du projet, qui est également financé par le gouvernement de la République démocratique populaire lao et le CIR.

Jusqu'à présent, ces efforts ont permis de générer 10 000 dollars de revenus supplémentaires dans les six villages.

On espère toutefois pouvoir nouer des partenariats avec un plus grand nombre d'acheteurs pour des périodes plus longues.

"Nous souhaitons que ce partenariat commercial conclu avec ces villages se poursuive après la clôture du projet, car c'est ainsi que nous envisageons de pérenniser ce dernier", a déclaré Mme Vongsouthi.

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.