Améliorer l'agriculture, développer le commerce, transformer les vies

Quand l'agriculture et le commerce sont en adéquation, les revenus augmentent et les économies progressent

Entouré d'oiseaux au chant rauque et résonnant, Alieu Faye montre d'un geste une multitude de plants d'anacardier soigneusement disposés dans des contenants séparés. Debout dans sa pépinière située de l'autre côté du fleuve, près de Banjul, au nord de la Gambie, il explique comment ce lieu fertile a vu le jour.

"Nous avions l'habitude de cultiver les anacardiers directement en pleine terre, sans les faire grandir dans une pépinière; nous avons ainsi perdu beaucoup d'arbres, car ceux‑ci se faisaient manger par les parasites … Nous avions aussi l'habitude de planter les anacardiers très près les uns des autres; leur rendement était alors très faible, car ils se faisaient toujours concurrence pour rester exposés au soleil", a‑t‑il dit. 

"Aujourd'hui, nous les espaçons davantage les uns des autres, ce qui a permis d'améliorer les rendements et la qualité." 

Pour bon nombre des pays les plus pauvres du monde, l'agriculture est le pilier de l'économie, car elle fait vivre familles et petites entreprises et fait l'objet de préoccupations commerciales au niveau national. Pourtant, avec des rendements rarement optimaux, des capacités de transformation médiocres, des connexions aux marchés insuffisantes et une capacité d'exportation minimale, ce secteur n'a pas encore atteint son plein potentiel. 

Pour les pays les moins avancés (PMA) riches en terres arables et dotés d'une main‑d'œuvre dynamique, il existe divers moyens d'utiliser le commerce des produits agricoles pour améliorer les revenus et stimuler le développement. Néanmoins, pour obtenir des résultats, il faut synchroniser les politiques publiques, établir des liens entre les secteurs, mettre en place des stratégies fondées sur la recherche et investir dans des activités agricoles comme celles de Faye – et il faut un financement. En d'autres termes, on peut y arriver, mais cela peut être difficile.

Ollivier Girard/EIF

INTÉGRATION PROFONDE

Selon Christina Chatima, Directrice du commerce au Ministère de l'industrie, du commerce et du tourisme du Malawi, pour être compétitif sur le plan mondial, il faut passer d'une culture axée sur le maïs et le tabac à des produits de plus grande valeur comme le soja et l'arachide, et passer de l'exportation de produits bruts à la création de produits transformés à plus forte valeur ajoutée.

Lors d'une entrevue réalisée dans son bureau de Lilongwe, elle a déclaré: "Après avoir négocié pour conquérir tous ces marchés, nous avons réalisé que nous avions besoin d'améliorer notre capacité de production. Il ne s'agit donc pas de travailler de façon isolée, mais de savoir comment travailler ensemble dans ces chaînes de valeur. Il y a d'autres acteurs importants, comme le Ministère de l'agriculture. Le Centre de l'investissement et du commerce du Malawi nous aide à trouver de bons marchés; nous voulons créer un environnement favorable à l'activité commerciale du secteur privé."

"Nous devons tous travailler ensemble pour atteindre l'objectif de diversification et d'industrialisation fixé par le gouvernement."

En s'engageant sur cette voie, les PMA d'Afrique comme le Malawi essaient d'aligner les plans de développement liés à l'agriculture sur les priorités commerciales, et les priorités commerciales liées à l'agriculture sur les investissements.

En outre, lorsque les plans de développement sont axés sur le commerce, ils doivent répondre à des objectifs de durabilité, car ils influent sur la dépendance des populations pauvres à l'égard de l'agriculture pour ce qui est de l'alimentation et des revenus.

En Gambie, le gouvernement s'est concentré sur la noix de cajou dans le cadre d'une stratégie holistique consistant notamment à soutenir les agriculteurs comme Faye pour améliorer les rendements, à fournir aux petites entreprises le matériel de transformation et les certifications dont elles ont besoin pour exporter et à identifier les insuffisances de l'infrastructure.

Les efforts déployés dans le cadre d'un projet pilote mené en partenariat avec le Cadre intégré renforcé (CIR) à la suite d'une étude qui recommandait de cibler certains domaines en vue de développer le commerce du pays se sont traduits par une augmentation des revenus des agriculteurs, par une hausse des exportations des petites entreprises du secteur de la noix de cajou et par la création d'un nouveau terminal de fret doté de technologies de pointe à l'aéroport international de Banjul.

Ollivier Girard/EIF

MÉTAMORPHOSE

De nombreuses opérations sont nécessaires pour passer du plant d'anacardier cultivé en Gambie et la noix de cajou consommée en Suisse. La création d'une installation aéroportuaire est une des étapes qui permettent d'accélérer le processus. 

Debout au milieu de ce complexe étincelant et spacieux, Saloum Malang, Directeur général adjoint de Gambia International Airlines, a déclaré: "Le terminal de fret créé avec l'aide du CIR a permis à la Gambie d'accroître sa visibilité à l'échelle mondiale. Grâce à lui, nous disposons aujourd'hui, non seulement des installations de sécurité pertinentes et nécessaires, mais aussi des moyens opérationnels indispensables."

Pour Ebrima Bah, qui dirige les activités de transformation des noix de cajou au sein de Gambia Horticulture Enterprise, à Serrekunda, la stratégie agricole du gouvernement promet de bons emplois pour lui et les jeunes de son pays, ainsi que des bénéfices pour les petites entreprises comme celle dans laquelle il travaille.

"C'est une forme de transformation", a‑t‑il dit à propos de ce que le travail pouvait apporter aux jeunes chômeurs, même s'il aurait tout aussi bien pu parler de ce qui se passait derrière lui, puisque les noix étaient en train d'être séchées, pelées, grillées et emballées.

Aux Comores, la transformation du commerce prend une tournure différente, car cela fait des siècles que les citoyens cultivent l'ylang‑ylang, une de leurs richesses agricoles, dont ils distillent les fleurs pour en faire une huile destinée à être commercialisée. Qu'est‑ce qui change? Un effort particulier est fait pour fluidifier le processus entre la récolte, la distillation et l'exportation, ce qui permet d'augmenter la production et de créer des produits de luxe à base d'ylang‑ylang cultivé dans le pays, tels que des lotions, des toniques et des parfums, qui seront sans nul doute recherchés sur les marchés internationaux – si les produits parviennent jusqu'à ces marchés.

"Je veux faire les choses différemment. Ce n'est pas parce qu'on fait quelque chose depuis des siècles qu'on doit continuer à le faire", a dit Ibrahima Sittina Farate, innovatrice comorienne, dans la distillerie qu'elle gère seule au milieu de sa plantation d'ylang‑ylang de plusieurs hectares. "Pourquoi ne pas changer?"

C'est une métamorphose qui se produit dans les grandes cuves où elle chauffe les délicates fleurs jaunes qu'elle a récoltées jusqu'à en extraire une essence au parfum puissant. C'est aussi une métamorphose qui se produit dans le pays, alors que le secteur du commerce fonde ses objectifs sur la richesse du pays en ylang‑ylang, en vanille et en girofle, des cultures de rapport ayant toutes un fort potentiel de commercialisation.

Ollivier Girard/EIF

DEUXIÈME VIE

Les Comores sont sur le point d'accéder à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), un processus qui a débuté en 2007 et qui promet d'accroître la visibilité mondiale de ce tout petit pays et, espérons‑le, la visibilité de ses produits artisanaux parfumés.

Djaffar Ahmed Said Hassani, Vice‑Président en charge de l'économie, de l'énergie, de l'industrie, de l'artisanat, du tourisme, des investissements, du secteur privé et des affaires foncières, a dit que le partenariat avec le CIR était une aubaine pour le secteur agricole des Comores, mais que des efforts supplémentaires étaient nécessaires pour soutenir les femmes comme Sittina et les milliers d'agriculteurs, de récoltants, de distillateurs et de propriétaires de petites entreprises qui constituent l'essentiel de la main‑d'œuvre du pays.

Il a ajouté ceci: "Oui, nous avons besoin d'aide, de soutien et d'assistance. En retour, nous travaillerons dur pour faire en sorte que ces trois cultures impriment leur marque sur le monde, car elles ont une incidence directe sur notre économie et sur nos populations les plus pauvres." 

Les deux tiers des projets du CIR étant liés à l'agriculture et à l'agro‑industrie, les efforts déployés au Malawi, aux Comores et en Gambie ne sont que quelques exemples des nombreuses initiatives prises en faveur de l'intégration agricole et commerciale, qui influent tant sur les politiques que sur la vie des populations.

Bester Glandson, agricultrice malawienne, a vu ses revenus augmenter grâce à l'aide du gouvernement du Malawi et du CIR, qui lui a permis de suivre une formation et de louer des terres pour mener ses activités.

Elle a déclaré: "Dans notre village, nous ne savions pas vraiment comment bien cultiver la terre. Nous avons été invités à l'association des agriculteurs et les choses se sont améliorées. Nous avons appris comment créer des billons et espacer les plants. Les rendements se sont améliorés. Ma vie s'est beaucoup améliorée."

Pour le cultivateur gambien Faye, la métamorphose qu'il entrevoit peut être à la fois concrète et abstraite. "La noix de cajou est très intéressante. Elle peut être utilisée de diverses manières. On peut la manger crue, on peut la transformer et on peut l'exporter – c'est ce qui fait sa valeur. Elle est délicieuse. Elle a des propriétés curatives et on peut l'utiliser en cas d'intoxication."