Avril 29, 2020

Initiative en faveur du tourisme (écologique) en Afrique de l'Ouest: dernière chance de protéger la biodiversité africaine

Malgré l'impact de la pandémie de COVID 19 sur les voyages, les objectifs de l'Afrique de l'Ouest restent valables

En juin 2019, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a adopté la stratégie ECOTOUR, une politique régionale en matière de tourisme assortie d'un plan d'action pour 2019‑2029. Cette stratégie inclut une évaluation globale de la situation du tourisme, des priorités stratégiques, une liste d'objectifs et un programme de mise en œuvre, soulignant que le tourisme a déjà généré plus de 3 millions d'emplois dans la région.

La politique met l'accent sur le développement local, notamment en créant des emplois qualifiés et non qualifiés pour les groupes et les régions marginalisés et en intégrant les communautés locales en tant que gardiennes et bénéficiaires des ressources naturelles et culturelles. Elle reconnaît également les retombées économiques et les effets multiplicateurs dans les secteurs liés au tourisme, comme les transports, l'environnement, l'agriculture, la pêche et la construction. Malgré la pandémie de COVID‑19, ces objectifs restent valables et une stratégie concertée de protection de la biodiversité peut permettre de prévenir les pandémies futures tout en diversifiant le tourisme.

Lorsqu'ils ont approuvé la stratégie ECOTOUR, les ministres du tourisme ont spécifiquement préconisé des programmes d'écotourisme favorables aux populations vulnérables. Par chance, l'Afrique de l'Ouest abrite l'une des huit régions névralgiques de la biodiversité qui se trouvent en Afrique – les forêts guinéennes couvrent des parties de 11 pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale et la sous‑région des forêts de Haute‑Guinée s'étend sur 7 États membres de la CEDEAO. Au moins 936 espèces végétales et animales vivant dans ces forêts sont menacées d'extinction à l'échelle mondiale, un nombre susceptible d'augmenter à mesure que d'autres espèces seront étudiées.

Menaces pour la biodiversité en Afrique de l'Ouest

Parmi les espèces menacées d'extinction les plus énigmatiques d'Afrique de l'Ouest figure l'hippopotame pygmée (Choeropsis liberiensis), dont le nombre d'individus restants à l'état sauvage est estimé à moins de 2 500 et qui vit essentiellement dans le Parc national de Sapo au Libéria et dans les zones protégées limitrophes, comme le Parc national de la Forêt tropicale de Gola en Sierra Leone et le Parc national de Taï en Côte d'Ivoire. Les autres espèces menacées de la région incluent le céphalophe de Jentink, le cercopithèque diane et les chimpanzés. La grande biodiversité de la région est également illustrée par le fait que le secteur d'Oban du Parc national de Cross River au Nigéria abriterait plus de 1 000 espèces de papillons.

D'après le Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques (CEPF), "bon nombre des menaces pour la biodiversité dans les forêts guinéennes sont liées, directement ou indirectement, à une forte incidence de la pauvreté, de l'instabilité politique, des pratiques non durables et/ou des conflits civils". Ces menaces incluent les pratiques agricoles non durables, la chasse en brousse, le commerce d'espèces sauvages, l'exploitation forestière, la surpêche, l'extraction de pétrole et de gaz, la production de bois de chauffage et de charbon de bois, l'extraction minière et le changement climatique. Il est important de souligner que l'une des conséquences les plus dangereuses est l'augmentation du risque de pandémie due à la destruction de la biodiversité. Des données récentes montrent que l'augmentation de la fréquence des épidémies peut être liée à la perte de la biodiversité. La perturbation des écosystèmes naturels à cause de changements dans l'utilisation des terres, de l'agriculture, de la chasse d'espèces sauvages et de la déforestation peut précipiter la transmission de maladies dangereuses des animaux aux humains.

Une stratégie concertée de protection de la biodiversité peut permettre de prévenir les pandémies futures tout en diversifiant le tourisme.

Certains groupes œuvrant à la conservation de la biodiversité ont donc préconisé d'interdire le commerce mondial d'espèces sauvages et de protéger l'environnement naturel, car cela pouvait limiter la transmission d'agents pathogènes portés par les espèces sauvages et empêcher les pandémies.

Possibilités et difficultés liées au tourisme (écologique)

À la différence d'une stratégie nationale en matière de tourisme, la stratégie ECOTOUR encourage les réseaux intégrés d'aviation et de transport terrestre et la libre circulation des personnes et des marchandises au sein de la CEDEAO. De la même manière, une approche régionale en matière d'investissement, de réglementation et de statistiques pourrait contribuer à ce que l'Afrique ne soit plus considérée comme une destination à haut risque pour l'IED, grâce à plus de transparence et à une plus grande cohérence des politiques. En outre, une approche régionale peut faciliter les efforts conjoints de redressement grâce à la collaboration et à une répartition efficace des ressources pour lutter contre des pandémies telles que la COVID‑19 et ainsi rétablir le tourisme et les écosystèmes qui constituent la biodiversité.

La stratégie ECOTOUR vise à faciliter les économies d'échelle par la réduction des coûts de transport, la création de centres de formation au tourisme et à l'hôtellerie, l'amélioration des compétences et des normes professionnelles propres au secteur l'utilisation généralisée des technologies numériques. Les approches globales peuvent contribuer à la création de produits écotouristiques régionaux transfrontières spécialement destinés aux clients intrarégionaux en reliant les circuits touristiques pour donner accès à de multiples destinations dans différents États. En privilégiant la complémentarité plutôt que la concurrence directe, une stratégie régionale permet à chaque pays d'ajouter des éléments locaux uniques à l'offre touristique globale.

Outre la COVID‑19, les principales difficultés rencontrées pour mettre en œuvre la stratégie ECOTOUR et garantir des arrivées constantes de touristes internationaux en Afrique de l'Ouest incluent les préoccupations concernant la sûreté et la sécurité; les coûts prohibitifs et la limitation des voyages et du transport aérien, récemment exacerbés par les restrictions appliquées aux voyages de masse; le caractère inadapté des infrastructures de transport terrestre, y compris l'accès aux principaux sites touristiques; et la quasi‑absence de stratégies nationales et régionales de promotion du tourisme et de l'écotourisme. Un accent disproportionné mis sur les touristes en provenance des pays du Nord a relégué au second plan des priorités le marché du tourisme régional et africain, qui représente, d'après les estimations, plus de 300 millions de visiteurs potentiels. Ainsi, la stratégie ECOTOUR vise à développer et à ouvrir le marché du tourisme régional à ces nouveaux clients tout en soutenant les stratégies internes de développement touristique dans la région.

Le Plan d'action pour 2019‑2029 relatif à la stratégie ECOTOUR comprend cinq programmes de mise en œuvre et 39 mesures prioritaires réparties en plusieurs phases annuelles, ainsi que des mécanismes détaillés de suivi et d'évaluation (l'écotourisme n'est malheureusement pas particulièrementdéveloppé). Toutefois, on ne dispose pas d'informations sur les niveaux de mise en œuvre effective et les plans de mise en œuvre au niveau par pays pour les cinq programmes et les mesures prioritaires qui s'y rapportent.

Dans l'ensemble, le besoin le plus urgent concerne le financement: la stratégie ECOTOUR ne mentionne que des sources de financement potentielles, le coût total étant estimé à 371 millions de dollars EU. Au niveau panafricain, le potentiel du secteur du tourisme a été reconnu dans l'Agenda 2063 de l'Union africaine: par exemple, le programme décennal de mise en œuvre prévoit expressément de doubler le tourisme intra‑africain, d'accroître l'écotourisme côtier de 20% et d'allouer au moins 10% des recettes publiques au financement de programmes de développement communautaire.

Conclusions: les parties prenantes doivent coordonner leurs efforts de mise en œuvre!

En Afrique, alors que les stratégies de développement du tourisme en réponse à la COVID-19 commencent tout juste à émerger, la juxtaposition de projets d'écotourisme avec des projets de tourisme communautaire est déjà utilisée comme stratégie de lutte contre la pauvreté. Par exemple, il existe environ 50 projets communautaires dans les régions rurales d'Afrique de l'Ouest, notamment sur tout le territoire du Ghana, du Togo et du Bénin. Certains sont gérés uniquement par les communautés locales, tandis que d'autres sont soutenus par des offices de tourisme nationaux, des centres de conservation ou des ONG à but non lucratif. Basés dans des villages ruraux, ces projets encouragent les circuits authentiques, locaux et culturels, les visites de villages, les activités de pleine nature et l'hébergement chez l'habitant afin que les communautés locales en bénéficient directement.

Même pendant la crise actuelle liée à la COVID‑19, le tourisme virtuel offre une occasion de plus en plus importante de commercialiser des destinations, de développer le commerce électronique et faire valoir l'importance de la biodiversité pour prévenir les pandémies.

Il est urgent de mettre en œuvre la stratégie ECOTOUR afin de pouvoir utiliser l'écotourisme pour développer les communautés locales et créer des emplois pour les jeunes – tout en protégeant la biodiversité en Afrique de l'Ouest. En plus de protéger l'environnement et la biodiversité (ce qui contribue à prévenir les pandémies), l'écotourisme offre certaines des meilleures possibilités d'emploi décent, d'entrepreneuriat, de développement économique pour les femmes et les jeunes et de développement rural. Même pendant la crise actuelle liée à la COVID‑19, le tourisme virtuel offre une occasion de plus en plus importante de commercialiser des destinations, de développer le commerce électronique et faire valoir l'importance de la biodiversité pour prévenir les pandémies.

Le tourisme (écologique) soutient les secteurs nationaux de services, y compris la commercialisation, la finance et la construction, et encourage l'industrie légère – à condition que les politiques pertinentes soient effectivement mises en œuvre, y compris dans le cadre de la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf). La coordination public‑privé est difficile, impliquant de nombreux organismes publics et un large éventail de secteurs économiques et sociaux; de même, la coordination entre les partenaires de développement dans le secteur du tourisme peut aussi être complexe.

La stratégie ECOTOUR donne une occasion de tirer parti des liens institutionnels et de la collaboration entre les parties prenantes. Dans le cadre de l'Aide pour le commerce et en réponse à la pandémie de COVID‑19, les projets d'écotourisme qui privilégient la biodiversité et les liens communautaires et socioéconomiques – tout en mobilisant un financement et une assistance technique – sont plus que jamais urgents.

L'absence actuelle d'arrivées de touristes est une excellente occasion de se concentrer sur la mise en œuvre de la stratégie ECOTOUR, y compris sur la biodiversité/l'écotourisme. Au vu des efforts nécessaires en termes de planification, de préparation et de formation, il n'y a pas de temps à perdre.

About the author

Dale Honeck est conseiller principal à la Division du commerce des services et de l'investissement de l'Organisation mondiale du commerce. Kim Kampel est conseillère commerciale chargée des négociations commerciales et des nouvelles questions commerciales au Bureau des petits États du Commonwealth à Genève.

Credits

Header image of a canopy walk for tourists at Kakum National Forest in Ghana - ©Jonathan Ernst/World Bank via Flickr Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.0 Generic (CC BY-NC-ND 2.0) license

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