Juin 08, 2020

Tourisme et COVID 19: Une occasion de mieux rebâtir

L'arrêt des voyages a un effet dévastateur sur un secteur qui est un moteur essentiel de croissance dans les pays les plus pauvres du monde

Selon les scénarios de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), le tourisme pourrait diminuer de 60 à 80% cette année, portant un coup terrible à un secteur essentiel pour la croissance des pays les plus pauvres du monde.

"Les incidences de la COVID‑19 sur le tourisme sont sans précédent. Avec la fermeture des frontières, les hôtels privés de clients et les avions cloués au sol, le tourisme a été totalement paralysé au cours des deux derniers mois", a déclaré Mme Zoritsa Urosevic, Directrice du Département des relations institutionnelles et des partenariats à l'OMT.

"Dans le meilleur des cas, les arrivées de touristes internationaux diminueront de 58% si les frontières commencent à s'ouvrir progressivement en juillet. Ce serait la plus forte baisse des arrivées de touristes internationaux de l'histoire."

Suite à la pandémie de COVID‑19, 100% des destinations mondiales ont mis en place des restrictions aux voyages, ce qui a déjà entraîné une baisse de 67 millions de touristes internationaux jusqu'en mars et une perte de 80 milliards de dollars EU d'exportations.

Un secteur essentiel pour des millions de personnes

Le tourisme est l'un des secteurs les plus importants et les plus dynamiques au monde, puisqu'il représente près de 10% du PIB mondial, 30% des exportations mondiales de services et génère 1 emploi sur 11.

La réouverture des destinations est notamment axée sur le renforcement des marchés intérieurs et intrarégionaux. Nous pensons que cela pourrait aider énormément le secteur dans un avenir immédiat et au moment où nous amorçons la reprise.
- Zoritsa Urosevic, Directrice du Département des relations institutionnelles et des partenariats à l'OMT

Le tourisme est un pilier essentiel de la croissance pour les pays les moins avancés (PMA). En 2019, les PMA ont enregistré 41 millions d'arrivées de touristes internationaux, soit plus du double du volume enregistré en 2010, représentant des recettes de 26 milliards de dollars EU, soit 11% de leurs exportations totales.

"Le tourisme a une chaîne de valeur très vaste. Il repose sur des secteurs comme l'hôtellerie, le transport et les loisirs, mais il stimule également la demande dans les domaines de la restauration, des arts, de la création, des produits et services culturels. C'est l'une des raisons pour lesquelles il s'agit d'un secteur si important pour le développement", a précisé Mme Urosevic.

La chaîne de valeur du tourisme offre également d'importantes possibilités d'emplois directs et indirects pour les communautés vulnérables telles que les femmes et les jeunes.

"Les travailleurs informels du secteur du tourisme représentent 60% de la main‑d'œuvre dans les PMA", a dit Mme Urosevic.

Le tourisme a également été l'un des principaux facteurs qui ont permis à Cabo Verde, aux Maldives et au Samoa de sortir de la catégorie des PMA.

Malgré ces éléments, le tourisme n'est pas souvent une priorité du gouvernement ni un domaine d'action prioritaire pour les donateurs. Entre 2006 et 2013, le tourisme n'a représenté que 0,09% de l'aide publique au développement (APD) et 0,4% des décaissements de l'Aide pour le commerce.

"De ce fait, de nombreux PMA ont eu du mal à investir suffisamment dans les infrastructures et les services publics pour être en mesure de développer leur secteur du tourisme, devenir plus concurrentiels et renforcer leur capacité à atteindre une croissance économique inclusive", a déclaré Mme Urosevic.

Opportunité en temps de crise

L'une des leçons à tirer de l'effondrement du tourisme, a affirmé Mme Urosevic, est que les gouvernements ont pris pleinement conscience de l'importance du tourisme pour leur économie, et des impacts socioéconomiques qui y sont associés, en particulier lorsqu'il s'agit des millions d'emplois qui sont aujourd'hui menacés.

"Cela veut dire que nous avons une occasion d'ajuster nos priorités et d'intensifier notre soutien en faveur de l'investissement dans le tourisme, en particulier l'investissement vert", a‑t‑elle affirmé.

"Il apparaît clairement que ce travail doit être fait dès maintenant. Nous devons aider les pays à survivre à la crise et à se préparer à accueillir à nouveau des touristes", a‑t‑elle déclaré.

L'Organisation mondiale du tourisme a publié 23 Recommandations d'action pour favoriser le redressement du tourisme. Dans les PMA, la priorité a été de soutenir les ministres chargés du tourisme afin de leur permettre d'obtenir des financements et des possibilités d'emprunt supplémentaires proposés par le FMI, la Banque mondiale et d'autres institutions financières internationales en vue d'atténuer les effets de la crise et de soutenir la relance.

"Nous aidons ces pays à se doter de la capacité financière nécessaire pour soutenir les entreprises touristiques et permettre aux travailleurs d'avoir un salaire, en particulier les travailleurs informels qui ne sont enregistrés nulle part et qui ont besoin d'aide sociale pour survivre", a dit Mme Urosevic.

Un appui au renforcement des institutions, ainsi qu'un ensemble intégré d'assistance technique couvrant la relance économique immédiate, la mise en œuvre de protocoles de réouverture, la commercialisation et la numérisation ont également été proposés.

Je pense que les voyageurs auront changé. Cette crise a obligé beaucoup d'entre nous à adopter un mode de vie local et nous y réfléchirons peut‑être davantage lorsque nous voyagerons à l'étranger, nous chercherons des produits alimentaires locaux, nous ferons des achats locaux...
- Zoritsa Urosevic, Directrice du Département des relations institutionnelles et des partenariats à l'OMT

"La réouverture des destinations est notamment axée sur le renforcement des marchés intérieurs et intrarégionaux. Nous pensons que cela pourrait aider énormément le secteur dans un avenir immédiat et au moment où nous amorçons la reprise", a déclaré Mme Urosevic.

Le secteur du tourisme va certainement rebondir, a‑t‑elle ajouté, grâce au désir profond des gens de voyager et de se connecter avec les autres.

"Il suffit d'écouter les gens autour de vous … tout le monde veut aller quelque part. Le voyage est devenu une partie de notre ADN. Nous avons besoin de ce temps de rêve et de ce moment de retrouvailles avec nous‑mêmes, la nature et les autres cultures," a‑t‑elle dit.

"Toutefois, je pense que les voyageurs auront changé. Cette crise a obligé beaucoup d'entre nous à adopter un mode de vie local et nous y réfléchirons peut‑être davantage lorsque nous voyagerons à l'étranger, nous chercherons des produits alimentaires locaux, nous ferons des achats locaux et nous développerons la production locale d'aliments et de produits pour le bien de tous, mais nous voyagerons demain!"

Credits

Header image of a beach in Tanzania - ©EIF/Simon Hess

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