10 août 2023

Intégrer l'Éthiopie aux systèmes commerciaux régionaux et mondiaux

by Farai Samhungu Peter Donelan / in Récit d'expérience

PRINCIPAUX RÉSULTATS

  • Le Cadre intégré renforcé (CIR) a aidé à soutenir le renforcement des capacités institutionnelles en Éthiopie en établissant une Unité nationale de mise en œuvre du CIR (UNMO) capable de mettre en œuvre et de coordonner la fourniture de l'assistance technique liée au commerce. Cette démarche a été favorisée par l'établissement d'un comité directeur de haut niveau auquel les principaux ministères sectoriels, les partenaires de développement et le secteur privé ont été invités à participer. Le gouvernement éthiopien a mesuré l'intérêt de ces mécanismes du CIR, même après la fin du financement des projets du CIR. Ces mécanismes supervisent maintenant quatre projets gouvernementaux liés au commerce, qui sont financés par d'autres partenaires de développement.
  • Le CIR et l'État éthiopien ont mené une collaboration sur la participation du secteur privé, dans le cadre d'un projet réussi sur la productivité et la compétitivité du secteur du miel. L'entité responsable de la mise en œuvre, le Centre international sur la physiologie et l'écologie des insectes (ICIPE), a par la suite utilisé ce projet comme modèle pour un projet de suivi dans les secteurs du miel et de la soie, qui a obtenu 55,6 millions d'USD supplémentaires de la part de la Fondation Mastercard.
  • Malgré l'instabilité politique de ces dernières années, l'Éthiopie a connu une croissance économique constante, marquée par une hausse de son produit intérieur brut, qui a atteint 80 milliards d'USD, et par une diminution de l'incidence de la pauvreté, passée de 39% en 2005 à 24% en 2015/2016. L'Éthiopie s'est engagée dans le processus d'accession à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dans le but de mieux s'intégrer aux chaînes de valeur mondiales. À cet égard, le CIR a soutenu les négociations en vue de l'accession de l'Éthiopie à l'OMC, et le processus se poursuivra en 2023 par un cinquième cycle, de nouveau avec son soutien. 

Depuis le début du partenariat entre l'État éthiopien et le CIR et la mise en place de l'UNMO, le CIR a soutenu le renforcement des capacités de production et des capacités institutionnelles de l'Éthiopie dans les secteurs liés au commerce. Ces initiatives visaient à remédier aux problèmes mis en évidence dans la mise à jour de 2016 de l'Étude Diagnostique sur l'Intégration du Commerce (ÉDIC) de la CNUCED. En 2017, le CIR a aussi soutenu le recrutement de personnel – un coordonnateur de l'UNMO, un responsable du suivi et de l'évaluation et des responsables de projet – pour la gestion de l'UNMO établie au sein du Ministère du commerce et de l'intégration régionale. L'Éthiopie a également mis en place un Comité de la facilitation des exportations, présidé par le Premier Ministre.

La première ÉDIC (2004) a facilité l'inclusion du commerce dans le premier Plan de croissance et de transformation du pays. Par la suite, l'analyse réalisée pour la mise à jour de l'ÉDIC, qui a commencé début 2015, a contribué au réexamen des secteurs prioritaires pour la réalisation des objectifs du deuxième Plan de croissance et de transformation, à savoir "la réduction de la pauvreté, le développement durable et l'intégration de l'Éthiopie dans les systèmes commerciaux mondiaux". L'exportation de produits manufacturés est aussi présentée dans le deuxième Plan de croissance et de transformation comme un facteur de croissance économique essentiel, de même que la transformation d'une économie rurale en une économie fondée sur le secteur manufacturier. Une des principales recommandations formulées dans la mise à jour de l'ÉDIC concernait la nécessité, d'une part, d'élaborer une stratégie commerciale nationale et des politiques commerciales connexes afin de lever les obstacles qui entravaient le développement du commerce en Éthiopie, et d'autre part de repenser l'agro-industrie de manière à relier l'agriculture et les produits secondaires à valeur ajoutée.

Préparation à l'accession à l'OMC et à la mise en œuvre de la ZLECAf

L'Éthiopie a longtemps choisi de demeurer à la marge des systèmes commerciaux régionaux et internationaux. En conséquence, les pouvoirs publics ne disposaient pas de l'expertise technique nécessaire à la conduite d'un programme de commerce international. Pour y remédier, entre 2019 et 2021, le gouvernement éthiopien a, avec le soutien du CIR, entrepris une vaste opération de formation dont ont bénéficié 979 personnes au total, dont 342 femmes et 333 jeunes, afin de mener la réforme interne nécessaire à l'accession du pays à l'OMC et de mettre effectivement en œuvre la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf). Cette opération de formation était essentielle pour aplanir certaines des difficultés que devait surmonter l'Éthiopie pour participer efficacement à ces systèmes commerciaux régionaux et internationaux. 

Les pouvoirs publics se sont appuyés sur des structures nationales telles que le Comité permanent du commerce et de l'industrie, les fonctionnaires fédéraux et régionaux, le secteur privé, les organisations internationales et les milieux universitaires. Les médias ont aussi été sollicités pour sensibiliser les parties prenantes et leur permettre de mieux comprendre les processus de négociation nécessaires à l'accession à l'OMC et à la mise en œuvre de la ZLECAf, ainsi que leur propre rôle dans ces processus de réforme internes. Cette démarche a permis une meilleure couverture des questions de commerce et d'investissement dans le pays. 

Tous ces processus ont abouti à la signature et à la ratification de l'Accord consolidé sur la ZLECAf. L'Éthiopie a par ailleurs mené quatre cycles de réunions du Groupe de travail de l'OMC, et le CIR continue de soutenir le pays dans les négociations en vue de son accession à l'OMC.

Réformes politiques et commerciales au niveau national

Les politiques commerciales du pays et leurs processus d'élaboration ont été réformés en vue d'inscrire le commerce dans les plans nationaux de développement et de favoriser la croissance du commerce et le développement durable. Selon Nuredin Mohammed, coordonnateur du CIR au Ministère du commerce et de l'intégration régionale, le CIR a soutenu des études et des discussions fondées sur des éléments probants qui ont accéléré l'élaboration et la mise à jour de trois politiques commerciales et d'investissement essentielles: premièrement, les directives nationales sur la fixation des prix des combustibles et les subventions aux combustibles, qui visent à préserver la situation sur le marché mondial des combustibles et à garantir que ce secteur vulnérable reçoive un soutien adapté, et qui ont été ratifiées par le Conseil des ministres. 

Deuxièmement, le Conseil des ministres a aussi approuvé le Plan prospectif décennal de développement national 2020-2030, qui s'appuie sur le Plan prospectif décennal pour le secteur du commerce et de l'industrie. 

La troisième politique essentielle est une stratégie d'exportation nationale, qui énonce clairement les possibilités de croissance des exportations dans les secteurs de l'agriculture, des industries extractives, des industries manufacturières et des services. La stratégie met aussi en lumière les contraintes qui pèsent sur les différents secteurs et présente plusieurs mesures essentielles pour parvenir au développement souhaité en ce qui concerne l'économie et les exportations. 

Nuredin Mohammed déclare que le soutien du CIR a aussi été essentiel dans le cadre de la ratification du Code de commerce, qui a été réexaminé et modifié pour la première fois en 60 ans, et de la fourniture d'un soutien technique pour la proclamation de l'établissement d'un marché des capitaux. L'équipe de projet du CIR a participé à la préparation de ces documents et aux ateliers de validation. 

Les deux Plans de croissance et de transformation, couvrant respectivement la période 2010-2014 et la période 2015-2019, ont ouvert la voie au premier Plan national de réforme économique 2021-2023 et au Plan prospectif décennal de développement national 2020-2030, considéré comme essentiel à la trajectoire de croissance économique du pays. Ces plans de réforme et de développement visent notamment à: améliorer la productivité et la compétitivité, entreprendre une transformation institutionnelle, garantir le rôle de chef de file du secteur privé dans l'économie, renforcer la résilience climatique et bâtir une économie verte, et garantir la participation équitable des femmes et des jeunes.

Grâce à l'amélioration du cadre politique de l'Éthiopie, il est plus aisé de faire des affaires dans le pays, car d'anciens régimes, procédures et réglementations complexes ont été supprimés ou simplifiés.

Promouvoir les entreprises éthiopiennes grâce aux foires commerciales

Au fil des ans, le CIR a aussi soutenu plusieurs projets visant à remédier aux difficultés que rencontrent les producteurs et exportateurs éthiopiens en termes de productivité. Les efforts déployés en vue d'accroître les échanges se sont concentrés sur la simplification des régimes commerciaux et la diversification des produits, des services et des marchés. À cette fin, le CIR a apporté depuis 2015 un soutien constant à la participation de l'Éthiopie à l'exposition Gulfood, à Dubaï. Selon Assefa Mulugeta, qui était alors directeur général chargé de la promotion des exportations au Ministère du commerce et de l'industrie, "L'exposition Gulfood est une manifestation très importante pour trouver de nouveaux débouchés et renforcer les marchés existants". Il est convaincu que l'accent mis par Gulfood sur le réseautage la distingue des autres expositions commerciales. Les entreprises éthiopiennes, qui étaient autrefois 5 à 10 à participer à l'exposition, sont maintenant environ 70 à s'y rendre chaque année. Le Ministère ne pouvant répondre à une telle demande, un roulement a été mis en place. Au total, les contrats signés à cette foire rapportent directement environ 80 millions d'USD par an aux entreprises éthiopiennes.

Birukawit Begashaw, propriétaire de l'entreprise d'exportation Qine Trading, basée à Addis-Abeba, témoigne des avantages de l'exportation pour les entreprises éthiopiennes. Elle a lancé son entreprise en août 2015, mais avait des difficultés à obtenir des commandes. "Ensuite, j'ai envoyé deux conteneurs de graines dans le New Jersey, en décembre 2015", dit-elle. Cette première percée a été suivie d'une deuxième, lorsqu'elle a été invitée par le Ministère du commerce et de l'industrie à participer à l'exposition Gulfood.

Développer le secteur du miel

Pour renforcer le secteur du miel, qui est en plein essor, le CIR a aussi soutenu le développement de la production biologique de miel et de produits du miel par l'intermédiaire d'un projet mis en œuvre par l'ICIPE. Des initiatives visant à remédier aux difficultés de production rencontrées par les apiculteurs ont permis de former 20 000 d'entre eux (plus de 6 000 femmes et presque 18 000 jeunes) à la récolte du miel, à sa classification par qualité, à son conditionnement, son stockage et sa commercialisation, et à leur fournir un équipement moderne. Munis de meilleures compétences, ils ont produit au total 153 tonnes de miel et 17 tonnes de cire d'abeille pendant la durée du projet (2019‑2021). Grâce à la standardisation de la production du miel et à l'amélioration du conditionnement, les recettes ont atteint un total de 1,3 million d'USD, tandis que les produits connexes, tels que la cire, la gelée royale, le pollen et la propolis, ont généré plus de 400 000 USD supplémentaires sur la même période.

Pour améliorer la qualité et la quantité du miel, 400 000 graines de plantes mellifères ont été plantées près des ruchers par 58 entreprises d'apiculture; la vente des graines a généré près de 80 000 USD de recettes. L'ICIPE, avec le soutien de l'UNMO, est parvenu à obtenir le soutien de la Fondation MasterCard, qui a injecté plus de 55,6 millions d'USD pour étendre les activités de production de miel à d'autres régions d'Éthiopie, créant ainsi davantage d'emplois pour les jeunes par l'intermédiaire du projet Plus de jeunes entrepreneurs dans la soie et le miel. 

Combler l'écart entre hommes et femmes dans les domaines de la technologie et de l'agroalimentaire durable 

La technologie ouvre bien des possibilités, notamment dans le domaine commercial et en particulier en Afrique, mais les femmes et les filles de la région n'ont pas été en mesure d'en tirer pleinement parti. Pourtant, le commerce électronique est moins soumis aux obstacles commerciaux, ouvre aux femmes des marchés plus importants et plus variés, et leur donne la possibilité de travailler depuis des espaces plus pratiques, et avec des horaires plus souples. En Éthiopie, la situation évolue rapidement pour les femmes dans des secteurs tels que celui de l'habillement et des textiles. Grâce à un partenariat entre le CIR et l'UIT, les femmes du secteur acquièrent des compétences permettant leur autonomisation économique, ce qui passe par des façons plus innovantes d'identifier des marchés, de communiquer avec leurs clients et de gérer leur entreprise. Le projet a mis des femmes en relation avec d'importants acteurs de l'écosystème numérique et des secteurs du textile et de l'habillement en renforçant leurs compétences technologiques et numériques, ce qui leur a permis de créer des plates-formes de vente en ligne et de participer à l'économie numérique.

Un autre partenariat entre le CIR et Fairtrade Australie-Nouvelle-Zélande consiste à renforcer les capacités des femmes éthiopiennes dans le domaine de l'agriculture, afin de garantir que leurs techniques de culture et de récolte soient respectueuses de l'environnement et que leurs produits soient conformes aux critères de qualité des marchés internationaux. Les bénéficiaires ont reçu une formation sur les seuils relatifs à la lutte contre les parasites et les maladies et sur les protocoles agricoles. Cette formation leur a aussi permis d'obtenir des certifications d'exportation afin de faciliter l'exportation de leurs produits agricoles. L'objectif final est d'augmenter la rentabilité des entreprises des agricultrices en garantissant de meilleurs prix à l'exportation sur les marchés internationaux et la protection des droits des productrices. 

L'avenir de l'Éthiopie dans le commerce s'annonce radieux

Le soutien apporté par le CIR à l'Éthiopie a permis au pays de renforcer ses capacités institutionnelles et ses capacités de production dans plusieurs domaines et secteurs. Les partenariats noués et le soutien apporté à la diversification des produits et des marchés, ainsi que la simplification des régimes commerciaux et des services d'enregistrement et d'obtention de licences, ont contribué à dynamiser les échanges commerciaux de l'Éthiopie et à lui apporter une reconnaissance sur les marchés internationaux.

"Le soutien financier et technique du programme [du CIR] a contribué aux efforts que nous avons déployés pour rendre notre environnement commercial favorable à un développement durable et inclusif. Le programme a aussi joué un rôle essentiel dans l'accroissement de notre visibilité sur les marchés internationaux et l'augmentation de nos recettes d'exportation". – S.E. M. Kassahun Gofe Balami, Ministre d'État, Ministère du commerce et de l'intégration régionale de l'Éthiopie, au Comité directeur du CIR, en décembre 2022.

La ratification de la ZLECAf par le pays, et son engagement dans le processus d'accession à l'OMC, entretiennent un environnement propice au développement du commerce et des recettes d'exportation et au renforcement des liens économiques avec d'autres pays, aux niveaux régional et mondial. À cet égard, le CIR est un partenaire de confiance, résolu à accompagner l'Éthiopie sur cette voie. 

 

 

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Alors que la deuxième phase du Cadre intégré renforcé (CIR) touche à sa fin en 2024, l'objectif est de produire un catalogue de récits d'impact mettant en lumière les efforts du partenariat du CIR dans les pays les moins avancés (PMA) et les PMA récemment reclassés où il s'est activement investi. Le présent récit d'impact constitue l'un des récits du catalogue. Il a bénéficié de la contribution et des commentaires essentiels de la part des Unités nationales de mise en œuvre du CIR (UNMO) basées dans les pays et de l'ensemble de l'équipe du CIR.

L'objectif premier de chaque récit d'impact, ainsi que de l'ensemble du catalogue, est d'adopter une approche journalistique en relatant l'implication du CIR dans les PMA au cours de la Phase Une et Deux. Le but est de fournir des informations pertinentes et de documenter les résultats et les impacts, ainsi que certains enseignements tirés du travail du partenariat du CIR dans les PMA. Ces récits ne fournissent pas une vue d'ensemble de tous les aspects de l'implication du partenariat du CIR, tels que les calendriers précis ou l'étendue exacte de la participation (c'est-à-dire les contributions financières). Ils constituent plutôt un moyen d'information parmi d'autres sur le travail du partenariat du CIR. Les lecteurs intéressés sont encouragés à compléter ces récits d'impact en consultant d'autres sources, notamment les Rapports annuels du CIR, les articles des Nouvelles de l'Aide pour le commerce, les canaux de réseaux sociaux du CIR et, le cas échéant, les UNMO dans les PMA ainsi que le Secrétariat exécutif du CIR.

Il est essentiel de reconnaître que les informations fournies ne sont ni exhaustives (par exemple, elles sont basées sur les dernières données disponibles au moment de la rédaction en 2023) ni de nature évaluative. 

Enfin, bien que chaque récit d'impact adhère à une structure similaire, la diversité des pays, des contextes et des implications du CIR signifie que chaque histoire est unique.

Avertissement
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