Available in:
Janvier 28, 2021

Aider les petites entreprises à renforcer leur résilience financière

Publié d'origine sur le Forum Economique Mondial le 19 Janvier 2021 en faisant partie de l'agenda de Davos

    • Dans le sillage de la pandémie de COVID‑19, les petites entreprises des PMA voient leurs revenus chuter et ont du mal à accéder au financement
    • Beaucoup de PMA dépendent de l'aide extérieure, et ils craignent que les coupes budgétaires ne freinent encore leur développement économique.
    • Il est essentiel que l'aide versée soit dépensée aussi efficacement que possible, pour attirer davantage d'investissements privés dans les petites entreprises des PMA.
    • Le secteur privé est prêt. Des fonds tels que le SGD500 aident déjà des petites entreprises des PMA à rester à flot.

    Les petites entreprises des pays les moins avancés (PMA) sont actuellement confrontées à des difficultés considérables. Beaucoup manquent de liquidités car leurs revenus ont chuté pendant les confinements liés à la COVID‑19 au niveau national et mondial. Les banques et autres bailleurs de fonds ont fortement réduit les prêts au moment où elles en avaient le plus besoin. Rares sont les autres formes de financement et de crédit disponibles, et il est donc presque impossible pour ces entreprises de croître et de stabiliser leur situation financière.

    Depuis des décennies, beaucoup de petites entreprises des PMA dépendent fortement de l'aide publique au développement (APD). Ce soutien leur a permis de se lancer dans le commerce électronique, d'accéder à de nouveaux marchés, de satisfaire aux normes d'exportation, et bien plus encore. La croissance des petites entreprises dans les PMA, et la création d'emplois en particulier pour les femmes et les jeunes, a joué un rôle majeur pour le développement durable.

    Cependant, la COVID‑19 a déjà des répercussions sur l'utilisation et la répartition de l'APD. Plusieurs gouvernements donateurs ont réaffecté leur budget pour répondre dans l'urgence à des priorités sanitaires et fournir une aide humanitaire en 2020. Cette tendance ne devrait pas s'inverser à court terme. Les organisations internationales demandent aux gouvernements de maintenir les budgets consacrés à l'aide en 2021, mais beaucoup craignent que des coupes de plusieurs milliards ne soient encore planifiées.

    Dans ce climat économique incertain et préoccupant, il est essentiel de veiller à ce que l'aide versée soit dépensée de manière à attirer les investissements privés, et finalement à produire davantage de résultats.

    Le financement mixte, un espoir pour les petites entreprises

    Entre 2012 et 2018, les investissements effectués par les gouvernements sous forme d'APD ont encouragé le secteur privé à investir 13,4 milliards de dollars dans les PMA. Ce mécanisme est connu sous le nom de "financement mixte": un gouvernement ou une institution philanthropique réalise un investissement initial pour lancer un projet, même si cela implique des risques plus élevés ou des rendements plus faibles. Cette approche novatrice permet de rendre un projet plus attrayant pour les investisseurs privés qui cherchent des rendements financiers plus élevés avec des risques plus faibles, ce qui est particulièrement important dans les PMA où les risques pour les investissements sont grands et nombreux.

Le financement mixte apporte déjà des solutions à court terme pour les petites entreprises des PMA, qui ont désespérément besoin de liquidités pour payer leurs fournisseurs dans le contexte de la pandémie. Il permet aussi aux gouvernements des PMA de résoudre des difficultés à court terme, qu'il s'agisse de financer le commerce pour l'approvisionnement, ou de mettre à disposition des capitaux pour venir en aide aux entreprises.

Mais là où ce type de financement fait véritablement la différence par rapport à d'autres instruments, c'est pour l'accès à des investissements importants à long terme: étant donné que le financement mixte s'appuie sur l'APD pour réduire les risques financiers, il permet d'attirer des investisseurs institutionnels, comme les fonds de pension et les compagnies d'assurance, qui autrement n'interviendraient pas dans les PMA.

Les initiatives telles que le fonds SGD500, lancé en 2020 à la réunion annuelle du Forum économique mondial, jouent un rôle pionnier pour le financement mixte dans les PMA. Par exemple, le Fonds ABC (Agri‑Business Capital Fund), l'un des six instruments du SDG500, a pour objectif de mobiliser 200 millions d'euros auprès d'investisseurs publics et privés; pour chaque dollar provenant de programmes d'aide ou de fonds publics, 2,50 dollars sont investis par le secteur privé. Parmi les investisseurs publics du Fonds ABC figurent déjà l'UE, l'Organisation des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, le gouvernement luxembourgeois, l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) et la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC).

Depuis le début de la pandémie de COVID‑19, le Fonds ABC a fait deux nouveaux investissements pour soutenir des petits exploitants agricoles. Il a fourni des prêts d'une valeur de 1,2 million d'euros dont avaient grand besoin deux petites entreprises: Anatrans, qui transforme des noix de cajou au Burkina Faso, et Maphlix, qui produit et transforme des légumes et tubercules au Ghana.

Ce financement a permis aux deux entreprises de continuer à payer les agriculteurs et les fournisseurs, ainsi que d'acheter du matériel pour mettre en place des mesures de distanciation physique dans leurs locaux. C'est en permettant à des entreprises comme celles‑ci de continuer à fonctionner et de se développer, même dans l'adversité, qu'on peut les aider à devenir financièrement plus résistantes.

Cela dit, ces exemples restent des exceptions. Avant la pandémie, les PMA bénéficiaient seulement de 6% du financement privé mobilisé par l'APD. Et les investissements privés sont plus modestes dans les PMA que dans d'autres pays en développement.

Le financement mixte pour les pays qui en ont le plus besoin

Pour accroître les investissements privés dans les PMA, il faudra agir à plusieurs niveaux. Les efforts déployés pour réduire les risques, notamment dans le cadre du financement mixte, sont importants mais ne suffiront pas.

Il ressort de nos conversations avec les acteurs de la finance privée qu'ils ont du mal à trouver l'aide publique nécessaire pour que le financement mixte fonctionne, et la COVID‑19 va évidemment exacerber ces difficultés.

Les gouvernements donateurs doivent agir concrètement et trouver des solutions créatives pour assumer eux‑mêmes les risques afin que le secteur privé leur emboîte le pas. Pour ce faire, ils devront être prêts à accepter plus de risques – réels ou perçus – au moment d'établir leurs priorités budgétaires pour l'aide, et soutenir davantage les instruments de financement mixte favorables aux pays les plus pauvres. Il faudra aussi encourager les gouvernements des PMA à prendre l'initiative et à s'approprier les possibilités offertes par ces nouvelles modalités.

Les gouvernements des PMA ont aussi un rôle important à jouer, en s'efforçant d'instaurer un climat local propice à l'investissement. Il s'agit d'alléger les obstacles qui découragent les investisseurs: mécanismes de sélection inutiles, processus d'enregistrement des entreprises, processus d'octroi de licences, ou encore manque de protection des investisseurs étrangers. Il faut aussi renforcer les capacités des petites entreprises en vue de les rendre plus attrayantes pour des investissements dans le cadre du financement mixte. L'assistance technique qui leur est offerte dans le cadre de programmes d'aide doit être maintenue, pour renforcer leurs pratiques financières, améliorer leur efficacité opérationnelle, et améliorer leur respect des normes environnementales, sociales et de gouvernance.

Si les budgets consacrés à l'aide sont réduits, les PMA et les petites entreprises qui étayent les économies locales et assurent des moyens de subsistance seront clairement les plus touchés. Le développement du financement mixte pendant la pandémie est cependant de bon augure. Il n'est pas trop tard pour utiliser l'aide publique afin d'attirer des investissements privés dans les pays les plus pauvres, mais il n'y a pas de temps à perdre.

 

__________

About the author

 

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.