Juillet 20, 2021

Comment les PMA peuvent redéfinir leur politique pour attirer davantage d'IED

Alors que les investissements étrangers directs (IED) dans les pays en développement ont atteint leur plus bas niveau en 25 ans, les pays les moins avancés (PMA) ont la possibilité d'inverser cette tendance en éliminant les obstacles au commerce et en élaborant des politiques stables qui encouragent les investissements à valeur ajoutée dans les secteurs stratégiques et en atténuent les risques

Les pays les moins avancés (PMA) passent à côté des IED dont ils ont besoin pour transformer leur économie et tirer parti des progrès significatifs atteints en vue de la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). Mais cette situation n'est pas inéluctable.

Selon le vingt-septième rapport de Global Trade Alert, intitulé "Advancing Sustainable Development with FDI: why policy must be reset", deux nouveaux projets d'IED entièrement nouveaux dans des secteurs fortement visés par les ODD ont seulement, en moyenne annuelle, été annoncés dans chaque PMA entre 2015 et 2019.

Cette situation s'inscrit dans le cadre d'une baisse plus large de la valeur réelle de l'investissement étranger direct dans les pays en développement, qui a débuté avec la crise financière de 2008 et s'est accélérée pendant la pandémie.

Bien que les flux mondiaux d'IED aient repris en termes nominaux depuis 2010, avec une progression moyenne de 7,1% par an jusqu'en 2019, le taux annuel général de 3,9% en dépréciation du capital a affaibli une grande partie de cette croissance. À ce rythme, il faudrait que les flux entrants d'IED dans les pays en développement excèdent 440 milliards de dollars pour remplacer ne serait-ce que les avoirs vieillissants de l'investissement étranger direct. En outre, du fait des répercussions économiques de la pandémie de Covid-19, l'IED a encore chuté pour atteindre des niveaux jamais vus depuis 1995, souligne le rapport.

Cela est préoccupant pour les PMA qui ne sont pas encore parvenus à reproduire le colossal rebond économique que les économies en transition et les pays à revenu faible ou intermédiaire d'Asie de l'Est et d'Europe de l'Est ont connu par le passé grâce à l'IED, a noté Simon Evenett, coauteur du rapport et professeur de commerce international et de développement économique à l'université de Saint-Gall.

Cependant, une réflexion créative et le soutien des donateurs et des organisations internationales peuvent encore permettre aux PMA d'inverser la tendance actuelle et de connaître une envolée similaire, a-t-il ajouté. "Ce n'est pas parce que cela ne s'est pas produit avec l'amplitude que les PMA auraient souhaité que cela n'arrivera pas."

Faciliter les rendements commerciaux

L'une des leçons que les PMA peuvent tirer de ces dernières années est qu'il est essentiel de faire en sorte que les résultats commerciaux des fournisseurs d'IED soient satisfaisants.

Malgré les risques plus élevés inhérents à l'investissement dans les pays en développement – et donc la volonté rationnelle des investisseurs d'être dédommagés par des rendements plus élevés – les investissements étrangers directs dans les pays en développement de la région Asie-Pacifique et d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud ont, depuis plus d'une décennie, généré des rendements à peine supérieurs à ceux effectués dans les pays de l'Union européenne, note le rapport de Global Trade Alert.

Selon le Rapport sur l'investissement dans le monde 2020 de la CNUCED, la chute des flux entrants d'IED dans le monde coïncide presque exactement avec un déclin progressif des rendements financiers de ces investissements, qui sont passés de 7,1% en 2010 à 6,7% en 2019. La baisse a été nettement plus marquée dans les pays en développement, puisque les retours sur investissement sont passés de 11,5% en 2011 à 7,8% en 2018, tandis qu'ils ont été presque divisés par deux en Afrique au cours de la même période, passant de 12% à 6,5%selon les chiffres de la CNUCED.

Parallèlement cependant, les entreprises du secteur privé font face à des pressions croissantes de la part de la société civile et de leurs propres investisseurs pour qu'elles contribuent davantage au développement durable et améliorent leurs références en matière d'ESG. Cela peut être l'occasion pour les PMA de lutter pour obtenir une plus grande part de l'IED, qui soit de meilleure qualité et plus durable – à la condition qu'il permette aux entreprises d'être correctement rémunérées grâce à de meilleurs rendements commerciaux.

Mieux traiter l'IED

Le traitement de l'IED s'est aussi globalement détérioré depuis 2014, car les politiques propices aux IED, tant dans les pays du G-20 que dans les PMA, se sont fortement raréfiées entre 2019 et 2020, période où elles représentaient moins de 40% de toutes les politiques nouvellement mises en œuvre, a constaté le rapport de Global Trade Alert.

Figure 2, Rapport Global Trade Alert, p 27

Le Cambodge est cependant un bon exemple de la manière dont les politiques destinées à soutenir les flux d'IED et les rendements financiers peuvent porter leurs fruits, selon M. Evenett.

Bien que le Cambodge n'ait pas été épargné par la Covid-19 – les chiffres de la Coface font état d'une baisse de 49% en glissement annuel des investissements étrangers au premier trimestre de 2020 – ses flux d'IED avaient atteint un niveau record l'année précédente et augmenté de 16% pour atteindre 3,7 milliards de dollars, selon la CNUCED. Même en 2020, le Conseil pour le développement du Cambodge a approuvé 238 projets d'investissement d'une valeur de 8,2 milliards de dollars dans toute une série de secteurs.

Le Royaume du Cambodge a facilité les investissements étrangers, entre autres, en créant des zones économiques spéciales (ZES) qui ont permis aux entreprises d'avoir accès à des terrains, des infrastructures et des services, et en mettant en place des mesures incitatives telles que les exonérations temporaires de l'impôt sur les sociétés, la pleine propriété des entreprises et l'importation en franchise de droits de biens d'équipement.

Mener un processus d'auto-examen avec le soutien des banques de développement

Le rapport recommande aux PMA qui cherchent à relancer les IED qui leur sont destinés d'effectuer d'abord leur propre bilan en tentant de déterminer à quelles politiques ou pratiques des entreprises sont imputables les taux de rendement générés par les filiales étrangères des entreprises multinationales sur leur territoire, ce qui accroît les niveaux de risque perçus, ainsi qu'en mesurant l'incidence des IED sur le terrain. Un partenariat avec la Banque mondiale ou une banque régionale de développement devrait faciliter ce processus.

Les décideurs politiques devraient dans un deuxième temps élaborer un cadre régissant l'IED afin d'aider non seulement leur pays à être compétitif par rapport à d'autres au regard des investissements étrangers, mais aussi de permettre aux entreprises d'engranger davantage de profits en investissant dans le pays qu'en y exportant simplement des produits, fait valoir M. Evenett.

Axer les mesures incitatives sur les secteurs prioritaires

Les politiques devraient permettre de garantir que les aides publiques visant à attirer l'IED ne ciblent que les secteurs identifiés par les PMA comme étant ceux qui sont le plus susceptible d'avoir un effet positif sur le développement durable, conseille le rapport. Des incitations accrues devraient également être offertes aux investissements qui facilitent le transfert d'innovations et permettent d'enregistrer des progrès dans les secteurs prioritaires.

Une liste de ces secteurs devrait être communiquée aux investisseurs étrangers et aux gouvernements donateurs potentiels, ajoute le rapport.

Ne pas ériger d'obstacles au commerce

L'on sait depuis longtemps que le fait d'ériger des obstacles au commerce est une tactique que peuvent utiliser les pays souhaitant attirer davantage d'IED en provenance d'entreprises étrangères désireuses d'accéder à de nouveaux marchés.

"Les gouvernements peuvent essayer d'obtenir davantage d'IED, et y parvenir, en bloquant les exportations et en poussant les entreprises à contourner l'obstacle au commerce et à investir dans le pays", note M. Evenett. Cependant, ajoute-t-il, "comme nous l'avons vu, c'est une catastrophe".

L'une des conséquences indésirables de l'introduction d'obstacles tarifaires ou non tarifaires est que les populations à faible revenu des PMA finissent par payer plus cher les biens et services essentiels, tels que la nourriture, les médicaments ou l'enseignement, explique-t-il. Il est donc, selon lui, de loin préférable, en l'espèce, de stimuler d'emblée correctement l'investissement dans les capacités de production locales.

Garantir la transparence et la stabilité

Quelles que soient les améliorations auxquelles procèdent aujourd'hui les PMA, la stabilité des politiques et la transparence seront des points essentiels pour réduire les risques liés aux IED à l'avenir, ajoute M. Evenett. Tout cadre régissant l'IED devrait donc avoir une durée de validité comprise entre 5 et 10 ans et être clarifié et accessible.

Pour réaliser des investissements à long terme, les entreprises doivent pouvoir examiner et comprendre les réglementations en vigueur et avoir la certitude qu'elles ne seront pas modifiées en cours de route. "L'incertitude est le poison mortel de l'investissement", conclut-il.

 

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