Mars 18, 2021

Le rebond du commerce mondial donne à penser que des leçons sont tirées de la COVID 19

La reprise prend une forme inattendue

En avril 2020, les marchés mondiaux étaient en chute libre. Les gouvernements du monde entier débattaient de l'opportunité d'imposer de nouvelles mesures protectionnistes radicales, et le commerce mondial semblait sur le point de connaître sa plus forte baisse depuis la crise financière mondiale de 2008. Si la pandémie de COVID-19 a été la cause directe de ce chaos, le conflit commercial latent entre les États-Unis et la Chine et l'absence de consensus sur l'avenir de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont exacerbé les inquiétudes.

Sous l'effet de la pandémie, le commerce mondial semblait arriver à son point de rupture.

À l'été, le tableau qui se dessinait était fondamentalement différent. Malgré les inquiétudes initiales, le commerce a relativement bien résisté. Mais le rebond du commerce n'était pas acquis. Il a plutôt été le résultat de la robustesse des réseaux commerciaux et de la réticence des décideurs politiques à imposer de nouvelles mesures protectionnistes majeures en réponse à ce que l'on espère être un phénomène transitoire. Plus le commerce mondial se rétablira rapidement, meilleures seront les perspectives d'une reprise économique vigoureuse. 

La reprise du commerce de marchandises a commencé en juin. À la fin de l'année, les pertes commerciales mondiales liées à la COVID avaient été compensées, avec une croissance des exportations de marchandises de 7,8% en glissement annuel en décembre. Pour l'ensemble de l'année 2020, le rapport intitulé Perspectives économiques mondiales récemment publié par la Banque mondiale prévoit une contraction du commerce mondial légèrement inférieure à celle enregistrée au cours de la crise financière de 2009, mais la baisse du PIB en 2020 devrait être presque deux fois plus importante qu'en 2009. Les pays à faible revenu ont connu la première contraction globale en une génération et devraient rester, d'ici à 2022, 5,2% en dessous des projections antérieures à la pandémie.

La performance relativement meilleure du commerce reflète la résilience de ce dernier pendant cette grave crise. Le transport maritime par conteneurs, une mesure en temps réel du commerce international, s'est fortement redressé au cours de l'été et, au 15 février, la capacité de transport mondiale était supérieure de 5,3% à celle de la période correspondante de l'année précédente. Pourtant, la reprise n'a pas été uniforme. Si les pays d'Asie de l'Est, bien intégrés dans les chaînes de valeur mondiales (CVM), sont arrivés en tête, les pays à faible revenu et les régions moins intégrées au niveau mondial – Amérique latine, Asie du Sud et Afrique subsaharienne – restent à la traîne pour ce qui est de la reprise du commerce, les importations étant toujours en baisse de 15 à 20% en glissement annuel en décembre.

Au cœur de la reprise se trouvent des entreprises qui ont trouvé des moyens d'adapter leurs chaînes d'approvisionnement même avec des cycles de production pour maintenir la distanciation sociale, et dans un contexte d'incertitude politique et de nouvelles procédures à la frontière. De récentes enquêtes de la Banque mondiale auprès d'entreprises multinationales indiquent que plus de la moitié d'entre elles (58%) se sont tournées vers les technologies numériques pour optimiser les capacités et améliorer la logistique, et qu'un tiers d'entre elles déclarent cartographier les niveaux de leurs chaînes d'approvisionnement pour améliorer la visibilité des vulnérabilités potentielles.

Ces évolutions sont essentielles.

Bien que la cartographie des chaînes d'approvisionnement ait été bien développée en tant que technologie et pratique de gestion avant 2020, mêmes parmi les grandes entreprises, certaines n'avaient pas encore mis en œuvre les meilleures pratiques et ont été prises au dépourvu lorsque certaines sources d'approvisionnement se sont taries. Si certaines entreprises ont changé temporairement ou définitivement de fournisseurs, la grande majorité d'entre elles n'ont pas encore changé de fournisseurs ou de sites de production.

Le fait que peu d'entreprises déplacent leurs sites de production indique que les gains d'efficacité que les entreprises escomptent des CVM continuent de l'emporter sur les coûts qu'elles attendent des futures perturbations des chaînes d'approvisionnement. Si la diversification géographique des fournisseurs et la délocalisation de la production s'étaient généralisées, cela aurait eu des conséquences considérables sur le commerce et les investissements mondiaux.

Mais, comme l'a montré la reprise du commerce en Asie de l'Est, il est difficile de démêler les CVM. De récentes recherches sur les CVM réalisées par la Banque mondiale montrent que les entreprises ont réalisé des investissements importants dans les relations entre fournisseurs, producteurs, créanciers et opérations de transport au fil des ans – des investissements que les entreprises sont peu disposées à abandonner en l'absence de preuves concluantes qu'ils ne seront pas rentables à long terme. Les dépenses visant à déplacer la production sont particulièrement improbables en période d'effondrement de la demande, de contraintes de trésorerie et de sous-utilisation des capacités. Notre dernière enquête sur les sociétés affiliées des entreprises multinationales dans les pays en développement et les marchés émergents montre que 85% d'entre elles n'apportent aucun changement à leurs plans d'investissement mondiaux ou retardent leurs investissements.

Si le commerce était risqué, les entreprises importatrices devraient avoir de meilleurs résultats pendant la crise. Or, ce sont les entreprises exportatrices qui se sont révélées les plus performantes. Les enquêtes menées auprès des entreprises dans 53 pays montrent qu'elles sont moins susceptibles de fermer, qu'elles ont des revenus plus élevés et qu'elles disposent d'une marge financière plus importante que les entreprises de taille similaire dans les mêmes secteurs. Au lieu de constituer un risque, le commerce a rendu les entreprises plus résistantes, car elles ont accès à d'autres marchés et à des financements moins coûteux.

Le commerce des marchandises a relativement bien résisté, tandis que le commerce des services, longtemps considéré comme l'avenir de la croissance du commerce mondial, a souffert. Les exportations mondiales de services ont diminué de près d'un quart par rapport à l'année dernière. Les voyages et le tourisme se sont effondrés suite aux vagues successives du virus. Les données agrégées pour les États-Unis, le Japon, la Chine et l'Allemagne montrent que les exportations de voyages ont chuté de plus de 70% en décembre par rapport à l'année dernière. Il y a eu des exceptions, comme les technologies de l'information, qui ont bénéficié d'une augmentation spectaculaire de la main-d'œuvre à domicile. Mais le déclin de l'activité en face à face a plus que compensé ce phénomène.

Le commerce de marchandises a retrouvé les niveaux d'avant la crise, mais va-t-il augmenter?

On sait que l'avenir du commerce est difficile à prévoir. À la fin des années 1980, l'environnement du commerce semblait également sombre. La croissance du commerce mondial n'était que légèrement supérieure à celle des revenus, et nettement plus lente qu'au cours des décennies précédentes, et les efforts de libéralisation étaient au point mort. Mais dans les années 1990, l'amélioration des communications et de la logistique, plusieurs accords commerciaux majeurs (ALENA, OMC, élargissement de l'UE) et la libéralisation en Chine ont ouvert une période de croissance commerciale sans précédent.

En profitant de la crise pour ouvrir leurs économies et améliorer la logistique, les pays se relèveront plus facilement de la crise de la COVID. Cela est particulièrement important dans les pays à faible revenu, où une intégration mondiale plus poussée, notamment par le biais d'accords commerciaux, aura des retombées favorables à une reprise plus inclusive et durable. En particulier, les accords sur le commerce électronique et le commerce numérique, ainsi que les accords commerciaux verts, pourraient soutenir la croissance et contribuer à rétablir la coopération mondiale. Tout comme les tensions commerciales croissantes des années 1980 ont conduit à une refonte du système commercial mondial dans les années 1990, une autre refonte est nécessaire aujourd'hui pour garantir des conditions équitables, en particulier pour les pays à faible revenu, régies par des règles transparentes et prévisibles. La réduction de l'incertitude en matière de politique commerciale sera essentielle pour relancer l'investissement et la croissance au niveau mondial.

Tant que la pandémie ne sera pas terminée, l'économie mondiale continuera à rencontrer des obstacles à la reprise. Les investisseurs restent sur la touche, attendant de voir quels secteurs et quels marchés se redresseront le plus rapidement et comment les politiques en matière de commerce et d'investissement s'adapteront. Une croissance plus forte du commerce et de l'investissement au niveau mondial renforcerait la reprise post-COVID. Mais il faudra pour cela que les gouvernements des pays avancés appliquent des politiques prévisibles et ouvertes, et que les gouvernements des marchés émergents et des pays en développement profitent de la crise pour engager des réformes favorisant l'ouverture des marchés.

Cet article fait partie d'une série destinée à stimuler le dialogue, les conversations et les débats en marge de l'événement de l'OMC intitulé "Aid for Trade Stocktaking" qui se tiendra du 23 au 25 mars. L'article répond au thème 4 de l'événement : Chaînes de valeur mondiales, capacité du côté de l'offre et pandémie.  

About the author

Caroline Freund est Directrice mondiale du pôle Commerce, investissement et compétitivité à la Banque mondiale.

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