Aide pour le commerce, diversification et autonomisation économiques dans les pays les moins avancés

  • La diversification et l'autonomisation économiques sont essentielles pour réaliser les Objectifs de développement durable; elles représentent également la raison d'être de l'Initiative Aide pour le commerce.

  • Ces deux objectifs se renforcent mutuellement; la diversification économique ouvre la voie à l'autonomisation, tandis que le fait de permettre aux femmes, aux jeunes et aux micro, petites et moyennes entreprises de participer au commerce aide à diversifier l'économie.

  • En 2019, 38 pays les moins avancés (PMA) sur 47 ont participé à l'exercice de suivi de l'Aide pour le commerce – le plus haut taux de réponse des PMA à ce jour. Ils ont indiqué qu'ils donnaient la priorité à la diversification et à l'autonomisation économiques dans leurs stratégies de développement. Les donateurs ont engagé 18,7 milliards de dollars EU au titre de l'Aide pour le commerce pour soutenir ces priorités.

De nombreux pays moins avancés (PMA) ont fait des progrès importants en matière de développement au cours des trente dernières années. Cinq d'entre eux sont sortis de la catégorie des PMA, tandis que le Vanuatu et l'Angola devraient en sortir en 2020‑2021. Dix autres pays se trouvent à des niveaux différents du seuil de sortie de la catégorie des PMA. Par contre, 35 PMA n'ont rempli aucun des critères de sortie.

Le commerce joue un rôle vital pour le développement économique des PMA. Pourtant, leur part dans le commerce mondial reste inférieure à 1%, et plus de la moitié de cette part est absorbée par trois PMA en cours de reclassement (l'Angola, le Bangladesh et le Myanmar). Par ailleurs, les exportations de marchandises des PMA restent concentrées sur quelques produits, les produits primaires représentant plus de 60% des exportations.

Des progrès sont réalisés, mais il reste encore beaucoup à faire

Selon leurs réponses à l'exercice de suivi et d'évaluation mené conjointement par l'OCDE et l'OMC en 2019, les gouvernements des PMA donnent la priorité à la diversification de leurs économies et de leurs exportations dans leurs stratégies nationales ou régionales en matière de commerce et de développement. Des progrès ont été signalés, mais ils ne sont ni uniformes ni universels. L'agriculture est le secteur dans lequel le plus de progrès ont été constatés, suivi de près par les services et l'industrie. Ces données concordent avec l'image qui se dégage des statistiques commerciales, lesquelles révèlent une plus grande diversification des exportations des PMA au cours des dix dernières années, même si le point de départ était bas.

Parmi les nombreuses difficultés qui ralentissent les progrès en matière de diversification économique, la capacité industrielle ou manufacturière arrive en haut de la liste des préoccupations des PMA. La plupart d'entre eux soulignent qu'il est important de traiter le problème des infrastructures, qui sont peu adaptées à l'industrialisation ou à la diversification des exportations. En fait, la quantité et la qualité de l'infrastructure de réseau est une préoccupation plus souvent exprimée par les PMA (79%) que par les autres pays en développement répondants (32%). Ainsi, il est essentiel que l'Aide pour le commerce cible l'infrastructure de transport et de réseau – routes, énergie et technologies de l'information et de la communication.

Les réponses des PMA indiquent clairement que la diversification économique est perçue non seulement comme une voie vers l'autonomisation économique, mais aussi comme son résultat. Les compétences et la formation sont un moyen de promouvoir la diversification économique, en particulier lorsqu'elles permettent aux jeunes, aux femmes et aux micro, petites et moyennes entreprises de participer au commerce international. Parmi les PMA répondants, 95% donnent la priorité à l'autonomisation économique dans leurs stratégies de développement nationales ou régionales. La plupart incluent également des indicateurs pour suivre les progrès ou fixent des cibles spécifiques, ce qui montre clairement qu'ils prennent cette question au sérieux.

Quel est le montant de l'Aide pour le commerce?

Les PMA répondants accordent une grande importance au rôle essentiel joué par l'Aide pour le commerce pour concrétiser leur volonté d'atteindre les Objectifs de développement durable. Depuis le lancement de l'Initiative Aide pour le commerce en 2006, les donateurs ont déboursé 105 milliards de dollars EU au titre de l'aide pour le commerce et 12,5 milliards de dollars EU au titre des autres apports du secteur public liés au commerce en faveur des PMA.

Les engagements au titre de l'Aide pour le commerce en faveur des PMA ont atteint 18,8 milliards de dollars EU en 2017; soit trois fois plus que la moyenne de base en termes réels enregistrée sur la période 2002‑2005. L'augmentation du soutien des donateurs a été particulièrement importante pour les politiques commerciales, avec 486 millions de dollars EU, soit une hausse de 480% (et une augmentation de 94 millions de dollars EU pour la facilitation des échanges). Vient ensuite une augmentation de 250% pour le soutien à l'infrastructure économique (11,7 milliards de dollars EU), et une hausse de 140% pour l'aide au renforcement des capacités de production (6,5 milliards de dollars EU).

 

 

Décaissements au titre de l'Aide pour le commerce en faveur des pays les moins avancés, 2017
Volume en $EU, catégorie et par habitant

Source: OCDE/SNPC, page consultée le 11 juin 2019.

 

Le volume de projets qui ont un objectif commercial est passé de 52,3 millions de dollars EU à 1,87 milliard de dollars EU et couvre désormais 28,6% des projets du secteur privé. Bien que les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure aient reçu plus de flux d'Aide pour le commerce (23,7 milliards de dollars EU) et que les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure aient reçu une part importante des autres apports du secteur public liés au commerce (22,6 milliards de dollars EU), ce sont les PMA qui ont reçu le plus d'Aide pour le commerce par habitant (18,8 milliards de dollars EU).

Quels sont les résultats?

Selon de nombreuses études empiriques sur le commerce et le développement, l'Aide pour le commerce s'avère être efficace à la fois au niveau micro et macroéconomique. Plus précisément, l'OCDE a constaté que 1 dollar de plus investi dans l'Aide pour le commerce entraîne près de 20 dollars supplémentaires d'exportation des PMA. Les résultats peuvent toutefois varier considérablement selon le type d'intervention de l'Aide pour le commerce, selon le secteur qui reçoit l'aide, selon le niveau de revenu et selon la localisation du pays bénéficiaire.

L'exercice de suivi mené en 2019 montre également des résultats positifs de l'Aide pour le commerce s'agissant d'améliorer la diversification et l'autonomisation économiques. Selon les PMA, la facilitation des échanges et l'agriculture sont les catégories dans lesquelles l'Aide pour le commerce a obtenu les meilleurs résultats. Il s'agit également des secteurs qui nécessiteront le plus de financement à l'avenir.

Quels sont les facteurs de réussite?

Selon les opinions recueillies pendant l'exercice de suivi, l'alignement de l'Aide pour le commerce sur les priorités nationales ou régionales est un facteur clé de réussite. La plupart des donateurs ont indiqué que la faible capacité institutionnelle est un obstacle majeur à la réussite de l'Aide pour le commerce, tandis que les fournisseurs de coopération Sud‑Sud notent que la coordination nationale ou régionale peut limiter la réussite de l'Aide pour le commerce.

 


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* Aussama Bejraoui est analyste des politiques à la Direction de la coopération pour le développement de l'OCDE. Frans Lammersen est analyste principal des politiques à la Direction de la coopération pour le développement de l'OCDE. Justine Lan est économiste à la Direction du développement de l'OMC.

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Cette série a été financée par le gouvernement australien par l'intermédiaire du Département des affaires étrangères et du commerce. Les opinions exprimées dans cette publication sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du gouvernement australien.

 

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