La "renaissance" du gingembre au Népal

Augmenter et améliorer la production de gingembre permet d'accroître les revenus

Les plaines de basse altitude du district de Morang au sud‑est du Népal sont l'endroit idéal pour cultiver du gingembre. Il y fait chaud et le sol est humide.

Pourtant, là‑bas, les cultivateurs perdent systématiquement jusqu'à 90% de leurs cultures de gingembre.

Parbati Magar faisait partie des cultivateurs qui voyaient, saison après saison, la totalité de leurs cultures de gingembre dépérir à cause d'une maladie appelée "pourriture du rhizome".

"Je n'avais pas connaissance de [l'existence de solutions à] ce problème", a‑t‑elle dit, et les vulgarisateurs qui intervenaient dans son village non plus. Parbati a donc décidé de cesser son activité agricole et de trouver un emploi dans un village voisin afin de gagner suffisamment d'argent pour pouvoir subvenir aux besoins de ses cinq enfants.

En effet, dans de nombreuses régions productrices de gingembre au Népal, les cultivateurs se sont reconvertis dans d'autres activités ou ont réduit leur production de gingembre à cause de ces problèmes de perte après récolte. Ceux qui ont continué à cultiver du gingembre vendaient ce dernier à bas prix à des intermédiaires car il était de mauvaise qualité et couvert de terre.

"Les petits producteurs de gingembre, dont beaucoup sont des femmes ayant peu d'autres possibilités de s'assurer un revenu, ont été déconnectés des marchés et ne sont pas en mesure de satisfaire aux normes internationales et de tirer parti des possibilités commerciales qui leur permettraient d'accroître leurs revenus", a dit Marlynne Hopper, chef adjointe du Fonds pour l'application des normes et le développement du commerce (STDF).

Le STDF, en partenariat avec le Cadre intégré renforcé (CIR) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, a jugé opportun de soutenir et de développer le secteur du gingembre au Népal.

Qualité et quantité

L'une des premières choses qu'ils ont choisi de faire a été de doter les producteurs des compétences, des connaissances et de la confiance nécessaires pour produire du gingembre de meilleure qualité et en plus grande quantité.

Ils ont suivi l'approche des champs‑écoles des producteurs pour former 59 agriculteurs chefs de file dans l'est du Népal à la gestion des parasites et des maladies, à l'entretien des semences, à la manipulation et au stockage du gingembre après la récolte et à la tenue de registres précis. Ces facilitateurs ont ensuite aidé d'autres producteurs de leur district à appliquer les compétences et connaissances nouvellement acquises au moyen de mises en scène, de vidéos et d'autres supports visuels pour transmettre des messages dans les communautés où le taux d'alphabétisation est faible. Du matériel végétal amélioré a également été fourni aux producteurs.

Lorsqu'elle a appris que le programme de champs‑écoles des producteurs allait être mis en œuvre dans son village, Parbati était sceptique car elle ne voyait pas comment cela aiderait à régler le problème de la pourriture du rhizome. Elle a décidé de participer à la formation en intégrant un groupe chargé d'expérimenter de nouvelles méthodes et techniques de gestion de la pourriture du rhizome sur une parcelle de démonstration.

"[Après avoir traité les graines de gingembre,] la situation était moins critique qu'avant", a‑t‑elle dit. Dotée des connaissances, des compétences et des réseaux dont elle a besoin pour réussir, Parbati a décidé de réessayer de cultiver du gingembre.

Dans le district voisin de Jhapa, le facilitateur Mahesh Timsina a là aussi vu des agriculteurs surmonter des difficultés semblables, qui les avaient auparavant poussés à abandonner la culture du gingembre.

"Les régions du district de Jhapa auparavant connues pour leurs cultures de gingembre ont vu renaître la production de gingembre", a‑t‑il dit.

Grâce à l'approche des champs‑écoles des producteurs, près de 2 000 cultivateurs ont été formés (dont 60% de femmes) et les pertes de gingembre après récolte sur l'ensemble des parcelles cultivées dans l'est du Népal ont diminué de 30%.

Première du genre

L'autre problème à résoudre était celui de la mauvaise qualité du gingembre exporté, qui faisait baisser les prix du gingembre népalais sur le marché mondial.

Le Népal est le quatrième producteur et le sixième exportateur mondial de gingembre. Ce dernier est la principale épice exportée par le pays, les exportations de gingembre ayant atteint 8,2 millions de dollars EU en 2008.

Toutefois, les agriculteurs n'ont pas pu accéder aux marchés à plus forte valeur ajoutée dans la région et au‑delà en raison de leur incapacité de se conformer aux normes internationales reconnues dans le cadre de l'Accord de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur l'application des mesures sanitaires et phytosanitaires, qui énonce les règles de base en matière de sécurité sanitaire des produits alimentaires, de santé des animaux et de préservation des végétaux.

En coopération avec l'Association népalaise des producteurs de gingembre et des négociants en gingembre (NGTPA) et plusieurs ministères, une installation de lavage du gingembre – la première du genre – a été construite, avec une capacité de lavage de 18 tonnes métriques de gingembre de qualité export par heure.

"La construction de l'installation de lavage est une étape importante dans le développement de nos exportations … cela nous a permis d'accroître les exportations de gingembre de 20 à 30%", a indiqué Hemanta Bohora, secrétaire de la NGPTA.

L'accroissement des exportations a attiré de nouveaux acheteurs.

"L'installation de lavage et les améliorations apportées à la production de gingembre et à la manutention après récolte au niveau des exploitations, ainsi que le renforcement des mesures sanitaires et phytosanitaires [SPS] et des capacités des autorités gouvernementales, ont ouvert l'accès à de nouveaux marchés. En 2018, le Népal a exporté du gingembre vers le Bangladesh et l'Europe", a dit Marlynne Hopper.

Trouver la voie à suivre

Grâce à l'augmentation de la productivité du gingembre, à la réduction des coûts de culture et à l'amélioration de la qualité des exportations, le revenu des producteurs a augmenté de 62%.

La plupart des champs‑écoles des producteurs sont toujours en activité et les parcelles de démonstration deviennent des centres de ressources en semences qui donnent accès à du matériel végétal de qualité supérieure. Les vulgarisateurs qui aident les agriculteurs comme Parbati sont au fait des dernières évolutions et utilisent des matériels de formation pour sensibiliser encore davantage d'agriculteurs.

Peut‑être plus important encore, cela a renforcé la résilience des producteurs népalais de gingembre en temps de crise.

"Ce projet montre que des initiatives concrètes comme celle‑là, que les pays s'approprient, peuvent contribuer de manière significative à réduire la pauvreté et méritent d'être répliquées dans d'autres parties du pays. Il est essentiel de former tous les producteurs de gingembre aux bonnes pratiques agricoles et de leur fournir des semences de qualité pour accroître la productivité et améliorer la qualité du gingembre", a affirmé Ratnakar Adhikari, Directeur exécutif du CIR.

Ganesh Pokharel, un facilitateur du district de Panchthar, a indiqué: "En fin de compte, ce projet nous a ouvert les yeux et nous a donné accès à de nouvelles innovations. Il nous a appris à trouver des solutions à la crise que nous pourrons réutiliser dans l'avenir."

KEYWORDS: ginger Nepal Trade Integration Study standards

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