Septembre 09, 2020

Une étude donne des pistes pour améliorer l'environnement commercial en Guinée équatoriale

Du secteur de la pêche à l'accession à l'OMC, une analyse de la situation économique du pays offre des perspectives pour l'avenir

La Guinée équatoriale est un petit pays connu pour ses grandes réserves d'hydrocarbures, et ce sont donc naturellement les exportations et les investissements dans ce secteur qui ont été le moteur de son expansion économique. Cependant, la forte chute des prix en 2014 et la baisse de la production ont montré qu'il était important pour le pays de se tourner vers des sources de revenus diversifiées et durables pouvant contribuer largement au bien‑être de la population.

Une analyse effectuée récemment a permis de mieux comprendre les difficultés auxquelles se heurtait le pays, ainsi que les possibilités de diversification de la base économique. Il s'agissait d'examiner les contraintes du côté de l'offre et les contraintes institutionnelles, ainsi que les moyens de tirer parti du commerce international pour favoriser la croissance.

Tous les pays les moins avancés (PMA) et les pays récemment sortis de cette catégorie peuvent bénéficier d'une telle analyse, appelée Étude diagnostique sur l'intégration du commerce (EDIC), qui est effectuée à la demande des autorités gouvernementales par le Cadre intégré renforcé (CIR) et ses partenaires, en l'occurrence le Groupe Banque mondiale.

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Quelles sont les conclusions de l'EDIC effectuée en Guinée équatoriale? Quelles recommandations ont été formulées pour améliorer l'environnement commercial? Quelles mesures les autorités ont‑elles prises en conséquence? Poursuivez votre lecture.

1) La forte dépendance vis‑à‑vis de la production et des exportations de pétrole se traduit par une grande vulnérabilité face aux fluctuations de prix.

D'après l'EDIC "en 2017, le secteur du pétrole et du gaz représentait 59% du PIB de la Guinée équatoriale, 96% des exportations de marchandises et 80% des recettes publiques".

Grâce à des ressources abondantes en hydrocarbures, la Guinée équatoriale a enregistré au cours des dernières décennies une croissance notable du PIB et du PIB par habitant, en général mais surtout en comparaison avec d'autres économies d'Afrique subsaharienne. Or, les prix du pétrole sont maintenant bas et la production devrait faiblir à moyen et long terme : le pays doit donc se tourner vers d'autres sources de revenus pour échapper à la récession et alléger les contraintes budgétaires et sociales.

Le potentiel est considérable, puisque l'EDIC mentionne des secteurs comme l'agriculture, la pêche et l'agro‑industrie, qui représentaient en 2017 moins de 4% du PIB. Les perspectives dans le secteur des hydrocarbures étant liées à d'importants facteurs et turbulences externes, la Guinée équatoriale doit parvenir à renforcer la compétitivité d'autres secteurs de l'économie afin qu'ils puissent bénéficier des possibilités offertes par les échanges commerciaux.

2) La pêche est un secteur prometteur.

"Ce qui est intéressant, c'est que le pays n'est pas très grand, mais que l'espace maritime est vaste" explique l'un des auteurs du rapport, José Signoret, économiste principal à la Banque mondiale. "La Guinée équatoriale possède la plus grande superficie d'eaux territoriales de toute la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). C'est donc un pays relativement petit par rapport à d'autres membres de la CEMAC comme le Cameroun et le Gabon, mais ses ressources océaniques sont considérables."

Il y a en Guinée équatoriale de petits exploitants qui pratiquent essentiellement une pêche de subsistance, mais on dispose de très peu de renseignements ou de données concernant leur production. La pêche industrielle n'est pas très développée, et il n'existe pas de points de débarquement industriels dans les principaux ports du pays, à Malabo, Luba, Kogo, Corisco ou Annobón. Les pêcheurs artisanaux débarquent simplement leur chargement sur les plages. Dans ce contexte, il est possible d'envisager une expansion du secteur de la pêche industrielle, afin que le pays puisse exploiter la richesse de ses ressources halieutiques.

L'EDIC recommande les mesures suivantes pour améliorer les pêcheries équato‑guinéennes: développer l'aquaculture; renforcer les activités dans la chaîne de valeur post‑capture, y compris la capacité de stockage frigorifique; renforcer la capacité du public de suivre, contrôler et surveiller le secteur; élaborer un plan de gestion efficace; et créer davantage de points de débarquement.

3) La Guinée équatoriale n'a pas encore accédé à l'OMC

"La Guinée équatoriale est le seul pays de la CEMAC qui n'est pas encore Membre de l'OMC", explique M. Signoret. "Mais elle serait intéressée, et c'est en partie pour cela que l'EDIC a été effectuée".

Il ajoute que "le pays ne doit pas rester en marge du système commercial multilatéral".

Comme le souligne l'EDIC, la Guinée équatoriale aurait tout intérêt à consolider des réformes concernant l'activité commerciale et l'environnement économique dans le cadre d'un processus d'accession à l'OMC. Les négociations en vue de l'accession peuvent favoriser des réformes importantes du commerce et de l'investissement qui stimulent la compétitivité. En outre, les Membres de l'OMC bénéficient de façon permanente et inconditionnelle du statut de nation la plus favorisée, ainsi que d'une protection contre les mesures arbitraires imposées par des partenaires commerciaux. Enfin, le processus d'accession comprend des réformes de l'investissement privé qui contribuent à accroître la compétitivité et donc à attirer l'IED.

L'EDIC mentionne le processus d'accession à l'OMC comme un objectif politique majeur. Cela semble correspondre aux priorités actuelles du pays, d'après les discussions récentes sur le plan national de développement. Mais la communauté des donateurs devra peut‑être fournir un appui technique important pour que la Guinée équatoriale atteigne cet objectif.

"Pour les autorités de la Guinée équatoriale, être membre à part entière de l'OMC est une priorité", affirme M. Domingo Mba Esono, Vice-Ministre du Commerce et de la Promotion des petites et moyennes entreprises, "Il est extrêmement important et nécessaire que tous les acteurs intervenant en matière du commerce extérieur du pays soient impliqués au processus d'adhésion à l'OMC".

4) La connectivité est essentielle

La question de la connectivité demeure problématique. Il ne s'agit pas tant d'un problème d'infrastructures matérielles que d'un manque de services logistiques appropriés et de contrôles rigoureux aux frontières. La Guinée équatoriale enregistre en effet des échanges avec le Cameroun et le Gabon, mais le commerce transfrontalier par voie terrestre est fortement sous‑estimé.

L'un des problèmes saillants pendant la période couverte par l'EDIC, qui est cité dans le rapport, est celui des fermetures de frontières terrestres. Ces fermetures compromettent les avantages tirés des échanges avec les pays voisins, avec lesquels la Guinée équatoriale a l'intention de former un marché commun.

Les exportations sont très concentrées sur certains produits (le pétrole et le gaz) mais les destinations sont multiples. "Pour ce qui est des importations, le pays s'approvisionne beaucoup plus auprès de l'UE, de la Chine et des États‑Unis que dans la région", rapporte M. Signoret.

Il explique que des problèmes surgissent également pour le transport de marchandises à l'intérieur du territoire.

"La connectivité n'est pas non plus pleinement assurée à l'intérieur des frontières. Il arrive qu'il y ait un excédent de produits agricoles sur l'île de Malabo, au même moment qu'une pénurie pour les mêmes produits sur le continent, ou l'inverse. Des possibilités commerciales ne sont alors pas saisies, pour des raisons essentiellement logistiques."

D'après l'EDIC: "Pour rentabiliser au maximum les investissements dans les ports, les aéroports et le réseau routier, il faudra moderniser et harmoniser les politiques et procédures de facilitation des échanges, à la fois dans le pays et avec les principaux partenaires commerciaux. Il faut que les processus deviennent plus clairs, plus prévisibles et plus cohérents, mais surtout plus rapides et moins coûteux."

Pour pallier ces problèmes, le gouvernement a notamment adopté le Système Douanier Automatisé (SYDONIA) afin augmenter l'efficacité et la transparence de l'administration douanière du pays. Etant membre de l'Organisation Maritime Internationale, des travaux sont en cours afin de rendre la Convention de la Facilitation du Trafic Maritime (FAL) applicable à travers un outil juridique. Enfin, en juillet 2020, la Guinée Equatoriale et le Cameroun ont signé un accord de coopération sur la sécurité transfrontalière, la sécurité étant un élément clé afin que le commerce puisse se développer sans obstacles.

5) Il faudrait améliorer la facilité de faire des affaires

D'après l'EDIC: "L'adoption de réformes de l'environnement économique est associée à une augmentation de la création d'entreprises, à une meilleure protection des droits de propriété, et à une plus forte croissance du PIB. En particulier, les réglementations mises en œuvre d'une manière efficace, transparente et accessible pour renforcer les droits de propriété jouent un rôle important pour la croissance économique et la création d'emplois."

La Guinée équatoriale arrive en 177ème position sur 190 pays dans le classement 2019 de la Banque mondiale sur l'indice de facilité de faire des affaires, devant la République du Congo (179ème), le Tchad (180ème) et la République centrafricaine (184ème). À cet égard, l'EDIC recommande notamment d'améliorer l'accès aux renseignements, d'appliquer des réglementations communes et d'établir une agence de promotion de l'investissement.

En réponse à cette recommandation, le gouvernement a chargé le Ministère du Commerce et celui des Finances, de l'Economie et de la Planification d'étudier la création d'une telle agence de promotion des investissements. Dans la même foulée, un comité d'amélioration du climat des affaires a été créé pour guider les réformes proposées dans l'étude diagnostique et faire des recommandations sur les prochaines étapes à suivre.

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.