Avril 16, 2020

La beauté dans la diversité: Comment le commerce peut il aider le Timor Leste à sortir de la catégorie des pays les moins avancés?

Le point sur les progrès en matière de développement et ce qu'il reste à accomplir au Timor Leste

Le Timor‑Leste est entré à l'Organisation des Nations Unies en 2002 en tant que pays nouvellement indépendant confronté aux défis de la mise en place d'institutions et d'infrastructures nationales, et de la fourniture de services de base dans un contexte postconflit. Néanmoins, il a accompli des progrès dès 2015 pour satisfaire aux critères permettant de sortir de la catégorie des pays les moins avancés (PMA).

Comment y est‑il parvenu?

Le pays a bénéficié de ses importants revenus pétroliers, qui ont été déposés dans le Fonds Pétrolier, un fonds souverain national. Une évaluation du financement du développement (DFA), publiée en 2019, souligne que si l'aide publique au développement (APD) a permis de financer environ les trois quarts des dépenses publiques de 2002 à 2006, elle a été rapidement dépassée par les dépenses engagées au titre des recettes pétrolières, qui se sont élevées à plus de 8,5 milliards de dollars EU sous forme de transferts au budget de l'État, entre la création du Fonds en 2005 et la fin de 2016.

Le Timor‑Leste a rempli les critères de retrait de la catégorie des PMA principalement en raison de son revenu élevé, son RNB par habitant étant plus de deux fois supérieur au seuil de retrait établi lors des examens triennaux du Comité des politiques de développement (CPD) de l'ONU en 2015 et 2018. Cette admissibilité au reclassement est déterminée en fonction du "seuil du seul revenu", à partir duquel un pays peut être admis au reclassement sans satisfaire aux autres critères relatifs au capital humain ou à la vulnérabilité économique, car il est considéré comme ayant des ressources suffisantes pour s'améliorer au regard des deux autres critères. Toutefois, en 2018, le Timor‑Leste a également rempli les conditions requises pour le reclassement, quoique de façon marginale, selon l'indice du capital humain, qui comprend des indicateurs de santé et d'éducation.

Bien que le Timor‑Leste atteigne les seuils chiffrés, le CDP n'a pas encore recommandé son retrait de la liste des PMA en raison de préoccupations liées à la durabilité de ses progrès en matière de développement. Cela correspond à l'analyse faite par le gouvernement lui‑même. Tous les aspects de l'économie – y compris les secteurs public et privé – sont fortement tributaires des recettes pétrolières. Celles‑ci ont atteint un pic en 2012 et ont diminué depuis; les perspectives sont aux mieux incertaines pour l'avenir. Des progrès réguliers ont été enregistrés concernant de nombreux indicateurs de santé et d'éducation, bien que le pourcentage d'enfants de moins de cinq ans souffrant d'un retard de croissance reste parmi les plus élevés au monde.

 

Les industries extractives représentaient plus de 30% du PIB du Timor Leste en 2016

Source: Development Finance Assessment Timor-Leste 2019, via Timor‑Leste National Accounts 2000‑2016, Ministère des finances et de la planification, Direction générale des statistiques

 

En tant que PMA, le Timor‑Leste peut bénéficier de préférences commerciales spéciales de la part de la communauté internationale, mais en raison de la structure de son économie – ainsi que du fait qu'il n'est pas Membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) –, il n'y a guère eu recours jusqu'à présent.

En 2018, le Secrétariat du CDP, au sein du Département des affaires économiques et sociales (DAES) de l'ONU, a évalué les incidences que pourrait avoir le reclassement du Timor‑Leste sur le plan national. Il a constaté que la suppression des préférences commerciales aurait peu d'effet sur le pétrole et le gaz, qui représentaient alors plus de 99% des exportations du pays, ou sur le café, qui représentait la majeure partie du reliquat. L'étude a toutefois révélé que le retrait de la liste des PMA pourrait affecter les taux de droits applicables à de nouveaux produits tels que le poisson, les noix et les épices sur de nouveaux marchés. Ces produits ont été identifiés dans une étude diagnostique sur l'intégration du commerce (EDIC) réalisée par le Cadre intégré renforcé (CIR) en 2010.

L'Assemblée générale des Nations Unies recommande que les PMA qui s'apprêtent à sortir de la catégorie des PMA préparent une "stratégie de transition sans heurt" avec l'aide de la communauté internationale. Cette stratégie vise à faire en sorte que la sortie n'entraîne pas d'obstacles freinant les progrès du pays en matière de développement. Pour aider les pays en voie de reclassement, le secrétariat du CDP est en train de mettre en œuvre un projet de "Nouvelles mesures d'aide pour les PMA en transition" soutenu par le Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies pour la paix et le développement, créé avec une contribution du gouvernement chinois. Ce projet permet à six pays (Bangladesh, Cambodge, Myanmar, Népal, RDP lao et Timor‑Leste) d'identifier et d'appliquer des mesures d'assistance ciblées dans le cadre de la sortie du statut de PMA.

 

Les recettes fiscales du Timor‑Leste restent faibles par rapport à celles de certains pays d'Asie du Sud‑Est et du Pacifique à revenu faible ou moyen (y compris d'autres PMA: Cambodge, Îles Salomon, Kiribati et RDP lao)

Timor-Leste tax revenue remains low relative to the selected LMIC South East Asia and Pacific countries

Source: Development Finance Assessment Timor-Leste 2019, via le Ministère de la planification et des finances du Timor‑Leste, Banque de données de la Banque mondiale

 

Dans le cadre de ce projet, le secrétariat du CDP a récemment mené une enquête auprès des parties prenantes du gouvernement, de la société civile et du secteur privé concernant la demande relative aux différentes mesures de soutien en vue du reclassement au Timor‑Leste et, fait intéressant, peu de personnes interrogées ont mentionné les droits de douane comme étant le facteur le plus important. Les difficultés évoquées le plus souvent avaient trait aux coûts de production élevés, à l'état des routes et d'autres infrastructures, et au cadre juridique et réglementaire rudimentaire du pays. Cela complique, entre autres, l'enregistrement d'une entreprise, la sécurisation des titres fonciers ou l'accès au crédit.

En théorie, la perte des préférences commerciales réservées aux PMA qu'il n'utilise guère ne devrait pas entraîner de heurts pour le Timor‑Leste. En outre, d'autres études d'impact montrent que le Timor‑Leste n'est nullement le seul pays à peu y recourir. Son cas se distingue des autres du fait que le calendrier de son reclassement coïncide avec un avenir incertain s'agissant du pétrole et du gaz, dont le pays a fortement dépendu pendant de nombreuses années.

Les efforts accrus déployés par le Timor‑Leste pour diversifier son économie deviennent de plus en plus importants et le pays risque de perdre ses préférences commerciales au moment précis où il en a le plus besoin.

Le pays aspire à devenir membre de l'OMC et de l'Association des nations de l'Asie du Sud‑Est (ASEAN). Le Timor‑Leste et la communauté internationale ont tous deux intérêt à faire en sorte que son accession à ces deux organisations renforce la capacité du pays à produire et à exporter.

À cet égard, il est clair que l'amélioration de l'environnement propice au secteur privé – tant en ce qui concerne le cadre juridique et réglementaire que les infrastructures – est une priorité absolue du point de vue de nombreuses parties prenantes dans le pays.

Enfin, les tendances en matière de finances publiques doivent être suivies et traitées avec attention, en particulier dans des secteurs tels que l'éducation et la santé. Ces secteurs ont bénéficié du soutien de la communauté internationale par le biais des dons au titre de l'APD, qui devraient toutefois diminuer à moyen terme. Selon l'évaluation du financement du développement de 2019, les dons d'APD ont représenté environ 30% du total des dépenses liées à l'éducation entre 2011 et 2017, mais ils ont diminué de plus de 50%, tombant de 40 millions de dollars EU en 2011 à 18 millions de dollars EU en 2017. En revanche, dans le secteur de la santé, les dons d'APD ont représenté une part plus importante, soit 50% du financement total de la santé en 2016, les dépenses publiques de santé restant nettement inférieures.

En 2021, l'Assemblée générale des Nations Unies adoptera un nouveau programme d'action en faveur des PMA pour la décennie 2021‑2030. La communauté internationale devrait explorer des mesures de soutien adéquates pour les PMA en transition, tels que le Timor‑Leste, dans le cadre du Programme d'action, et conformément à l'objectif consistant à aider les PMA à atteindre les ODD à l'horizon 2030.

 

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Charles Davies et Namsuk Kim du DAES de l'ONU, et Carmeneza dos Santos Monteiro, consultante nationale au Timor‑Leste, ont contribué à la rédaction de cet article.

Avertissement

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