Juin 25, 2020

Une lueur d'espoir dans le secteur du karité − l'histoire de Kora

Le karité est essentiel pour les revenus des communautés rurales et une nouvelle initiative dans quatre pays producteurs de karité en Afrique de l'Ouest vise à augmenter ces revenus.

L'objectif d'éradication de la pauvreté dans les communautés rurales s'est articulé, depuis des décennies, autour du secteur agro‑industriel. Cela comprend la filière du karité, qui emploie 4 millions de femmes dans son sous‑secteur d'exportation en Afrique de l'Ouest.

Le karité, qui est en grande partie exploité par des femmes, représente jusqu'à 32% de l'argent des ménages et contribue de manière essentielle aux revenus des communautés rurales. Ce fruit convoité est une source d'alimentation et présente de nombreuses vertus sur le plan nutritionnel et médicinal, et il a également été démontré que les parcs à karité contribuaient de manière significative à l'atténuation des effets du changement climatique.

Au cours des 20 dernières années, les besoins en karité ont augmenté de 600% en raison de son utilisation croissante dans l'alimentation et les cosmétiques. Dans 4 pays d'Afrique de l'Ouest où le karité est l'une des 3 premières cultures d'exportation et où les volumes de production sont en train de passer d'environ 50 000 à plus de 300 000 tonnes métriques par an, un nouvel effort est fait pour combler l'écart entre l'offre et une demande mondiale en constante augmentation.

Le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Togo représentent 61% des exportations mondiales de karité, et un partenariat entre l'Alliance mondiale du karité, le Cadre intégré renforcé (CIR) et l'Agence des États‑Unis pour le développement international vise à accroître la participation de ces pays au commerce régional et mondial du karité.

Kora N'gobi Mouniratou est originaire de Sakarou, dans le nord du Bénin, et membre de la coopérative de karité Antisua. Antisua signifie se prendre en charge en bariba, la langue principale parlée dans le nord du Bénin. Ce nom est emblématique pour les femmes appartenant à cette coopérative de 35 membres qui se réunissent pour relever les défis auxquels elles sont confrontées en tant que femmes dans une société traditionnelle.

La coopérative de karité Antisua a été créée en 2013 pour permettre aux femmes de se soutenir mutuellement lors des événements de la vie comme les décès, les naissances et les mariages. Aujourd'hui, la coopérative s'est également tournée vers le karité, ce qui n'est pas vraiment un grand changement.

"Pour moi, le karité est une entreprise transmise de génération en génération, de ma mère à moi. L'arbre à karité est une bénédiction de Dieu et la cueillette de ses fruits me procure un revenu pendant la saison des récoltes [Note du rédacteur: la campagne fait référence au moment où le karité est récolté, transformé et vendu]. Grâce aux revenus que je tire de cette activité, j'aide mon mari à subvenir aux besoins scolaires de nos cinq enfants, à l'achat de vêtements et aux dépenses du ménage. Je suis heureuse d'apporter une contribution à ma famille", a dit Mouniratou.

Toutefois Mouniratou et ses collègues de la coopérative n'ont pas encore pleinement exploité l'énorme potentiel de la chaîne de valeur du karité pour plusieurs raisons: leurs pratiques de récolte sont encore traditionnelles, et leurs procédés en matière de traitement et de stockage du karité n'ont pas été modernisés. Elle raconte qu'elle a été victime de morsures de serpent ou de piqûres de scorpion au cours de ses expéditions de cueillette, ce qui a constitué un obstacle majeur à la quantité de karité récoltée et que, même après la cueillette, il lui est difficile de trouver un lieu de stockage approprié – ce qui lui a fait perdre une partie importante de sa récolte l'année dernière.

"Je lutte pour avoir accès au marché pour le beurre que je produis, car je dois me déplacer très loin de mon village pour le vendre, encore faut‑il déjà que j'aie pu avoir accès à des fonds pour le produire", explique Mouniratou.

Elle se rend actuellement à pied au marché, portant sur la tête son lourd chargement de karité à vendre. Avec plus de fonds, elle pourrait acheter plus d'amandes de karité, et transformer plus de karité pour la vente.

Le projet répond à ces besoins établis, en aidant des personnes comme Kora et ses collègues récolteuses à améliorer leur capacité de transformation du karité et à accéder à de nouveaux marchés, et notamment à se rendre aux points de vente. S'agissant de la coopérative de karité Antisua, ces besoins seront formalisés et des infrastructures et des équipements lui seront fournis afin de permettre à ses membres d'aborder la phase suivante de leurs activités. Cinquante entrepôts destinés aux coopératives féminines, dont Antisua, seront construits et mis à disposition pour stocker le karité.

L'objectif est de travailler avec 30 660 femmes qui récoltent et transforment les fruits du karité en vue d'améliorer leurs compétences, leur accès au financement et leur capacité à commercialiser leur production. Un soutien sera apporté à 2 180 petites et moyennes entreprises (PME) en vue de les préparer à l'exportation, d'abord au moyen de 2 études visant à fournir des instructions étape par étape, notamment sur les procédures d'exportation, et en liaison avec les contributions du secteur privé. Une autre étude cherche à déterminer les meilleurs marchés pour le karité dans un secteur dynamique et en pleine évolution. En Afrique, l'Afrique du Sud, l'Égypte, le Nigéria et le Ghana enregistrent une demande croissante pour le karité. Beaucoup plus loin, la Chine, la Corée du Sud, les Émirats arabes unis et le Japon semblent des destinations prometteuses.

Pour ces 4 pays, l'objectif est d'augmenter le commerce total du karité de 28 880 tonnes métriques par an, ce qui aura un impact au niveau national.

Par conséquent, les coopératives de femmes seront solidement positionnées dans les chaînes d'approvisionnement des entreprises les plus compétitives du secteur dans les quatre pays, et les PME seront bien placées pour accéder à de nouveaux marchés en Afrique et en Asie. Pour Kora par exemple, cela signifiera moins de longues marches avec son chargement et moins d'attaques par les insectes, tandis que l'augmentation de ses revenus lui permettra d'améliorer la vie de sa famille.

Crédits

Header image of shea kernels at a women-run processing centre in Tanghin Dassouri, Burkina Faso - ©DelphicomAfrique/EIF. Image of Kora N'gobi Mouniratou and her shea - ©Global Shea Alliance.

Avertissement

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