Octobre 07, 2020

Après une semaine de discussions commerciales, 4 axes de réflexion prometteurs pour les PMA

Avec une conférence numérique couvrant les principaux aspects du commerce mondial, qu'est ce qui compte pour les pays les plus pauvres du monde?

Alors que 2020 continue de semer la tourmente, la communauté commerciale mondiale continue elle, comme tout un chacun, d'essayer de s'adapter.

Le Forum public annuel de l'Organisation mondiale du commerce ayant été annulé en raison de la COVID‑19, la Semaine du commerce à Genève est venue combler le vide, créant un espace numérique pour les dialogues qui se déroulent habituellement en personne dans les salles de négociation et de réunion, les halls et autres lieux de réunion autour du lac de Genève.

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Les sujets de discussion sont un concentré des principales questions commerciales d'aujourd'hui et des diverses préoccupations des pays, institutions, experts et universitaires. Les pays les plus pauvres du monde – qui continuent de lutter et d'obtenir des succès sur la scène commerciale mondiale – ont leurs propres perspectives en matière de commerce, qui ont été mises en lumière et explorées de manières diverses tout au long de la semaine.

En quoi le commerce des pays les moins avancés (PMA) est‑il particulièrement touché? Quelles sont les principales préoccupations? Quelle promesse et quel potentiel y a‑t‑il? Quelles sont les questions qui font intervenir des intérêts plus vastes?

Quelques points ressortent plus particulièrement.

1) Redémarrer le commerce

De manière générale, de nombreuses discussions ont tourné autour de l'idée que le système commercial devait changer. OMC, accords plurilatéraux, rôle des femmes, subventions – les participants ont réfléchi sur ce qui avait bien fonctionné et ont fait diverses suggestions de réformes.

Inu Manak, de l'Institut Cato, a fait une analogie appropriée lors de la réunion plénière de l'OMC intitulée Rebooting the WTO (redémarrer le commerce): "Nous n'avons pas besoin de tout reformater. Nous n'avons pas besoin de mettre l'OMC hors tension avant de la redémarrer, si je peux m'exprimer ainsi. Il est peut‑être temps d'installer les mises à jour indispensables dont a besoin notre système."

Mais où les PMA s'inscrivent-ils dans ce redémarrage?

Mme Manak a noté que les pays en développement étaient actifs à l'OMC dans les comités chargés des obstacles techniques au commerce (OTC) et des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS), et le professeur Simon Evenett a qualifié les OTC et SPS de "phares" pour ce qui est de la transparence offerte par l'OMC, tout en faisant observer que le manque de transparence était un obstacle au commerce et à l'investissement.

Dans le cadre du "redémarrage" potentiel du commerce, les préoccupations propres aux PMA, par exemple celles qui ont trait aux chaînes de valeur mondiales, à la pêche, aux MPME et à l'accès au financement, doivent être prises en considération et traitées.

Les discussions tenues cette semaine ont porté sur les approches concernant les pays en développement et le commerce, certaines nations ayant fait de grands progrès au fil des ans, tandis que d'autres continuent d'avoir besoin d'un soutien. Comment le monde du commerce peut‑il s'adapter en conséquence? C'est une question qui subsistera tant que le monde du commerce mondial continuera d'évoluer.

2) Tout numérique

En particulier maintenant, en 2020, le monde du commerce est d'accord sur le fait que la technologie et le numérique sont essentiels au succès. Mais les PMA sont en retard, qu'il s'agisse de l'infrastructure pour les procédures douanières sur Internet ou sans papier ou de la capacité de participer au commerce électronique.

Durant la discussion sur le thème How can E-Commerce Trade Policy Contribute to Inclusive Development for Disadvantaged or Under-Represented Communities? (Comment la politique en matière de commerce électronique peut‑elle contribuer au développement inclusif des communautés défavorisées ou sous‑représentées?), les experts ont mis l'accent sur la question de la création de résultats inclusifs pour les plus défavorisés, y compris les femmes, les peuples autochtones et ceux qui vivent dans des zones rurales et isolées.

Traci Houpapa, Présidente de la FOMA Federation of Maori Authorities, a dit du monde actuel, avec la COVID, que "l'éloignement, qui était auparavant un obstacle à l'entrée dans les affaires, en particulier au niveau mondial, était maintenant simplement perçu comme une autre façon de faire du commerce". Elle a parlé de l'occasion qui s'offrait pour des personnes qui n'étaient auparavant pas connectées de nouer des relations transnationales et, ce qui est important, transcultures.

Quant à la manière d'y arriver, Crystal Hunt, Diversity and belonging Specialist à Shopify, a énuméré les façons dont l'entreprise a vite répondu à la COVID‑19 pour développer le plus rapidement possible le commerce en ligne, et mettre en place des stratégies pour soutenir les collectivités et les MPME sous‑représentées, y compris en créant une éducation culturellement adaptée pour les commerçants, en ouvrant un accès sur mesure à leurs plates‑formes, en soutenant les pratiques de recrutement inclusives et en élaborant des programmes de soutien ciblés pour les entreprises dans le besoin – autant de pratiques qui s'appliquent dans les contextes des PMA.

La séance intitulée Digital Trade and Services Trade – Are They Increasingly the Same? (le commerce numérique et le commerce des services ont‑ils de plus en plus de points communs?) s'est intéressée à la perspective des services et a examiné les changements nécessaires dans les pays africains. Rebecca Fisher‑Lamb, du Département du commerce international du Royaume‑Uni, a évoqué la diversité du continent et celle des trajectoires de développement. Notant que l'accent était mis sur les marchandises plutôt que sur les services en Afrique, Mme Fisher‑Lamb a fait état de certains succès en matière de médecine et d'apprentissage en ligne qui pourraient être des modèles, tout en soulignant la nécessité d'une infrastructure numérique et de cadres réglementaires efficaces.

3) Action pour l'environnement

De multiples séances ont été consacrées à la question primordiale pour tous – la protection de la planète.

Le groupe d'experts chargé du thème Trade, Biodiversity & Natural Resources: What Role for Trade Policy in a New Deal for Nature? (le commerce, la biodiversité et les ressources naturelles: quel rôle pour la politique commerciale à l'ère d'un New Deal pour la nature?) a examiné comment protéger à la fois le commerce et la biodiversité.

Isabel Durant, de la CNUCED, a dit ce qui suit dans ses remarques liminaires: "40% de l'économie mondiale repose sur l'utilisation directe de la biodiversité." Étant donné que la perte de biodiversité était une question environnementale, économique et sociale, l'intervenante a souligné la nécessité de mesurer le commerce du point du vue de la biodiversité afin de mieux comprendre les flux commerciaux et d'agir en conséquence.

Neil Burgess, scientifique en chef et chercheur principal au Trade, Development, and the Environment Hub du PNUE‑WCMC, a noté que la biodiversité était en déclin et que le commerce était l'un des facteurs responsables, tout en faisant valoir que "ce n'était pas une fatalité" et en citant des études selon lesquelles il était possible d'inverser la courbe de la perte de biodiversité sans compromettre les autres ODD.

Pour les PMA, la perte de biodiversité est également une question de développement qui touche à la réalisation des ODD. De fait, au début du mois, le groupe des PMA a demandé au Sommet des Nations Unies sur la biodiversité que le financement public international accordé aux PMA au titre de la biodiversité double d'ici à 2030, vu que 30 à 50% de l'ensemble des espèces de la planère risquaient de disparaître au XXIe siècle, ce qui affecterait au premier chef les PMA.

4) Faire avancer le commerce

Les experts participant à la séance intitulée Ensuring Food Security, Sustainably: What Role for Trade? (Assurer durablement la sécurité alimentaire: quel rôle pour le commerce?) ont noté que 700 millions de personnes souffrent de la faim et que des progrès s'imposent. Bien que ces progrès puissent nécessiter une amélioration des rendements, une meilleure gestion des terres et une augmentation des salaires, il faudra aussi veiller à ce que les denrées alimentaires aillent à ceux qui en ont besoin.

Jonathan Hepburn, Conseiller principal en matière de politiques à l'Institut international du développement durable (IISD), a noté que les politiques commerciales des grandes économies avaient une incidence disproportionnée sur les pays en développement lorsqu'il s'agissait du transport de produits essentiels comme les denrées alimentaires. Et cela a été particulièrement manifeste pendant la pandémie. Pour les PMA, il est essentiel d'améliorer le mouvement transfrontières des produits alimentaires, par le biais des politiques et des douanes, des finances et de la facilitation des échanges.

La discussion sur le thème How can Blockchain help alleviate the impact of COVID-19 on supply chains? From threat to opportunity! (Comment les chaînes de blocs peuvent‑elles contribuer à atténuer l'impact de la COVID‑19 sur les chaînes d'approvisionnement? De la menace à l'opportunité!) a abordé la question d'une toute autre perspective, en examinant de nouvelles façons d'améliorer les chaînes d'approvisionnement et d'aller au‑delà du commerce sur papier qui a jusqu'ici été la norme. Les intervenants ont fait valoir que la transparence offerte par les chaînes de blocs pouvait contribuer à améliorer l'intégrité et la confiance requises dans les chaînes d'approvisionnement et à les optimiser.

Conclusion

En ce qui concerne le renforcement du commerce, les questions particulières auxquelles les PMA sont confrontés devraient être prioritaires, car ce sont leurs 880 millions de citoyens qui ont le plus à gagner et à perdre si le commerce vacille. De l'amélioration de la transparence aux nouveaux réseaux commerciaux régionaux en passant par l'incitation à adopter le commerce en ligne, le monde du commerce est porteur de grandes promesses. Et la conférence numérique inaugurée la semaine dernière est une initiative remarquable, qui offre un espace permettant à toute personne ayant accès à Internet et un intérêt pour le commerce de se connecter et de participer.

Mots-clés
Geneva Trade Week
Crédits

Header image of a vista in Comoros - ©Ollivier Girard/EIF

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