Décembre 03, 2020

Atténuer les conséquences de la COVID 19 pour les chaînes de valeur nationales du riz et la sécurité alimentaire en Afrique de l'Ouest

  • Le riz joue un rôle stratégique dans la sécurité alimentaire en Afrique de l'Ouest, mais la région dépend de plus en plus des importations et les chaînes de valeur locale se heurtent à des obstacles en matière de technologie, de financement et de coordination
  • Les auteurs du présent article suggèrent un ensemble de mesures à court et long termes visant à atténuer les conséquences de la pandémie de COVID‑19 pour les chaînes de valeur du riz en Afrique de l'Ouest
  • Pour accroître la résilience des chaînes de valeur locales, les décideurs doivent axer leurs efforts sur l'appui aux rizeries, en particulier en leur facilitant l'accès au crédit

Depuis le début des années 2000, environ la moitié du riz consommé en Afrique de l'Ouest est importé. Cependant, derrière ce chiffre se cachent des situations très diverses: certains pays, tels que le Mali, ont presque atteint l'autosuffisance, quand d'autres, comme le Niger, importent plus des trois quarts de leur riz.

Le déficit se creuse car la consommation de riz augmente sous les effets conjugués de l'accroissement de la population, de l'urbanisation et de la rapide mutation des régimes ouest‑africains.

Pour faire face à la crise mondiale des prix des produits alimentaires de 2008, plusieurs gouvernements d'Afrique de l'Ouest, appuyés par des organisations internationales, ont redéfini leurs politiques, axées sur l'amélioration des chaînes de valeur nationales du riz. Cette amélioration s'illustre par des investissements dans de grandes unités de décorticage de riz et la création de mécanismes de coordination entre les acteurs de la chaîne de valeur (par exemple des contrats), afin de fournir un riz de haute qualité.

L'amélioration des chaînes de valeur est plus dynamique dans les pays où la production et les importations de riz sont élevées et où les consommateurs urbains ont une préférence plus prononcée pour le riz importé, tels que le Nigéria et le Sénégal. Cette situation suggère que le coût élevé des importations ouvre aussi d'importants débouchés commerciaux aux investisseurs du secteur privé s'ils parviennent à améliorer la qualité du riz local pour qu'elle soit à la hauteur des normes d'importation. Cependant, l'investissement dans la transformation du riz nécessite un approvisionnement suffisant en riz paddy .

Les chaînes de valeur traditionnelles fournissent 99% du riz local en Afrique de l'Ouest

Malgré ces politiques d'amélioration, les chaînes de valeur traditionnelles fournissent toujours 99% du riz local en Afrique de l'Ouest. Ces chaînes de valeur sont composées d'agriculteurs, de rizeries et de négociants qui disposent d'un capital limité, gèrent de petites quantités de produits et fournissent du riz de qualité hétérogène.

Ces chaînes dominent dans l'approvisionnement local du fait des contextes incertains et restrictifs dans lesquels elles fonctionnent. L'amélioration des chaînes de valeur locales est donc une véritable gageure en matière de coordination verticale, de technologie, de financement et de politiques.

Les chaînes de valeur traditionnelles et améliorées pourraient être gravement touchées par la pandémie de COVID‑19. Les moyens d'action exposés ci‑après pourraient atténuer ces conséquences.

Limiter les conséquences de la COVID‑19 pour les chaînes de valeur locales

Les restrictions de mouvement, l'instabilité des prix et la sensation d'incertitude générale dans le cadre de la crise liée à la COVID‑19 sont susceptibles de causer des problèmes d'approvisionnement aux rizeries. Ces difficultés pourraient particulièrement toucher les rizeries modernes, qui ont besoin d'importants volumes de riz paddy pour récupérer les coûts d'investissement. En outre, la COVID‑19 pourrait rendre les institutions financières privées encore plus réticentes à accorder des prêts.

Les moyens d'action destinés à atténuer les effets de la COVID‑19 sur les chaînes de valeur nationales du riz doivent prendre en considération la diversité des secteurs du riz en Afrique de l'Ouest. Si certaines politiques peuvent être mises en place par tous les pays, d'autres devraient être conçues selon les particularités de chaque pays.

Sur le court terme, appuyer la résilience des chaînes de valeur

Les mesures à court terme visant à faire face aux difficultés d'accès aux intrants que rencontrent les acteurs des chaînes de valeur peuvent consister, par exemple, à accorder aux rizeries des prêts à taux zéro et à simplifier les procédures administratives d'accès au crédit. Ces mesures aideraient les rizeries à conserver leur activité, notamment en appuyant la production de riz paddy. Ces prêts devraient être subordonnés à la condition que les prix d'achat et de commercialisation sont acceptables.

À titre d'autre exemple, les gouvernements pourraient réserver les achats d'intrants essentiels, tels que les semences et les engrais, aux producteurs.

Sur les moyen et long termes, appuyer l'amélioration de la chaîne de valeur

Les mesures à moyen et long termes devraient privilégier l'appui à l'amélioration de la chaîne de valeur. Ces solutions comprennent des politiques visant à créer un environnement favorable à l'investissement direct national et étranger.

Par exemple, les gouvernements peuvent établir des lignes de crédit spéciales à l'intention des investisseurs, élaborer des cadres réglementaires pour l'agriculture sous contrat et continuer de développer l'infrastructure rurale. Par ailleurs, il conviendrait d'apporter un soutien pour accroître l'utilisation des sous‑produits du riz, la qualité des régimes à base de riz et la valeur nutritionnelle du riz.

Avertissement

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