• Dans le commerce avec le reste du monde, l'Afrique reste principalement spécialisée dans les produits primaires, et le commerce agricole intrarégional peut être une occasion pour le continent de gravir les échelons de la chaîne de valeur.

  • La zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECA) ne sera un succès que si elle s'attaque au problème des obstacles non tarifaires, des procédures douanières inefficaces et des infrastructures de transport peu performantes. En outre, elle peut aider les pays africains à faire face à un protectionnisme mondial croissant.

Malgré la reconnaissance de longue date des avantages du commerce et de l'importance d'améliorer la compétitivité, l'Afrique réalise des performances inférieures à son potentiel sur les marchés agricoles mondiaux et régionaux.

La croissance récente des exportations a été contrebalancée par une croissance encore plus forte des importations, causée par une population en plein essor. Cela a entraîné une détérioration de la balance commerciale de l'Afrique. Le commerce intrarégional, en revanche, est en croissance, mais reste nettement inférieur aux niveaux observés dans d'autres parties du monde.

Le rapport intitulé Africa Agriculture Trade Monitor (AATM) 2019, récemment publié, offre des analyses détaillées des tendances récentes des performances et de la compétitivité commerciales de l'Afrique aux niveaux régional et continental, et étudie l'importance relative des différents facteurs et contraintes. Les défis auxquels l'Afrique est confrontée résultent d'une multitude de facteurs, y compris des tendances passées et des évolutions plus récentes sur le continent et à l'extérieur, et des mesures sont nécessaires sur de nombreux fronts pour atténuer ces contraintes et améliorer la compétitivité.

Un commerce agricole plus important et plus diversifié aux niveaux régional et mondial pourrait contribuer à stimuler la productivité à tous les stades de la chaîne de valeur, contribuant ainsi à transformer l'agriculture africaine en un secteur à forte productivité, à assurer des revenus adéquats et à stimuler la croissance.

L'accroissement du commerce des produits agricoles peut également améliorer la sécurité alimentaire et contribuer à stabiliser les marchés alimentaires locaux et régionaux en les rendant moins vulnérables aux chocs.

BONNES NOUVELLES

The AATM includes both good and bad news for African agriculture. The good news is:

L'AATM contient de bonnes et de mauvaises nouvelles pour l'agriculture africaine. Les bonnes nouvelles sont les suivantes:

1) La part de l'Afrique dans le PIB agricole mondial et le commerce agricole mondial a augmenté. Entre 2005 et 2017, la part de l'Afrique dans le PIB mondial est passée de 2,6% à 3,0%. Pour l'agriculture, la part de l'Afrique est passée de 10% en 2005 à 12% en 2017.

2) L'Afrique possède de solides avantages comparatifs pour certains produits. Il s'agit notamment des cultures de rente traditionnelles comme le café, le cacao et le thé, ainsi que de nouveaux produits comme les légumineuses, les légumes secs et les graines de sésame qui sont importants pour de nombreux pays africains, y compris des économies de pays moins avancés (PMA) comme le Burkina Faso, le Tchad, l'Éthiopie, le Niger, le Togo et le Soudan du Sud.

3) L'analyse des parts de marché montre que l'agriculture africaine a une forte capacité d'adaptation. De nombreux pays ont vu leur part du marché mondial des produits agricoles augmenter au cours des dix dernières années. Trente et un pays ont vu cette part de marché augmenter, les gains absolus les plus importants ayant été enregistrés par l'Algérie, la Côte d'Ivoire, l'Égypte, le Ghana, le Maroc et le Nigéria, ainsi que par des pays les moins avancés (Bénin, Éthiopie, Guinée‑Bissau, Madagascar, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Somalie et Tanzanie).

Les autres constatations du rapport sont les suivantes:

1) Il y a un manque de diversification des produits du côté des exportations. La diversification des exportations agricoles est faible dans tous les pays africains qui dépendent d'un petit nombre de produits de base. Le faible indice de diversification sectorielle mondial (GSDI) des exportations montre que la plupart des pays exportent certains produits de base qui ne sont pas beaucoup exportés par le reste du monde. 

Sectoral diversification of agriculture exports

Le graphique de gauche indique le nombre moyen de marchés sectoriels équivalents et le graphique de droite indique l'indice de diversification sectorielle mondial (GSDI) moyen pour 2016‑2017.

 

2) Les exportations africaines sont dominées par les exportations primaires. Pour favoriser la transformation de l'agriculture, il est essentiel que les pays africains développent leurs secteurs agro‑industriels afin de diversifier les exportations et de développer des avantages comparatifs au‑delà du stade primaire de la production.

RÉAFFECTATION ET SPÉCIALISATION

Le rapport examine les résultats à l'exportation de l'Afrique en étudiant la contribution de chaque pays et de chaque communauté économique régionale en fonction de sa spécialisation géographique ou sectorielle, par exemple, une tendance exceptionnelle à la croissance des exportations en raison du produit exporté et/ou de la destination de ces exportations. Ainsi, l'exportation de produits agricoles vers la Chine est bénéfique car la demande chinoise d'importations a été particulièrement soutenue au cours de la période.

De plus, le rapport évalue ce qui provient d'un modèle initial de spécialisation et ce qui provient d'une réaffectation des exportations vers des produits spécifiques ou des destinations spécifiques au cours de la période.

La réaffectation géographique a profité à 27 pays, et notamment à 4 PMA. Le Niger a augmenté ses parts d'exportation vers la Chine, la Malaisie et la Thaïlande; l'Angola vers le Chili, la Chine et le Pérou; la Somalie vers les pays du Golfe comme Oman et l'Arabie saoudite, et la Chine; et le Libéria vers la Malaisie et les Pays‑Bas.

Seize pays, en revanche, ont vu leurs résultats à l'exportation compromis par une redistribution négative. L'effet est encore limité, mais l'impact a été notable sur l'Érythrée avec une réduction de la part des exportations vers les États‑Unis et l'Europe et en faveur de l'Égypte; sur le Bénin et le Burkina Faso avec une réaffectation de la Chine et de la Thaïlande vers l'Inde et le Vietnam; et sur des pays d'Afrique de l'Est tels que le Rwanda et le Burundi qui ont renforcé leurs échanges avec des partenaires régionaux dont la demande d'importations est limitée.

Le Niger a augmenté ses parts d'exportation vers la Chine, la Malaisie et la Thaïlande; l'Angola vers le Chili, la Chine et le Pérou; la Somalie vers les pays du Golfe comme Oman et l'Arabie saoudite, et la Chine; et le Libéria vers la Malaisie et les Pays Bas.

Africa Agriculture Trade Monitor 2019

La spécialisation sectorielle est également un facteur important qui a influé sur le développement du commerce. Trente‑trois économies africaines avaient une structure de spécialisation du commerce favorable à la croissance du secteur agricole, notamment des PMA comme les Comores, avec les épices et les huiles essentielles; le Burundi, avec le café, le thé et la bière; le Rwanda, avec le café et le thé; et la Guinée, avec le cacao et le café.

Le rapport de l'AATM a constaté que 19 économies se trouvaient dans la situation inverse, les plus touchées étant les économies axées sur le coton du Burkina Faso, du Bénin, du Mali et du Tchad. Mais, sous l'effet d'une demande croissante, la grande majorité des économies africaines ont augmenté leurs parts d'exportation de produits favorables à la croissance comme les épices, la vanille, les graines de sésame et les arachides.

COMMERCE AFRICAIN INTRA ET EXTRARÉGIONAL

La structure actuelle des exportations des pays africains illustre l'absence de progrès le long des chaînes de valeur. Sur les 62 milliards d'USD de produits agricoles exportés par l'Afrique en 2017, seuls 12 milliards d'USD sont classés comme produits transformés. Si les exportations totales ont augmenté entre 2005 et 2017, le rôle relatif des produits transformés et non transformés n'a pas évolué.

Mais les caractéristiques du commerce intra‑africain et celles du commerce extra‑africain sont bien distinctes.

Alors que les exportations africaines vers les marchés non africains sont dominées (90%) par les produits primaires ou semi‑transformés, la situation en ce qui concerne les marchés régionaux est équilibrée, ce qui signifie que la moitié du commerce intrarégional correspond à des produits transformés. Cela est relativement important dans le contexte de l'accroissement du commerce régional faisant suite à la Déclaration de Malabo, dans laquelle les pays s'engagent à tripler le commerce intra‑africain, et à la mise en œuvre de la ZLECA.

Les marchés régionaux en Afrique ont tendance à présenter de nombreuses similitudes en termes de préférences des consommateurs et de législation, et sont des marchés plus faciles à pénétrer, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Mais la demande de cultures de rente primaires à l'intérieur de la région reste limitée en raison de la similitude des modes de production et du manque d'installations de transformation à grande échelle, de sorte que la plupart des produits primaires tels que le cacao, le café, le coton et le thé ne sont produits que pour les marchés mondiaux.

Des mesures non tarifaires telles que les règlements sanitaires et phytosanitaires, les règlements techniques, par exemple l'étiquetage des emballages, et des règles d'origine spécifiques peuvent continuer à faire obstacle à la diversification. Comme ces questions sont des éléments clés des négociations de la ZLECA, ces obstacles devraient pouvoir être éliminés au niveau continental dans un délai relativement court, ce qui renforcera les arguments en faveur de l'accroissement de la part des produits transformés dans le commerce régional.

Avertissement
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