Mars 02, 2020

Hanna Norberg, instigatrice d'une communauté commerciale nouvelle et en expansion

La fondatrice des Expertes du commerce ("Trade Experettes") parle du réseau mondial d'expertes appartenant à "tous les horizons du commerce"

Alors, dites moi comment tout cela a commencé.

C'est quelque chose qui m'est pour ainsi dire tombé dans les bras, et personne n'a été plus surpris que moi!

Depuis cinq ans, je travaille comme "solopreneure", au sein de différentes équipes mais en ne gérant littéralement que moi‑même – et tout d'un coup, je me retrouve avec ce réseau de plusieurs centaines de femmes. C'est un peu comme avoir un bébé qui vous tombe dans les bras, non? Même si je n'avais aucune idée sur la façon de l'élever et sur quoi en faire, j'ai su immédiatement que cette liste d'héroïnes du commerce était un précieux trésor et que c'était à moi de le maintenir en vie.

Ce qui s'est passé, c'est qu'il y a eu l'an dernier un article dans l'un des principaux journaux des États‑Unis sur des négociations en cours au sujet d'un accord commercial, qui citait 12 experts du commerce – vraiment bons, des gens auxquels je demanderais leur avis à n'importe quel moment. Des types brillants … et c'était justement ça, il n'y avait que des hommes. Cela m'a amenée à une conversation sur Twitter où on se demandait comment faire pour trouver plus facilement des femmes expertes du commerce. Tout d'un coup, des gens ont commencé à désigner leurs collègues, et je me suis mise à collecter des noms, et c'est ainsi qu'est née cette brillante liste d'Expertes du commerce.

On a beaucoup débattu sur le déséquilibre en faveur des hommes dans ce domaine, et c'est une chose que je respecte, mais cette initiative ne consiste pas à rejeter ni à dénigrer qui que ce soit, nous essayons plutôt de faire en sorte qu'il soit plus facile d'offrir une alternative. Je pense qu'en fait le déséquilibre vient surtout d'un préjugé inconscient.

Donc, pour les journalistes et les organisateurs de conférences qui cherchent plus de diversité, nous rendons les choses plus faciles et nous braquons ce projecteur. C'était l'idée au départ, mais quand j'ai commencé à regarder la liste que nous avions établie, je me suis dit: "Attends un peu, c'est une ressource extraordinaire. C'est quelque chose à quoi je veux avoir accès – je veux ces femmes, avec leurs compétences et leur expérience, dans MON réseau."

Comment cela fonctionne t il maintenant?

Nous n'avons ni programme ni ressources en fait, mais c'est vraiment bien par ce que ce qui nous unit c'est qu'il y a ces expertes du commerce et elles sont toutes géniales parce que si elles sont arrivées jusque‑là, c'est parce qu'elles sont géniales et ont accompli des choses incroyables.

J'ai aussi eu la chance de travailler avec des experts dans les domaines de l'infrastructure-qualité, de la normalisation, de la réglementation et des douanes. Ces personnes – qui occupent une place centrale dans le processus – participent très rarement aux conversations. Trop souvent, les gens appartenant à différentes sphères du commerce n'ont pas l'occasion de se connaître.

La clé, c'est que toute personne qui fait activement partie des Expertes du commerce est prête à dire: "Alors, en quoi puis‑je vous être utile?" Je me suis demandé: "Comment puis‑je tenir la porte ouverte pour celles qui feront cela la prochaine fois?" Et ça s'est transformé en une sororité professionnelle au‑delà de tout ce que j'aurais pu imaginer. Il y a aujourd'hui un univers parallèle dans lequel j'appelle les gens au téléphone et je leur dis: "J'ai regardé votre CV et j'ai pensé que vous pourriez peut‑être nous aider pour ceci", et ces gens ne me crient pas après, ils disent: "Bien sûr, en quoi puis‑je vous être utile?" Et je me sens tellement reconnaissante et touchée de faire partie de tout cela.

Au début, nous nous sommes développées grâce aux personnes qui parlaient de nous ou qui disaient qu'une telle ou une telle devait faire partie du réseau. C'est ainsi que les choses ont commencé sur Twitter. J'ai d'abord pensé que nous pourrions créer un groupe Twitter, mais un groupe ne pouvait pas contenir plus de 50 membres et, en l'espace de 8 heures, nous étions au complet! J'ai alors ouvert un compte Twitter "Expertes du commerce", mais nous nous sommes rendu compte que tout le monde n'était pas sur Twitter. Alors, une de nos brillantes Expertes nous a fait un site Web avec un blog, et les gens nous ont contactées par ce biais. Nous avons aussi un réseau sur LinkedIn, avec un profil public et une page groupe privé.

Pour celles d'entre nous qui sont des membres actifs, que nous appelons les "Instigatrices", nous avons des réunions sur Zoom une fois par mois, où nous discutons de la façon d'avancer concrètement et de faire en sorte que notre liste brillante devienne une liste utile.

Dites m'en plus sur ces Expertes du commerce.

Nous avons des membres venant du monde entier aujourd'hui. Le but, c'est d'avoir des femmes appartenant à tous les horizons du commerce.

En fait, l'une des raisons pour lesquelles je me suis mise à mon compte, c'est pour être reliée à des personnes appartenant à tous les horizons du commerce. J'ai une formation universitaire, mais j'ai ensuite fait de la recherche en matière de politique, et il est devenu évident pour moi qu'il manquait une communication entre experts appartenant à différentes parties de l'univers du commerce. Les universitaires font du travail universitaire, et les responsables politiques font du travail sur les politiques. Il y a aussi les négociateurs commerciaux, le secteur privé et les journalistes, qui se trouvent tous dans des pays différents.

Dans mon activité professionnelle, j'ai aussi eu la chance de travailler avec des experts dans les domaines de l'infrastructure-qualité, de la normalisation, de la réglementation et des douanes. Ces personnes – qui occupent une place centrale dans le processus – participent très rarement aux conversations. Trop souvent, les gens appartenant à différentes sphères du commerce n'ont pas l'occasion de se connaître, sauf s'ils ont travaillé dans un domaine spécifique ou se sont rencontrés quelque part lors d'une conférence.

Pour tirer le maximum d'avantages du commerce, nous, en tant que communauté mondiale, avons besoin de prendre des décisions en connaissance de cause. Et pour prendre ces décisions en connaissance de cause, nous avons besoin de réunir des informations exactes et actuelles. Nous avons besoin de nous instruire au contact de tous les acteurs de la chaîne du commerce et de communiquer avec eux. C'est pour cela que le fait de connecter des expertes de "tous les horizons du commerce" est aussi puissant et passionnant.

On parle beaucoup évidemment des panels exclusivement masculins – qui continuent de poser problème. Est‑ce un point névralgique?

En fait, c'est Cecilia Malmstrom qui m'a appris les ficelles du métier dans ce domaine. À chaque fois qu'elle était invitée à participer à une conférence dans son rôle de Commissaire au commerce de l'UE, elle répondait: "Si je suis la seule femme sur l'estrade, je ne viens pas." C'était un moyen pour les organisateurs de la conférence de montrer qu'ils avaient fait leur travail en préparant la conférence avant de la contacter, non? Pour elle, la présence de femmes brillantes était évidente, donc toute personne qui répondait qu'elle n'avait pas pu trouver d'intervenantes qualifiées ne s'était tout simplement pas donné la peine de faire suffisamment de recherches.

Nous fonctionnons selon la devise "plus on est de fous, plus on rit" et nous sommes ravies de collaborer avec d'autres comme l'Organization of Women in International Trade (OWIT) et Women in International Trade (WIIT). Nous avons aussi la chance de travailler avec The Brussels Binder, qui milite pour mettre fin aux panels exclusivement masculins. Nos Expertes font partie de leur réseau, et c'est un moyen supplémentaire de les trouver. Je dois dire aussi qu'il y a de nombreux collègues masculins dont la générosité et le soutien ont été décisifs pour nous permettre d'arriver là où nous en sommes.

Prévoyez‑vous des événements en particulier?

We are lucky enough to have Experettes as part of our Instigators group who are brilliant at writing grant proposals. As such, we have recently acquired some seed money from the Jean Monnet fund in the EU that will enable us to organize events featuring Experettes over the next two years. The first will be in Brussels in May, then in Stockholm, and one in London and one in DC.

Qu'espérez vous pour l'avenir du commerce?

Pour moi, le commerce est quelque chose de totalement magique. On entre dans un supermarché et on trouve des fruits en plein hiver en Suède ou dans le Midwest aux États‑Unis – c'est tout simplement magique que ça se passe ainsi. Je pense qu'il y a de meilleurs moyens de faire de la politique commerciale et, pour cela, nous avons besoin de ces compétences supplémentaires. Nous devons aller de l'avant et trouver ce qui marche le mieux et, pour les aspects du commerce que nous ne connaissons pas encore, il y a une obligation éthique d'essayer et de donner les mêmes chances à tous. C'est comme cela que je vois les choses.

Il y a sans cesse des gens qui me contactent, et nous cherchons comment les conseiller et les inspirer. Nous voulons que les personnes du monde entier aient leur place à la table. Nous avons besoin de voix plus diverses, de personnes ayant l'esprit plus ouvert, nous avons besoin de plus de personnes intelligentes, de plus de personnes généreuses et suffisamment humbles pour partager l'information.

Une Experte du commerce, c'est un ensemble talent + femme + commerce + experte, dans lequel le talent est le mot clé et la raison pour laquelle nous sommes allées aussi loin. Il en va de même pour l'avenir du commerce et de la politique commerciale. Nous avons besoin d'une plus grande diversité dans ce domaine, nous avons besoin de réunir plus de compétences et d'en tirer le meilleur parti mais, pour faire vraiment une différence, nous avons besoin de gens disposés à faire preuve d'ouverture d'esprit, à apprendre et à utiliser leur pouvoir et leur position pour développer le commerce en tant qu'outil au service de tous.

Crédits

Header image of a ylang-ylang bloom in Comoros - ©Ollivier Girard/EIF

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