Available in:
Août 16, 2022

La transformation du thé dans une usine innovante de Jasbire

Initialement publié sur le site Web Tea Journey en 2022.

En six ans, le "Jasbire Tea Processing Center", Centre de transformation du thé de Jasbire, à Ilam, un village de 150 ménages à une trentaine de kilomètres à peine de la plaque‑tournante du thé de l'Est du Népal, a acquis une extraordinaire réputation pour son innovation.

Sharad Subba, qui vit à deux minutes de son usine, est en train de donner un nouveau souffle au secteur du thé. Subba est né et a grandi dans le village. Aussi loin qu'il se souvienne, dit‑il, il a vu ses parents y cultiver et y récolter du thé.

"L'une des raisons pour lesquelles je n'ai pas pu faire des études est le thé", dit‑il avec un sourire.

Cela peut sembler étrange au premier abord, mais après l'avoir observé pendant un après‑midi, on imagine facilement son attachement à une vie d'apprentissage du thé. Subba est entièrement absorbé par les feuilles de thé. Il devient évident que la proximité entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle n'est pas due au hasard, mais bel et bien intentionnelle.

Je ne sais pas si la maison a précédé l'usine ou si c'est l'inverse, mais je sais que s'il le pouvait, Subba vivrait dans son usine ou l'installerait dans sa maison. Toutefois, il ne le fait probablement pas car sa vie quotidienne perturberait trop le thé.

Un centre d'activité

En avril, le Centre de transformation du thé de Jasbire était ouvert toute la journée. En raison du microclimat unique et favorable dont bénéficie Jasbire, la première récolte y a lieu avant celle des villages alentour.

La porte de l'usine laissait entrer l'air frais d'Ilam pour contrebalancer l'air chaud servant à sécher les feuilles de thé. Des gens, en majorité des femmes, entraient avec leurs sacs de nylon bleu remplis de leur cueillette, dont chaque élément se composait d'une feuille et d'un bourgeon. Certains venaient en scooter, d'autres à pied, suivis de près par leurs enfants. Ils venaient de chaque recoin de Jasbire.

Subba emploie temporairement des propriétaires de petites plantations domestiques afin qu'ils récoltent leurs toutes premières feuilles. L'année dernière, il a élaboré un thé vert visuellement éblouissant appelé "Farmer's Green Tea" (thé vert de l'agriculteur).

Farmer's Green Tea

"Je n'arrivais pas à croire que c'était du thé vert", s'est souvenu un acheteur à propos du moment où il a goûté le thé pour la première fois. À l'intérieur se trouvaient de tendres rouleaux de feuilles et de bourgeons blancs. L'épais duvet de trichome recouvrant les feuilles était plein de promesses", a‑t‑il dit.

Pour obtenir les feuilles de thé fraîches de la meilleure qualité, et dans les quantités qu'il lui fallait, Subba s'est associé à près de 80 cultivateurs du voisinage. C'est l'un des nombreux moyens par lesquels le Centre de transformation du thé de Jasbire entretient la dimension communautaire de la fabrication du thé et produit l'un des thés les plus fins du Népal. Ainsi, le thé produit dans l'usine de Subba représente véritablement Jasbire, et la qualité est respectée. Tous les sacs de feuilles de thé fraîchement cueillies qui entraient dans l'usine lorsque j'y étais pesaient un peu plus de 5 kg. Un cinquième de la matière première allait donner ce micro‑lot de thé en vrac de première récolte, tant prisé. Cela me paraissait décevant, mais le fabricant affairé ne semblait pas de cet avis. Subba en semblait même plutôt fier.

Avant d'ouvrir le Centre de transformation du thé de Jasbire, Subba a travaillé dans d'autres usines. Pendant 12 ans, il a été cueilleur de thé, superviseur et fabricant. S'il avait ressenti le besoin d'établir son usine de thé, c'était avant tout pour jouir de la liberté dont il avait besoin pour fabriquer du ramro, du thé de qualité.

"J'ai toujours su qu'il était coûteux de fabriquer du bon thé. Si l'on souhaite fabriquer du thé de bonne qualité, on ne peut pas juste regarder à la dépense. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu faire du bon thé qui pourrait représenter Jasbire", a dit Subba.

En tant que propriétaire de l'usine, Subba se hâtait constamment d'un endroit à l'autre. Aidé de ses sens aiguisés, il survolait quelques marches comme si les feuilles de thé l'appelaient, tout en ayant des conversations intermittentes avec les visiteurs.

Il s'occupait de l'arrivée des thés frais et surveillait de près ceux qui étaient en train de sécher. Le thé en cours de fabrication était un thé de printemps.

Ses doigts faisaient des allers et venues dans les claies de flétrissage. Il caressait les feuilles qui séchaient à plusieurs reprises tout au long de la journée et nous encourageait à regarder de plus près. "Les feuilles changent constamment", a‑t‑il dit.

Quand est enfin venu le moment de transférer le lot, Subba est devenu silencieux et posé, et ses mouvements réfléchis. En observant son comportement poli et ses gestes rapides, on comprenait qu'il ne devait y avoir aucun gaspillage.

Et ce fut le cas.

Les feuilles flétries ont été emmenées à l'étage supérieur de l'usine, où l'air était davantage contrôlé. L'arôme brut des feuilles fraîches a rempli la salle à mesure que le propriétaire, sans perdre une seconde, remplissait la machine à rouler. Alors que s'activait cette machine d'importation chinoise, quelqu'un a été chargé de rester à côté d'elle et de la surveiller attentivement. La machine fonctionnait sans accroc, comme si elle était automatisée, mais il est clair que, dans cette usine, les machines ne contrôlent pas le processus.

Les fabricants de thé attendent avec impatience qu'un certain arôme se dégage, ou comme ils le disent, "que les thés s'expriment". Les machines sont arrêtées dès que les feuilles émettent cet arôme particulier. Les feuilles roulées, désormais plus foncées et formant des morceaux plus épais, sont ensuite transportées vers la machine de séchage, où un autre ouvrier adroit les attend.

Cette machine est préchauffée depuis deux heures déjà. La température est élevée jusque ce qu'il faut pour que les feuilles soient juste séchées, et non grillées. Le personnel écoute une musique locale enjouée qui accompagne le vrombissement sonore. Toutes ces machines fonctionnent simultanément.

Tout le monde est sérieux, et pourtant il y a comme un air de célébration. Les jeunes fabricants de thé, âgés de 19 à 20 ans, sourient de temps à autre, comme pour se rappeler qu'ils sont encore jeunes, mais ils prennent peu de pauses et passent leur temps à apprendre à converser avec le thé.

La musique joue un rôle mathématique. Il ne se passe pas plus de deux chansons avant que les feuilles désormais sèches ne sortent de la machine, et au bon niveau de séchage, les employés les soulèvent.

Les feuilles séchées tombent directement au sol à côté de la machine et sont rassemblées manuellement dans un tissu coloré. Elles refroidissent en tombant, une technique qui permet de faire en sorte qu'elles ne grillent pas sous l'effet de la chaleur qu'elles pourraient retenir.

Subba attend. Il semble être partout à la fois, ne laissant rien lui échapper en ce qui concerne ses précieux thés.

Interrogé sur ce qui le motivait et d'où provenait l'énergie derrière sa motivation, il a dit: "J'ai le sentiment que, si je parviens à produire le meilleur thé possible, il sera dégusté non seulement ici mais partout dans le monde. C'est possible aujourd'hui. C'est cela qui me motive à continuer. Sans le thé, je serais complètement perdu".

Cette journée de dur labeur a donné le "Spring White Tea" (thé blanc de printemps) de Jasbire.

Son goût est décrit comme mêlant chocolat blanc et noix grillées avec une douceur beurrée. L'infusion a révélé une consistance colorée de feuilles tendres vert olive non oxydées avec de minuscules pointes d'oxydation aux extrémités.

"L'infusion donne une liqueur douce au magnifique corps léger avec un mélange de touches florales et fruitées qui enveloppe immédiatement le palais. Les notes douces et sucrées de butternut émergent à mesure qu'on fait tourner la liqueur, avant de finir sur de jolis raisins verts et de légères nuances d'agrume", selon un acheteur. Celui‑ci a dit que le thé révélait des saveurs de légumes cuits à la vapeur, et plus précisément de butternut, avec une touche finale douce et beurrée. La liqueur apaisante produite avait une teinte crémeuse tendant vers le jaune et donnait un extravagant arôme fruité, floral et doux.

La feuille sèche avait un arôme de chocolat blanc et de noix grillées. Immédiatement après l'ouverture du petit paquet d'échantillon, on était enveloppé par la douceur beurrée. Les feuilles de taille moyenne, enroulées sans être serrées, apparaissaient vertes‑blanches, avec des extrémités argentées proéminentes, certaines feuilles étant d'un vert olive plus foncé. Avec de la patience et un peu d'humidité, l'infusion a révélé une consistance colorée de feuilles tendres vert olive non oxydées avec de minuscules touches d'oxydation aux extrémités. "L'infusion donne une liqueur douce au magnifique corps léger avec un mélange de touches florales et fruitées qui enveloppe immédiatement le palais. Les notes douces et sucrées de butternut émergent à mesure qu'on fait tourner la liqueur, avant de finir sur de jolis raisins verts et de légères nuances d'agrume", a dit l'acheteur.

About the author

Ritu Rajbanshi est une rédactrice indépendante basée à Kathmandu, Bāgmatī (Népal). Elle est titulaire d'un master en développement de l'Université de Kathmandu.

Mots-clés
Tea
Crédits

Photo par Traverart via Nepal Tea Collective

 

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.