En Ouganda, des entreprises apportent une touche de sensibilité – et des senteurs – à leur développement

Ensemble, le gouvernement et les initiatives locales jettent les bases du succès des MPME

Ici, le miel, le gingembre, l'arachide et l'ananas embaument l'atmosphère, et ce ne sont là que quelques unes des senteurs qui émanent des petites entreprises du District de Masaka, en Ouganda.

Avec une économie nationale et une population qui dépendent de l'agriculture, cela a beaucoup de … sens. Mais ces entreprises sont aussi les pierres angulaires du commerce de l'Ouganda et ne se contentent pas de cultiver pour vendre; elles extraient aussi des arômes, fabriquent des pâtes et produisent de la farine. En outre, elles embouteillent, étiquettent et conditionnent leurs produits afin d'attirer de plus en plus d'acheteurs.

Selon le Ministère ougandais du commerce, de l'industrie et des coopératives, 95% des entreprises établies dans le pays sont des micro, petites et moyennes entreprises (MPME).

"Nous avons réalisé que, bien que notre économie repose sur les MPME, nous ne savions pas vraiment ce qui se passait … Nous n'avions pas d'organisme spécifiquement chargé de structurer ces entreprises. Aujourd'hui, nous avons une Direction des MPME au sein du Ministère qui dispose de données sur ces entreprises; nous pouvons aussi compter sur nos agents commerciaux de district. Ils nous informent, ils sont nos yeux et nos oreilles sur le terrain", a dit Amelia Kyambadde, Ministre du commerce, de l'industrie et des coopératives.

"Cela nous a aidés à surveiller la croissance de nos MPME", a t elle ajouté.

Cette croissance s'explique en partie par l'augmentation du soutien aux petites entreprises de la part des agents commerciaux de district du pays, qui travaillent dans chacun des 134 districts de l'Ouganda et dont la mission consiste à enregistrer les entreprises locales, à aider ces dernières à obtenir une certification et à fournir les renseignements nécessaires aux entrepreneurs locaux et aux futurs entrepreneurs.

À VOTRE SERVICE

En 2012, reconnaissant la nécessité de stimuler les services et le fait que cela ferait augmenter les revenus pour l'ensemble des petits entrepreneurs du pays, le gouvernement de l'Ouganda et le Cadre intégré renforcé (CIR) ont ciblé leur action sur 25 bureaux commerciaux de district en fournissant les fonds requis par les bureaux eux mêmes, en recrutant et en formant du personnel afin de pourvoir les postes restés vacants et en fournissant un soutien et des services aux MPME. Ces mesures sont aujourd'hui mises en œuvre dans tous les districts de l'Ouganda avec le soutien direct du gouvernement.

"Avant, l'agent commercial était loin d'ici … loin de toute coordination avec les agriculteurs. Aujourd'hui, nous avons réussi à mobiliser les agriculteurs, nous avons constitué et enregistré 15 sociétés coopératives et nous les aidons à résoudre les nombreuses difficultés auxquelles elles sont confrontées, du financement aux cadres juridiques", a dit Lawrence Mayega, agent du district de Masaka responsable de la production et de la commercialisation.

"Nous avons mobilisé les petits fabricants – plus de 55 activités essentielles – et avons réussi à les regrouper. Pour nous, c'est un résultat positif", a t il dit.

Ces entreprises incluent des producteurs de miel, un fabricant de boissons et une entreprise produisant diverses farines, notamment à partir de millet, d'arachide et de gombo.

Le propriétaire de Mutima Beverages, qui a créé des boissons sucrées à base de gingembre, a assisté à un cours sur le développement des petites entreprises organisé dans le district.

"J'ai suivi une formation sur les carottes, que je cultive, et sur l'aloe vera et le gingembre, ainsi que sur la manière d'y ajouter de la valeur en les transformant en jus ou en d'autres produits et en commençant par des choses simples. J'ai alors eu l'idée de faire du jus avec ce que je cultivais", a expliqué Paddy Mayiga, propriétaire de Mutima Beverages et ancien agriculteur.

Beaucoup d'entreprises du district de Masaka ont ainsi connu un bel essor grâce au soutien des agents commerciaux de district, mais les propriétaires restent confrontés à de nombreuses difficultés du genre de celles que connaissent les entreprises des pays en développement.

RÉSOLUTION DES PROBLÈMES

Paddy Mayiga, qui emploie aujourd'hui environ 85 personnes, a dit ceci à propos du développement de ses activités: "Cette année, nous avons couvert environ 18 districts. Le problème, c'est la commercialisation. C'est vraiment, vraiment difficile, et c'est très coûteux."

J'ai suivi une formation sur les carottes, que je cultive, et sur l'aloe vera et le gingembre, ainsi que sur la manière d'y ajouter de la valeur en les transformant en jus ou en d'autres produits et en commençant par des choses simples. J'ai alors eu l'idée de faire du jus avec ce que je cultivais.
- Paddy Mayiga, propriétaire de Mutima Beverages et ancien agriculteur

"Nous sommes toujours en train d'essayer d'obtenir un label de qualité. Nous avons demandé des essais primaires et des recommandations ont été formulées concernant l'utilisation de l'acier inoxydable et l'hygiène, recommandations que nous appliquons aujourd'hui", a t il dit.

Interrogé sur la stimulation du commerce local, Robert Mutungi, Directeur administratif adjoint, a évoqué les obstacles rencontrés, y compris la normalisation. "Les entreprises n'en sont pas encore au stade de l'exportation. Pourquoi? Pour des raisons liées à la production, aux compétences, aux normes. La production reste une production de subsistance. Nous aidons au développement de la production dans une perspective commerciale. Ensuite, nous pourrons commencer à exporter."

Samuel Musoke, qui fabrique des farines et des pâtes sous la marque Noah's Ark, a beaucoup de difficulté à obtenir un label de qualité, en particulier à cause du coût.

"Peut être qu'en fixant les critères, ils pensaient aux grandes entreprises sans savoir qu'il y avait des micro structures en train de s'agrandir – et cette situation pose un vrai problème. Aujourd'hui, si nous voulons distribuer nos produits ailleurs [pour exporter], nous ne pouvons pas car nous ne sommes pas certifiés", a t il déclaré.

Ces deux entrepreneurs du district de Masaka ont mentionné un autre obstacle, à savoir l'accès au financement nécessaire pour développer les installations dont ils ont besoin pour suivre le rythme de la production.

LIAISON

Le projet pilote est aujourd'hui achevé et a permis de former 1 680 personnes et d'enregistrer 494 entreprises, y compris Mutima Beverages et Noah's Ark. Fort de ce succès, le gouvernement ougandais étend cette initiative à tous les districts du pays.

Cela implique d'offrir des services plus directs aux MPME et d'essayer de répondre à la demande constante d'assistance. Et cela signifie que des ressources supplémentaires sont nécessaires.

"Cela a donné aux gens l'énergie de travailler ensemble; nous avons vu des travailleurs se regrouper pour créer des entreprises coopératives. L'une d'elles – une coopérative d'un autre district – en est au stade de la classification et s'approche du stade de l'exportation de café. Elle devrait bientôt pouvoir s'exporter", a dit Wasswa Seempijja, agent commercial du district de Masaka.

En permettant aux travailleurs d'accéder à de nouvelles fonctions, d'accroître leurs revenus et de trouver l'inspiration pour développer leurs activités, les agents commerciaux de district de l'Ouganda contribuent à l'ensemble du plan de développement économique du pays.

"L'objectif principal est d'accroître les ressources humaines et le volume de produits agricoles commercialisables, d'améliorer la qualité et de favoriser l'exportation", a dit Lawrence Mayega.

Pour la Ministre Kyambadde, "tous ces agents commerciaux de district, que nous avons mis en place grâce au CIR, sont en fait ce qui nous relie à ces PME. Le CIR nous a permis de partir du bon pied et nous avons poursuivi nos efforts, car nous avons pris conscience de l'importance de ces agents. Cela va créer des emplois."