Août 03, 2020

Au delà de la crise sanitaire, ce que le CIR a appris de la COVID 19

Alors que les PMA affrontent les conséquences économiques de la COVID 19, les activités du CIR offrent des enseignements utiles pour la reprise.

Dans un monde aux prises avec la crise sanitaire liée à la COVID‑19, les spécialistes du commerce du Cadre intégré renforcé (CIR) aident les pays les moins avancés (PMA) à endiguer les répercussions économiques. Il s'agit de réaffecter des ressources, d'accélérer la mise en œuvre des projets, de rendre les organisations plus résilientes et de saisir des possibilités malgré la crise.

Griffin Nyirongo est Coordinateur du CIR au Ministère du commerce et de l'industrie en Zambie. Il décrit la situation sur le continent africain: "À part en Égypte et en Afrique du Sud, la pandémie n'a pas eu les mêmes effets sur la santé des populations et sur les services de santé que dans d'autres pays. Mais nous sommes attentifs aux avertissements, conscients qu'il risque d'y avoir une flambée avec l'arrivée de la saison froide."

Pour M. Nyirongo "la crise va cependant bien au‑delà de la situation sanitaire".

L'application de mesures plus strictes aux frontières, par la Zambie et par ses voisins, complique l'importation et l'exportation de marchandises, et perturbe les échanges commerciaux. Les importations d'aliments et d'autres produits de base sont touchées. Le secteur du tourisme, en particulier les services destinés aux visiteurs étrangers, est à l'arrêt. Le fléchissement de la demande pour le cuivre, qui est le principal produit d'exportation de la Zambie, a entraîné une baisse des recettes publiques et une hausse des taux d'inflation. Dans ce contexte incertain, les investisseurs étrangers envisagent de transférer leurs activités vers d'autres pays.

Annette Ssemuwemba, Directrice adjointe du CIR, explique que l'on retrouve les difficultés rencontrées par la Zambie dans d'autres PMA.

"Beaucoup de PMA sont fortement tributaires de secteurs qui ont particulièrement souffert des conséquences de la COVID‑19. L'industrie manufacturière par exemple redémarre lentement avec l'assouplissement des restrictions, mais d'autres secteurs, comme le tourisme, mettront encore longtemps à rebondir."

"Les répercussions sont considérables, pour la société et donc bien sûr pour le commerce: si la population n'est pas en bonne santé, si des parents ont du mal à subvenir aux besoins de leur famille parce qu'ils ont perdu leur travail, si des petites et moyennes entreprises doivent fermer, il y a des répercussions très importantes pour le commerce et l'économie".

Réaffecter des ressources

Le CIR, basé à l'Organisation mondiale du commerce à Genève, travaille avec des PMA depuis 2007 pour les aider à surmonter les difficultés en matière commerciale et à mieux s'intégrer sur les marchés mondiaux. Les ressources du CIR sont affectées à deux grands domaines: le renforcement des politiques et institutions commerciales, et l'accroissement de la capacité de production dans les chaînes de valeur stratégiques.

Mme Ssemuwemba nous explique le fonctionnement du Programme: "Nous collaborons étroitement avec tous les pays bénéficiaires et nous sommes convaincus que, pour qu'ils puissent se développer durablement, les PMA doivent être dotés des capacités nécessaires pour piloter eux‑mêmes les améliorations de leur environnement commercial. La plupart de nos projets sont cofinancés par les gouvernements des PMA. Cette approche est unique au sein de la communauté du développement international, et elle garantit une pleine appropriation par les PMA de leur programme commercial".

En Zambie, le CIR contribue à former la prochaine génération de négociateurs commerciaux, renforcer les capacités des coopératives pour prendre part au commerce international, valoriser le secteur de l'apiculture, relier des femmes entrepreneurs aux marchés mondiaux, améliorer les systèmes de certification phytosanitaire pour l'exportation, et soutenir les négociations avec les pays voisins en vue de l'établissement d'un guichet unique aux frontières. Le CIR a également mené des enquêtes sectorielles sur le commerce pour informer l'élaboration des politiques.

Tout ce travail reposait sur de nombreux contacts directs. Mais les restrictions liées la COVID‑19 ont imposé de changer les pratiques.

Mme Ssemuwemba raconte: "Au début de la pandémie, notre priorité à Genève a été de vérifier que toutes les équipes dans les différents pays étaient en sécurité, et qu'elles avaient tous les outils nécessaires pour télétravailler. En cas de besoin, nous avons réaffecté des ressources pour leur fournir un accès Internet, des logiciels de visioconférence ou encore des ordinateurs portables supplémentaires."

L'équipe du CIR a ensuite effectué une analyse des risques pour chaque pays, afin de développer une approche sur‑mesure.

"Beaucoup de pays nous ont dit qu'ils pouvaient maintenir les projets, mais qu'il fallait adapter les échéances et les modalités pour que différents bénéficiaires puissent participer à distance".

"Des programmes de travail, des budgets et des mécanismes de fonctionnement ont dû être modifiés, et nous avons tout mis en œuvre pour soutenir ces adaptations", explique Mme Ssemuwemba.

"Mais cela n'a pas été simple. Il a fallu concevoir des approches différentes pour chacun des 51 pays avec lesquels nous travaillons. On ne peut pas juste appliquer des directives, car différents pays ont été touchés différemment par la pandémie et ont donc des capacités différentes."

M. Nyirongo précise qu'en Zambie, la participation des parties prenantes et les activités de formation ont été suspendues.

"Il ne s'agit pas simplement d'organiser des réunions en ligne. Certaines de nos parties prenantes ne sont pas en mesure d'utiliser la visioconférence, et beaucoup de nos réunions durent plusieurs jours, ce qui est très difficilement envisageable sous forme virtuelle."

"Nous essayons de trouver d'autres solutions: par exemple, plusieurs petits groupes pourraient préparer l'essentiel du travail, puis faire une présentation si possible par visioconférence pour ouvrir la discussion et avoir des retours."

Accélérer la mise en œuvre

Un autre enjeu pour la mise en œuvre des projets au niveau des pays est la capacité des gouvernements à cofinancer le déploiement de certaines activités. M. Nyirongo signale que cette capacité a été réduite par la diminution des recettes publiques et la réorientation des ressources vers les mesures liées à la COVID‑19.

Néanmoins, cela a permis à l'équipe du CIR en Zambie de se concentrer davantage sur la préparation des projets, y compris par exemple la rédaction de notes conceptuelles et l'obtention de différentes autorisations formelles.

M. Nyirongo est optimiste: "Maintenant que ces activités ont été approuvées, nous espérons accélérer la mise en œuvre quand les restrictions seront levées."

Il ajoute cependant: "Nous savons bien que la situation évolue rapidement, et que nous devons constamment réévaluer les risques que présente la pandémie pour la mise en œuvre des projets. Cela veut dire qu'il faudra peut‑être revoir plusieurs fois les programmes de travail et les budgets au cours des prochains mois."

Au niveau stratégique, le Secrétariat du CIR à Genève a signalé la nécessité que la situation liée à la COVID‑19 soit désormais prise en compte dans les évaluations d'impact, comme les Études diagnostiques sur l'intégration du commerce (EDIC), ou dans l'analyse des conséquences du reclassement des PMA. Mme Ssemuwemba explique que son équipe cherche aussi à renforcer le soutien pour les groupes les plus vulnérables, comme les femmes, les jeunes et les petites et moyennes entreprises.

"Nous savons que les femmes et les jeunes sont plus affectés par la pandémie, et nous réfléchissons donc aux façons d'élargir nos travaux pour couvrir davantage de petites et moyennes entreprises, qui emploient souvent ces catégories de population. Il faudra peut‑être que les équipes dans les pays ajustent leurs activités actuelles pour les recentrer sur les petites ou micro‑entreprises."

Mme Ssemuwemba estime que l'expertise du CIR s'agissant de favoriser le dialogue entre institutions s'est aussi avérée très précieuse.

"Il est essentiel à l'heure actuelle que le Ministère du commerce, le Ministère de la santé et le Ministère de l'agriculture collaborent pour élaborer des stratégies conjointes et mobiliser leurs ressources respectives. La plupart des moyens étant destinés au secteur de la santé, il faut optimiser l'utilisation des ressources disponibles compte tenu des circonstances."

L'une des manières d'augmenter les ressources dont disposent les pays dans ce contexte est de mieux promouvoir l'investissement étranger direct.

"Nous collaborons avec des organisations comme l'Association mondiale des organismes de promotion de l'investissement (AMOPI) pour trouver des façons de mieux aider les PMA à adapter leurs stratégies concernant l'investissement, ou élaborer des programmes de renforcement des capacités, afin que les gouvernements puissent se mettre à travailler rapidement avec des investisseurs", explique Mme Ssemuwemba.

Rendre les organisations plus résilientes

D'après Mme Ssemuwemba, l'un des principaux enseignements à retenir de la pandémie pour le CIR est l'importance de la résilience dans les organisations.

"On ne sait pas quelle sera la prochaine catastrophe, mais nous devons absolument être mieux préparés. Beaucoup d'organisations n'avaient pas vraiment de plan pour assurer la continuité de leurs activités, et elles ont tardé à réagir. Effectivement, on ne peut pas savoir quelle catastrophe risque de frapper à l'avenir, mais il faudrait toujours avoir un plan qui puisse être mis en œuvre rapidement."

Mme Ssemuwemba souligne aussi que les organisations doivent constamment réfléchir à leurs pratiques.

"L'idée est de prendre le temps, tous les six mois, de vérifier et d'évaluer notre capacité de réaction en cas de problème. Serions‑nous en mesure de poursuivre nos activités? Et nos parties prenantes C'est en maintenant ce type de conversation qu'on se prépare à faire face à toute éventualité."

Dans cet esprit, le CIR est en train d'intégrer des modalités virtuelles dans son mode de fonctionnement.

"Les outils qui permettent de travailler à distance ne remplaceront jamais les contacts sur le terrain, mais nous avons pu constater qu'ils fonctionnaient bien et qu'ils pouvaient permettre de maintenir les activités en cas de problème."

Des possibilités malgré la crise

La pandémie a aussi rappelé que derrière chaque défi à surmonter se cachent des possibilités à exploiter.

C'est ce qu'explique M. Nyirongo: "Du fait du ralentissement des importations, il y a moins de concurrence pour les fabricants zambiens, qui peuvent donc répondre à la demande locale. On trouve aujourd'hui davantage de marchandises fabriquées en Zambie dans les magasins."

"Autre exemple, le gouvernement ayant supprimé les droits d'importation pour l'éthanol, il est possible de fabriquer localement des produits désinfectants et des antiseptiques pour les mains."

Les restrictions liées à la COVID‑19 sont progressivement assouplies dans de nombreux PMA, mais M. Nyirongo estime cependant qu'il faudra sans doute attendre encore longtemps pour un véritable retour à la normale.

"Nous avons été autorisés à mener des consultations avec les parties prenantes, mais l'atmosphère est différente: il faut respecter une limite de 50 personnes, et prévoir une distanciation, des masques, des mesures d'hygiène, des désinfectants et des postes de lavage des mains."

"Pour la reprise de nos activités dans les zones rurales, nous devons être vigilants: comme il y a eu beaucoup moins de cas, la COVID‑19 y est perçue comme une maladie urbaine. Il faut voir comment cela va influer sur l'établissement de rapports de confiance."

Crédits

Header image of a health extension worker in Addis Ababa, Ethiopia - ©NahomTesfaye/UNICEFEthiopia via Flickr Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.0 Generic (CC BY-NC-ND 2.0) license.

Avertissement

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