27 juillet 2021

Le tourisme intérieur peut il jeter les bases de quelque chose de plus grand aux Comores et à Djibouti?

by Deanna Ramsay / in Nouvelles

In some least developed countries, COVID-19 has caused a reorientation of tourism policy

Lake Assal. Moucha and Maskali islands. The Abbé lake. You know?

Ce sont quelques‑uns des sites les plus saisissants de Djibouti, dont le lac Assal, qui est le point le plus bas d'Afrique et la troisième étendue lacustre la plus salée de la planète, aux rives cristallines d'un bleu givré. Pourtant, ce minuscule pays désertique n'attire pas exactement des foules de touristes; les revenus du secteur s'élevaient à 1,5% du PIB en 2019, selon les données les plus récentes de la Direction de la statistique.

Djibouti fait partie des pays les moins avancés (PMA) et à l'instar de nombre de ces économies en difficulté, le tourisme y est synonyme de devises en dollars, d'emplois, d'amélioration des infrastructures et de moyen de sortir de la pauvreté. Dans son plan de développement économique "Vision Djibouti 2035", élaboré en 2014, le gouvernement a reconnu la promesse incarnée par le tourisme et en a fait un de ses secteurs prioritaires. Le pays fournit des incitations pour encourager le secteur privé à investir dans le tourisme, dont une exonération d'obligations fiscales et des terrains à des prix préférentiels; de nouveaux hôtels conformes aux normes internationales sont sortis de terre et d'autres établissements appartenant à des chaînes internationales sont en construction.

Plus au sud, un autre PMA s'est aussi tourné vers le tourisme. Le marché touristique des Comores, pourtant richement dotées de paysages tropicaux et de rives volcaniques noires et escarpées, n'est pas non plus colossal. L'Office national du tourisme des Comores a mis en œuvre son propre plan d'action pour stimuler le tourisme jusqu'en 2021.

Puis la COVID‑19 est arrivée.

"Dès le 29 mars 2020, le Président a officialisé l'existence de la pandémie. Les mesures de protection mises en place ont eu des effets catastrophiques sur le secteur du tourisme; 99% des employés ont été mis au chômage technique. Pendant la période de confinement, le tourisme international a été égal à zéro", a déclaré Azali Said Ahmed, directeur de la communication et du marketing de la Maison de l'écotourisme Ngazidja, un organisme promouvant un écotourisme communautaire aux Comores.

Les gouvernements de Djibouti et des Comores ont réorienté leurs stratégies, y compris en posant un regard neuf sur leurs concitoyens, en les considérant cette fois comme des touristes nationaux. Bien que le marché ait pu changer, le point pivot était que les sites touristiques en plein essor et les stratégies pouvaient continuer à être développés et affinés même si les frontières étaient fermées.

"L'Office national du tourisme de Djibouti a lancé une campagne de visibilité sur les médias sociaux pour promouvoir Djibouti en tant que "destination" touristique auprès de la population. L'objectif était de promouvoir le tourisme local afin de contrebalancer l'absence de touristes internationaux", a déclaré Kadoug Ibrahim Houssein, cheffe de la communication et du marketing à l'Office national du tourisme de Djibouti.

"Les Djiboutiens avaient coutume d'aller à l'étranger pour faire du tourisme et donc, la stratégie était de leur faire redécouvrir les merveilles que recèle leur pays", a‑t‑elle indiqué.

Pour de nombreux PMA, le tourisme communautaire et les destinations de nature sont des secteurs qui offrent un avantage comparatif car les voyageurs cherchent de plus en plus à vivre une expérience ailleurs que dans les lieux habituels que sont les hôtels et les aires d'attraction. Après la COVID, les sites au grand air, dans les parcs naturels où une distance physique peut être observée seront probablement les plus recherchés – et de nombreux PMA cochent les cases.

 

"Un plan stratégique de commercialisation pour le tourismea été publié il y a quelques mois pour aider le gouvernement à assurer l'essor du tourisme. L'accent sera mis sur les sites balnéaires, ce qui nous incitera à nettoyer les plages. Le plan fait aussi une large place à la promotion des villages fleuris ou des lieux ornés de compositions florales, et nous avons mis au point différentes stratégies pour attirer les écoliers et le monde des entreprises ", a déclaré M. Ahmed.

Les Comores ont vu leur tourisme intérieur augmenter dans la foulée.

M. Ahmed a détaillé les efforts déployés pour développer l'écotourisme et promouvoir la culture comorienne. Il a donné des renseignements sur les circuits axés sur l'agrotourisme, notamment un circuit vanille, un circuit ylang‑ylang, un circuit aventure et un circuit gastronomique.

"Nous considérons que nous sommes dans une phase de préparation à la reprise du tourisme", a dit M. Ahmed.

Cette reprise se fera avec de nouvelles normes de sécurité, tandis que le monde s'efforce de retrouver sa vitalité et de redresser son économie. Le pays s'intéresse aux marchés de la région, tels que la Réunion, Mayotte et l'Afrique du Sud, et aux touristes de pays plus lointains comme la France, l'Italie, le Canada, les États‑Unis, la Chine et le Japon.

"Présentement, le secteur du tourisme doit être mieux préparé à proposer des activités touristiques plus sûres, ce qui signifie notamment mettre en place des protocoles de sécurité dans les restaurants, l'hôtellerie et d'autres activités. Les activités en extérieur comme l'écotourisme et celles pratiquées dans les parcs naturels, entre autres, sont beaucoup plus avantagées", a indiqué Zoritsa Urosevic, directrice du Département des relations institutionnelles et des partenariats à l'OMT.

Djibouti, qui peut s'enorgueillir de paysages désertiques et de lieux de campement sous des cieux immenses non pollués par la lumière, pourrait justement offrir ces options.

Ils ont formé les travailleurs du tourisme aux meilleures pratiques liées à la pandémie qui sont conformes aux protocoles sanitaires, et les hôtels se sont employés à veiller à ce que les nouvelles mesures barrières et de protection contre la COVID soient en place.

Les Comores envisagent de développer de nouveaux types de lieux d'hébergement et collaborent avec les maires afin qu'ils soient prêts à accueillir les touristes après la COVID.

"Puisque nous disposons de magnifiques villas construites par la diaspora, nous cherchons à lancer le tourisme chez l'habitant", a déclaré M. Ahmed.

C'est cette diaspora que les Comores cherchent aussi à accueillir de nouveau, en tant que touristes.

"Nous ciblerons les populations de la diaspora comorienne qui reviendront aux Comores pour les fêtes, à Pâques, par exemple. Nous souhaitons organiser des activités avec la jeune diaspora pour l'aider à découvrir son pays. Il y a de solides communautés comoriennes en France, au Canada et aux États‑Unis", a indiqué Mme Houssein.

Le retour des visiteurs internationaux dans les destinations touristiques est aussi une considération d'ordre commercial qui a son importance.

"En ce qui concerne les marchés, ce qu'il faut c'est que chaque pays identifie ses marchés sources. Tout le monde sait que le tourisme international, c'est le commerce", a déclaré Mme Urosevic.

"Les pays tentent de trouver des solutions en concluant des accords bilatéraux avec d'autres pays constituant leurs principaux marchés, afin de mettre au point des protocoles harmonisés et d'établir un niveau de sécurité acceptable, ce qui contribuera à l'arrivée de clients ou de touristes venus des pays voisins, qui sont les principaux marchés", a‑t‑elle ajouté.

 

De tels accords bilatéraux fleurissent un peu partout, en parallèle des corridors sanitaires réglementés par les pays et l'Organisation mondiale de la Santé.

Djibouti et les Comores continuent de se tourner à la fois vers l'intérieur et vers l'extérieur pour stimuler le développement économique et leur secteur touristique local.

"Ce qui a changé, c'est notre approche de la promotion du tourisme. Vu que notre public cible est la population nationale, nous avons dû baisser le prix des attractions touristiques, des hôtels ou des circuits touristiques pour les rendre accessibles aux Djiboutiens. Nous avons donc collaboré avec les hôteliers qui ont accepté de participer à cette initiative dans le but d'accorder un tarif préférentiel aux Djiboutiens", a déclaré Mme Houssein.

S'agissant des touristes internationaux, Djibouti s'intéresse aux touristes français, un de ses principaux marchés, ainsi qu'à d'autres marchés inexplorés tels que l'Éthiopie, la Chine et l'Allemagne.

Le soutien international constitue un autre moyen de soutenir les efforts déployés par les PMA pour attirer les touristes. L'OMT, par exemple, aide les gouvernements à élaborer des politiques et met au point des outils qui permettent aux pays d'innover et de créer leurs propres modèles. Dans le cadre de la reprise post‑COVID‑19, l'OMT a publié un dispositif d'assistance technique pour le redressement du tourisme afin d'offrir aux États membres des orientations face à la pandémie. Ce dispositif est axé sur trois piliers principaux: redressement économique, marketing et promotion, et renforcement des institutions et renforcement de la résilience.

Avant la pandémie, le Cadre intégré renforcé (CIR) a coopéré avec les pays qui avaient fait du tourisme un secteur au potentiel de développement et les a aidés à élaborer des stratégies nationales en matière de tourisme. Ce soutien comprenait également des formations aux spécialités liées au tourisme, comme le marketing. Quand la pandémie est arrivée, le CIR a commencé à aider les pays à réorienter leurs efforts vers le tourisme intérieur et à veiller à ce que les industries en plein essor respectent les normes sanitaires.

"Nous recommandons vivement les formations axées sur les technologies de l'information, car si les jeunes sont formés, l'ouverture au marché se fera beaucoup plus efficacement. Cela permet de soutenir le secteur du tourisme et les investissements des PME, parce que cela réduit les coûts. Cela permet aussi de vendre une destination plus facilement", a déclaré Mme Urosevic.

 

Les exemples de Djibouti et des Comores, qui renforcent leur expertise dans le domaine du tourisme afin d'en faire des destinations sûres pour les touristes nationaux, avec leurs spécificités géographique et culturelle, montrent que les efforts déployés pendant l'année écoulée ont permis, il faut l'espérer, de préparer le terrain et de renouer avec des moyens de subsistance solides par le biais d'un nouveau secteur touristique international.

 

Franchement, où d'autre dans le monde peut‑on participer à un circuit touristique ylang‑ylang?

 

 

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