Avril 01, 2020

COVID-19, pays moins avancés et soutien financier

Quelles sont les annonces faites par les institutions internationales dans le contexte de la pandémie?

La pandémie sans précédent de COVID‑19 est d'abord et avant tout une catastrophe humanitaire. Comme on pouvait s'y attendre, ses effets vont bien au‑delà de la santé des populations puisqu'elle affecte la plupart des économies dans le monde. Pour les pays les moins avancés (PMA), comme pour les autres, une réponse rapide est nécessaire.

On peut tirer des enseignements de la crise d'Ebola en Afrique de l'Ouest, où la mobilisation rapide des communautés a été essentielle pour endiguer et arrêter la propagation de la maladie. En dehors de cela, et des réponses nationales pour aplatir la courbe et maîtriser la propagation du virus, il y a beaucoup à faire aux niveaux régional et international pour orchestrer la réponse et jeter les bases de la relance.

Les prévisions pour l'économie et le commerce mondiaux en 2020 ont été revues à la baisse par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les partenaires commerciaux des PMA, y compris les trois plus grands (Chine, États‑Unis et Union européenne), ont dû prendre des mesures pour confiner leurs populations afin d'essayer d'enrayer la propagation du virus. Le commerce mondial subit donc des perturbations liées à des facteurs tels qu'une diminution des niveaux de consommation, des restrictions visant la circulation des personnes, des fermetures d'entreprises et une baisse de la productivité des activités. En outre, les flux financiers étrangers sont parfois détournés des pays frappés par la COVID‑19 et on observe une sous‑utilisation du capital et de la main‑d'œuvre nationaux car les usines sont à l'arrêt et les gens restent chez eux.

Ces perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales touchent les PMA et affectent, par exemple les exportations de produits textiles en provenance du Bangladesh et du Cambodge, où de nombreuses usines ferment déjà en raison d'une pénurie de matières premières en provenance de Chine. Au Cambodge, on a relevé des répercussions importantes.

Même si les pays dotés d'un secteur du tourisme seront touchés indépendamment de leur niveau de développement, il est probable que, dans les PMA, l'impact va se conjuguer avec d'autres formes de fragilité économique et sociale.

La forte baisse des prix des produits de base pèse sur les budgets publics, notamment dans les PMA tributaires de ces produits. L'Angola, pays tributaire des exportations de pétrole, a par exemple déjà déclaré l'état d'urgence car son budget 2020 était initialement basé sur des prix du pétrole dans la région s'élevant à 55 dollars EU le baril, contre 35 dollars EU le baril à la suite de la chute brutale des prix. Ailleurs en Afrique, l'économie zambienne, qui tire environ 75% de ses recettes d'exportation du cuivre, a également été affectée. Le déclin de la productivité industrielle de la Chine en 2020 a brusquement conduit à une offre excédentaire de cuivre qui a fait chuter les prix du cuivre – au détriment des pays concernés.

Les restrictions de la circulation des personnes, les fermetures de frontières et les perturbations des transports aériens signifient que les pays qui tirent une part substantielle de leur revenu national du tourisme et des services connexes seront sévèrement touchés. Ce fut déjà le cas en 2009 à la suite de la crise financière et de l'épidémie de H1N1, lorsque le nombre de visiteurs se rendant dans les PMA, et les dépenses qu'ils effectuent, ont chuté. La Tanzanie, où le tourisme représente 25% des recettes de change et environ 17% du PIB, est un bon exemple. Même si les pays dotés d'un secteur du tourisme seront touchés indépendamment de leur niveau de développement, il est probable que, dans les PMA, l'impact va se conjuguer avec d'autres formes de fragilité économique et sociale.

Le déclin de la confiance des investisseurs, les faillites d'entreprises et les pertes d'emplois font planer le spectre de la récession. De nombreux PMA ont des économies qui dépendent de façon précaire des envois de fond de la diaspora vivant à l'étranger. Les données de la Banque mondiale montrent à quel point la part des envois de fond individuels dans le PIB de pays tels que le Libéria (14,1%), le Népal (28,6%) et Haïti (32,5%) fait que ces derniers sont exposés aux chocs causés par la diminution des envois d'argent dans le pays. Si elles ne sont pas rapidement compensées par des mesures budgétaires et monétaires, ces faillites mondiales et ces pertes d'emplois pourraient aussi ébranler le secteur financier, ce qui aurait des conséquences pour le financement du commerce, et les PMA seraient les plus fortement touchés.

Alors, que font les institutions financières internationales?

En mars 2020, les dirigeants du G‑20 se sont engagés dans une déclaration commune à utiliser les instruments disponibles pour réduire au maximum les dommages économiques et sociaux causés par la pandémie, et ils ont promis de coordonner leur action dans le domaine des finances pour rétablir la croissance mondiale. Des mesures nationales sont annoncées régulièrement. En parallèle, les institutions financières internationales ont promis un large éventail de mesures pour contribuer à la relance à la suite de la COVID‑19.

La Banque mondiale et la SFI ont approuvé, le 17 mars 2020, une enveloppe de financement accéléré portée à 14 milliards de dollars EU pour aider les entreprises et les pays. Cette aide sera accordée aux établissements financiers pour leur permettre de continuer à offrir des financements commerciaux, un soutien au fonds de roulement et des financements à moyen terme. En outre, la Banque mondiale envisage d'allouer jusqu'à 160 milliards de dollars EU de soutien financier pour contribuer aux efforts de relance économique au cours des 15 prochains mois.

Le 4 mars 2020, le FMI a débloqué des fonds à hauteur d'environ 50 milliards de dollars EU destinés à la lutte contre la COVID‑19 à l'intention des économies à faible revenu et émergentes membres du Fonds. Environ 20% (10 milliards de dollars EU) de ces fonds seront mis à la disposition des membres les plus pauvres par l'intermédiaire d'une Facilité de crédit rapide. Le FMI a indiqué qu'il était prêt, avec une capacité totale de prêt s'élevant à 1 000 milliards de dollars EU, à aider les pays qui luttent contre l'impact humanitaire et économique de la COVID‑19.

Ce mois‑ci également, la Banque africaine de développement (BafD) a levé 3 milliards de dollars EU d'obligations à trois ans pour aider à atténuer l'impact économique et social de la COVID‑19. L'emprunt obligataire social "Combattre la COVID‑19", dont l'échéance est de trois ans, a suscité l'intérêt des banques centrales et des institutions officielles, des trésoreries des banques et des gestionnaires d'actifs, y compris des investisseurs socialement responsables. C'est la plus grande émission obligataire sociale lancée sur les marchés internationaux de capitaux à ce jour. Selon les estimations, le continent aura besoin de plusieurs milliards de dollars pour atténuer l'impact de la maladie, alors que de nombreux pays se sont empressés de prendre des mesures d'urgence, y compris des mesures d'isolement commercial, dans un effort désespéré d'endiguer la maladie.

Parmi les autres faits nouveaux régionaux, il convient de noter que la Banque asiatique de développement (BAsD) a débloqué une enveloppe de 6,5 milliards de dollars EU à l'intention des pays en développement membres pour contribuer aux efforts de lutte contre la pandémie. Des montants additionnels par pays, totalisant 225 millions de dollars EU, ont été décaissés à l'intention des pays nécessitant un soutien immédiat. La Banque islamique de développement établit à l'heure actuelle une Facilité de préparation stratégique et de réponse d'un montant de 730 millions de dollars EU pour atténuer l'impact sanitaire et socioéconomiques de la COVID‑19.

La Banque africaine de développement (BafD) a levé 3 milliards de dollars EU d'obligations à trois ans pour aider à atténuer l'impact économique et social de la COVID‑19. L'emprunt obligataire social "Combattre la COVID‑19" ... est la plus grande émission obligataire sociale lancée sur les marchés internationaux de capitaux à ce jour.

Ailleurs, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a dévoilé un ensemble de mesures de solidarité d'urgence d'une valeur de 1 milliard d'euros pour aider les entreprises de la région à faire face à l'impact de la pandémie de coronavirus. La Banque interaméricaine de développement (BID) a injecté un montant additionnel de 3,2 milliards de dollars EU consacré à la pandémie de COVID‑19. Environ 12 milliards de dollars EU seront mis à la disposition des membres de la BID pour contribuer aux efforts d'aide et de soutien. La Banque des BRIC/Nouvelle Banque de développement a approuvé une aide d'urgence d'un montant de 7 milliards de RMB (environ 985 milliards de dollars EU) pour aider la Chine dans ses efforts de lutte. Il convient de noter que c'est le premier programme d'aide de ce type de la Banque.

Dans le contexte de ces efforts et d'autres encore, il est essentiel de se rappeler que, au cœur d'une crise qui évolue rapidement, des mois peuvent s'écouler avant que les mesures ne se concrétisent et qu'elles aient des effets directs sur le processus de relance. Dans l'intervalle, alors que de nombreux pays se concentrent à juste titre sur la manière de protéger ceux qui sont vulnérables dans leurs sociétés, il est important de se rappeler que les PMA risquent d'être les plus durement touchés si les mesures de réponse et de relance ne sont pas adaptées à leurs besoins.

Les flux commerciaux de fournitures médicales – et de professionnels de la santé, si nécessaires en période de pandémie – doivent pouvoir atteindre les PMA. L'aide humanitaire et l'aide d'urgence doivent rester adaptées jusqu'à la relance afin de veiller à ce que la demande de biens et de services essentiels soit satisfaite. L'importance de la relance nécessaire dépend donc des actions immédiates que nous engageons chez nous et dans nos communautés pour veiller à protéger les plus vulnérables face à la COVID‑19. La relance, et les efforts déployés pour rendre les pays plus résilients face à de futures pandémies, doivent tenir compte des populations marginalisées sur le plan économique que l'Aide pour le commerce vise à autonomiser, telles que les femmes, les jeunes, les petites entreprises, les populations rurales et les citoyens des États fragiles.

 

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Peter Donelan est coordonnateur du CIR. Théo Mbise et Visvanathan Subramaniam, de l'Unité de l'Aide pour le commerce de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ont contribué à cet article. 

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COVID-19
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