Samuel Musoke: Faire prospérer son entreprise et en inspirer d'autres en Ouganda

À Masaka, on mobilise et on forme les petites entreprises qui en ont le plus besoin

Le bruissement d'une petite machine à moudre vous accueille à l'entrée de Noah's Ark, petite entreprise du district de Masaka, en Ouganda. Puis c'est au tour des andains de millet d'un rouge éclatant que l'on étale pour qu'ils sèchent au soleil.

Le propriétaire de Noah's Ark, Samuel Musoke, fabrique divers produits à partir de produits locaux comme l'arachide, le maïs et le gombo. Ses produits, qui vont du beurre d'arachide à la farine de manioc en passant par la poudre de millet, sont tous emballés et étiquetés sur place pour être vendus dans l'agglomération de Masaka, ainsi qu'à Kampala.

"J'étais professeur à l'université. Quand j'ai créé cette entreprise, je partais vraiment de zéro. Certains de mes étudiants et confrères se sont demandé ce que je faisais. Je leur ai dit: "Maintenant, ce sont eux mes professeurs." Certes, les entrepreneurs ne sont peut être pas tous allés à l'école, mais vous ne pouvez pas imaginer l'étendue de leurs connaissances pratiques", a expliqué M. Musoke.

Après avoir quitté l'université, il a mis sa soif d'apprentissage au service de cette nouvelle aventure, d'abord en cherchant à comprendre comment transformer le millet, puis en acquérant des connaissances sur les autres céréales qu'il utilise aujourd'hui. Son épouse a étudié dans le domaine de l'alimentaire et ils ont travaillé ensemble pour créer cette entreprise, dont une des orientations stratégiques consiste à promouvoir les effets bénéfiques de ses produits sur la santé.

Aujourd'hui, aux côtés de huit employés, M. Musoke envisage l'expansion vers des marchés étrangers – à la fois pour sa petite entreprise et pour celles de ses confrères du district de Masaka.

"Nous avons commencé à participer au projet sur les services commerciaux et on nous a dit que le bureau de l'Association des petites industries ougandaises (USSIA) à Masaka s'était effondré. L'agent commercial s'employait à mobiliser et à former les gérants de petites entreprises", a t il indiqué.

M. Musoke a participé à la formation et une nouvelle USSIA a vu le jour à Masaka, présidée par lui même.

"J'étais professeur à l'université. Quand j'ai créé cette entreprise, je partais vraiment de zéro."
- Le propriétaire de Noah's Ark Samuel Musoke

Cette formation, le soutien de l'agent commercial de district et la mise en place d'infrastructures qui faisaient cruellement défaut au bureau commercial de Masaka découlaient d'un partenariat de plus de cinq ans entre le Ministère du commerce, de l'industrie et des coopératives et le Cadre intégré renforcé, dans le cadre duquel les travaux ont été axés sur les services locaux destinés aux micro, petites et moyennes entreprises (MPME).

"Je ne savais pas comment créer une marque ni comment élaborer une étiquette. Maintenant, grâce aux formations, quand les gens voient notre marque et l'origine de nos produits, où qu'ils soient, ils se disent: "Ça vient de Masaka!" Ils comprennent alors qu'eux aussi pourraient y arriver", a raconté M. Musoke.

"Le projet nous a apporté ce type de connaissances, mais nous avons de nombreux autres problèmes à résoudre", a t il ajouté.

Parmi ces problèmes figurent le besoin de machines plus performantes pour transformer de plus grandes quantités de produits et le manque de financements pour se réapprovisionner de façon à répondre à une augmentation de la demande.

Le coût des certificats de conformité obligatoires le préoccupe également car il s'agit d'une condition préalable pour vendre dans de plus grands supermarchés en Ouganda et dans la région, ainsi que pour avoir accès au marché de l'Union européenne.

"Peut être qu'en fixant les critères, ils pensaient aux grandes entreprises sans savoir qu'il y avait des micro structures en train de s'agrandir – et cette situation pose un vrai problème. Aujourd'hui, si nous voulons distribuer nos produits ailleurs, nous ne pouvons pas car nous ne sommes pas certifiés", a t il déclaré.

M. Musoke espère que le gouvernement envisagera de dispenser les MPME de redevances pour favoriser leur accès au marché et leur mise en conformité.

Alors qu'il essaie de faire certifier son beurre d'arachide et sa poudre de maïs pour pouvoir les exporter et qu'il reçoit des demandes d'entreprises de l'Union européenne et de la région, M. Musoke reste concentré sur les activités de Noah's Ark à Masaka et sur l'avenir de l'entreprise.

"En ce moment, le produit qui se vend le plus est notre sauce d'arachide. Nous avons également une boisson à base de gombo. Le gombo pousse en Afrique depuis 2 000 ans. La plupart des gens le mangent cru, mais nous, nous le transformons en poudre, comme le café, pour en faire une boisson très nutritive", a t il expliqué.

Avec l'esprit d'entrepreneur qu'il a cultivé, M. Musoke garde aussi un œil sur l'avenir.

"J'aimerais que ma petite entreprise devienne grande … J'ai voulu construire quelque chose de concret, qui résisterait à l'épreuve du temps, pour laisser un héritage à mes enfants, et même aux autres personnes qui ont travaillé avec nous … Je crois que tout ça, tout ce que nous avons créé, ne s'éteindra pas demain."

 

 

 

KEYWORDS: economic empowerment agribusiness agricultural value chains diversification

CREDITS: Header image - ©Deanna Ramsay/EIF