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Novembre 22, 2022

Il faut récompenser les PMA pour la faiblesse de leurs émissions avec de meilleurs accords commerciaux

Le Bhoutan a un écosystème de montagne vulnérable et fragile. Le pays a pris la décision consciente de maintenir 60% de son territoire recouvert de forêts et d'inscrire cet engagement dans sa constitution. Actuellement, les forêts recouvrent plus de 72% de son territoire. 

La quantité de carbone stockée par le Bhoutan s'élève à 9,47 millions de tonnes d'équivalent CO2 (eq. CO2) par an et ses émissions atteignent 3,8 millions de tonnes d'eq. CO2. Il a réaffirmé son engagement à rester neutre en carbone pour toujours dans la mise à jour de ses contributions déterminées au niveau national (CDN). Des projets hydroélectriques compensent actuellement environ 11 millions de tonnes d'eq. CO2, tandis que des projets hydroélectriques supplémentaires correspondant à 12 millions de tonnes d'eq. CO2 sont en construction. 

Comme la plupart des pays les moins avancés (PMA), le panier d'exportation du Bhoutan comprend des produits de faible valeur, et principalement des produits primaires ou semi-finis. Nous exportons principalement de l'hydroélectricité, des métaux non ferreux, des minéraux, du ciment et des blocs rocheux. Nous importons des produits finis ou intermédiaires dont la valeur est plus élevée, comme les combustibles, les machines, le riz et les véhicules. 

Les partenaires commerciaux du Bhoutan sont concentrés dans la région, en conséquence de quoi le pays a des concurrents de grande taille dont les normes environnementales sont moins élevées. Il est difficile d'exporter vers les pays développés car nous avons soit les mêmes concurrents régionaux sur les mêmes marchés d'exportation, soit des concurrents encore plus grands venant des pays industrialisés. 

Le Bhoutan et les autres PMA sont confrontés à de nombreuses contraintes et difficultés dans les échanges. Nous souffrons d'une infrastructure insuffisante en matière de facilitation des échanges, aussi bien pour les aspects matériels qu'immatériels, de l'utilisation d'obstacles techniques au commerce (OTC) et de mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) en tant que mesures non tarifaires, d'un manque de financement du commerce, de contraintes du côté de l'offre, et d'un accès aux marchés limité, pour n'en citer que quelques-unes. 

En plus de ces difficultés commerciales, le Bhoutan est également en première ligne face aux conséquences négatives du changement climatique. Nous subissons de plus en plus souvent des événements climatiques extrêmes, comme les inondations, les glissements de terrain, la vidange brutale de lacs glaciaires, les feux de forêt, les vents de tempête ou la fonte des glaciers. En conséquence, le Bhoutan a du mal à financer l'adaptation et à renforcer la résilience face au changement climatique. 

Tirer profit des débouchés offerts par le commerce en matière de développement économique pourrait aider les PMA et le Bhoutan à financer des économies résilientes face au climat. Une solution pourrait consister à octroyer aux exportations neutres en carbone une prime par rapport aux exportations à forte intensité de carbone d'autres pays. Cela pourrait contribuer à réduire les difficultés liées aux émissions importées sur les grands marchés et contribuer à élever les ambitions climatiques au niveau mondial. 

Des échanges neutres en carbone donnent la possibilité de transformer le désavantage historique d'une faible industrialisation et le bas niveau de pollution en un avantage pour le commerce et le climat. Malheureusement, ces efforts se heurtent encore à des obstacles liés à la capacité et à la réglementation. Dans l'ensemble, il faut accroître et intensifier les efforts des pays développés pour soutenir le commerce avec les PMA. 

Par exemple, les exportations de ferrosilicium du Bhoutan vers les industries sidérurgiques d'Asie du Sud sont très prometteuses. La production consomme beaucoup d'énergie et le Bhoutan, grâce à l'hydroélectricité, garantit que ce matériau est produit avec de l'énergie propre et une empreinte carbone minimale. Cependant, il est difficile d'augmenter la valeur en raison des contraintes liées à la qualité et à la production, et de la concurrence avec des acheteurs qui préfèrent des produits moins chers, même si leur fabrication est à forte intensité de carbone. 

De même, dans l'agriculture, dont dépendent pour leur subsistance la plupart des gens dans les PMA, les prescriptions sont strictes pour la certification biologique, les certifications SPS, et maintenant, la certification carbone. De nombreux PMA ont du mal à se conformer à ces prescriptions, même lorsque leur agriculture est respectueuse de l'environnement et neutre en carbone. 

Il ne sera possible de parvenir à un développement respectueux du climat qu'en alignant les politiques climatiques et commerciales d'une manière qui convient aux pays les plus vulnérables tels que le Bhoutan et les PMA. Trop souvent, nous avons subi le changement climatique de plein fouet, alors que nous n'en sommes pas responsables. À ce titre, le Bhoutan et de nombreux PMA sont très préoccupés de voir le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l'Union européenne entraver les exportations des PMA et fausser involontairement les échanges en notre défaveur. 

Les PMA ne semblent pas exemptés du MACF proposé et auront besoin de soutien pour la comptabilisation du carbone et d'autres nouvelles prescriptions. Un tel soutien serait accordé par le biais de l'Aide pour le commerce, mais il n'existe pas encore de cadre conceptuel pour intégrer ces préoccupations.

Les conséquences involontaires du MACF seront négatives pour le commerce des PMA et ces derniers, ainsi que les pays en reclassement, auront donc besoin de soutien face à cette évolution de l'environnement commercial tant pour les conséquences physiques que réglementaires. Le MACF ne devrait pas avoir pour effet de pénaliser le développement et la prospérité. 

L'infrastructure internationale pour le climat et le commerce prévoit des mécanismes pour débourser des financements à des conditions favorables pour les pays à faible revenu. Le financement de l'action climatique vise à soutenir les mesures d'atténuation et d'adaptation et il faut que les engagements en matière de financement de l'action climatique soient respectés. De même, l'Aide pour le commerce vise à développer les capacités du côté de l'offre et l'infrastructure liée au commerce, et elle doit être adaptée aux exigences émergentes du commerce et du climat en permettant aux PMA de respecter non seulement les exigences habituelles du commerce mondial, mais également le climat dans le cadre du commerce. 

Le Bhoutan envisage deux niveaux de soutien. En premier lieu, il y a l'assistance au renforcement de la capacité de production nationale pour permettre notre participation au marché mondial des marchandises et des services verts. En second lieu, il y a le soutien à la transition vers les énergies propres au niveau national afin que les PMA ne soient pas confrontés au problème des émissions importées.

Le soutien en lui-même ne suffira pas, les PMA doivent participer à la conception de la nouvelle architecture mondiale du climat et du commerce et, à ce jour, nous n'avons pas été consultés. Les PMA doivent s'approprier l'architecture mondiale émergente du climat et du commerce, sinon ils pourraient être victimes d'une exclusion fondée sur l'écologie qui conduirait à imposer des normes strictes et coûteuses élaborées en utilisant le contexte des pays développés avancés ou de grande taille aux populations les plus vulnérables dans les PMA. 

Les consommateurs du monde industrialisé sont prêts à payer plus pour des marchandises et des services verts, y compris des produits biologiques. Pourtant, d'après l'expérience de l'exclusion fondée sur l'écologie du Bhoutan, les importateurs et les vendeurs des chaînes de production et de distribution n'offrent pas de surprix aux petits agriculteurs et producteurs des PMA. La course à la baisse des prix se poursuit tandis qu'on attend toujours des pays et des populations les plus vulnérables et dotés de ressources limitées qu'ils contribuent à élever les ambitions climatiques au niveau mondial. 

Les pays comme le Bhoutan qui ont de bons résultats sur le plan environnemental devraient bénéficier d'un soutien au commerce par une reconnaissance et un traitement prioritaire automatiques de leurs exportations comme étant propres et vertes. Cela donnera une forte impulsion au renforcement de la capacité de production et contribuera à accroître les ambitions climatiques et commerciales. 

About the author

Sonam P. Wangdi est président du Groupe des pays les moins avancés de la CCNUCC et Secrétaire de la Commission nationale de l'environnement du Bhoutan. 

Mots-clés
Aid for Trade Climate
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