COMMENT LE CAMBODGE EST DEVENU "CÉLÈBRE" POUR SA STRATÉGIE COMMERCIALE

En 2017, le Cambodge a endossé un rôle hors de sa portée depuis des années – celui de porte‑parole de 47 pays les moins avancés (PMA) de l'Organisation mondiale du commerce, faisant ainsi beaucoup parler de lui; en effet, ce pays qui mène une politique commerciale visionnaire a su gagner la confiance et le soutien d'un groupe de partenaires donateurs qui l'ont aidé à atteindre un taux de croissance économique annuel que beaucoup de pays lui envient.

"La politique commerciale intersectorielle du Cambodge est célèbre dans les PMA. De nombreux pays veulent venir au Cambodge pour en apprendre davantage", dit Hang Tran, coordonnatrice principale au Secrétariat exécutif du Cadre intégré renforcé (CIR), un programme qui a aidé le Cambodge non seulement à respecter ses engagements envers l'OMC, mais aussi à renforcer la capacité du pays à formuler et à mettre en œuvre sa politique commerciale.

Pour comprendre le parcours commercial remarquable du Cambodge, il faut remonter à 2007, l'année où le Cambodge a réalisé sa deuxième étude diagnostique sur l'intégration du commerce (EDIC). Traditionnellement, ces études du CIR sont des portraits macroéconomiques exhaustifs qui identifient les contraintes et les possibilités que rencontrent un pays pour exporter ses biens et services vers les marchés régionaux et internationaux.

"En gros, vous avez une liste de contrôle qui vous aide à diagnostiquer la situation afin de déterminer les forces, faiblesses, menaces et opportunités commerciales d'un pays" dit Mme Tran.

"Ce travail analytique permet d'identifier les actions prioritaires à entreprendre par les acteurs concernés dans le pays. Mais le Cambodge n'a pas suivi cette approche traditionnelle", poursuit‑elle.

"La différence dans le cas du Cambodge est que l'EDIC a abouti à une stratégie commerciale nationale globale, alignée sur la vision du gouvernement en matière de développement durable. Elle s'est concentrée sur la manière de concrétiser cette vision en utilisant le commerce comme moteur de croissance dans tous les secteurs", explique‑t‑elle.

C'est ainsi qu'à l'issue de l'étude diagnostique sur l'intégration du commerce de 2007, le gouvernement a lancé ce qui était appelé à devenir le fer de lance d'une ambitieuse stratégie intersectorielle, l'approche Trade SWAp.

ADOPTION D'UNE APPROCHE INTÉGRÉE DU COMMERCE

Cette approche du commerce se fonde sur trois piliers:

  • les réformes et questions transversales concernant le développement du commerce (réformes juridiques, facilitation des échanges, obstacles techniques au commerce, amélioration des règlements et pratiques sanitaires et phytosanitaires);
  • le développement des exportations de produits et de services (réformes par secteur, l'accent étant mis sur les produits identifiés dans l'EDIC 2007); et
  • le renforcement des capacités en vue du développement du commerce et de la gestion de ce développement (renforcement des compétences, de la fonctionnalité institutionnelle et des systèmes d'information et de responsabilité).

Selon Kamrang Tekreth, Secrétaire d'État au Ministère cambodgien du commerce, cette approche a permis à des projets apparemment sans lien de contribuer à la réalisation d'un objectif de développement commun.

"Le commerce est une question transversale. Le Ministère du commerce ne peut pas tout faire. Le Ministère de l'industrie et de l'artisanat a été chargé de la normalisation des produits. Le Ministère de l'agriculture, des forêts et de la pêche a la tâche d'accroître la production. Le Ministère de l'économie et des finances, par l'intermédiaire du service des douanes, travaille à la facilitation des échanges et aux questions liées aux importations/exportations", explique Mme Tekreth, qui a joué un rôle central dans le développement de l'approche Trade SWAp.

"L'approche sectorielle du commerce a été un moyen pour toutes les parties prenantes de se réunir et de discuter afin d'identifier les défis et les opportunités que le commerce peut offrir. Parce que nous poursuivons les mêmes objectifs – croissance du commerce, amélioration du niveau de vie, promotion et augmentation des exportations – cela nous a aidés à nous motiver les uns les autres."

Lors de la mise en œuvre des projets, les réunions organisées dans le cadre de l'approche sectorielle, à savoir les réunions mensuelles du Comité de mise en œuvre SWAp, les réunions trimestrielles du Sous‑Comité directeur pour le développement du commerce et les investissements liés au commerce (SSC TDTRI) et les groupes de travail ordinaires du pilier SWAp sont toutes coordonnées par le Ministère du commerce.

"En conséquence, le Ministère a également organisé tous les quatre mois une réunion informelle sur le développement du commerce avec les partenaires de développement nationaux. L'objectif de la réunion était d'actualiser les activités d'aide au commerce de chaque partenaire soutenant le développement du commerce au Cambodge", dit Mme Tekreth.

"L'approche intersectorielle a également facilité la coordination du financement des projets", explique Mme Tran.

"Certains partenaires préfèrent soutenir des secteurs à forte visibilité. Il se peut donc que les secteurs peu visibles mais d'une grande importance pour le pays, ne bénéficient pas d'un financement suffisant", dit‑elle.

"Grâce à l'approche Trade SWAp et à un fonds d'affectation spéciale multidonateurs, le gouvernement a pu canaliser les ressources d'aide au commerce vers des domaines que le gouvernement aurait pu avoir du mal à financer, comme le renforcement des capacités institutionnelles. Toutes les ressources nécessaires ont pu être mobilisées."

L'APPRENTISSAGE PAR LA PRATIQUE

"L'un des éléments clés de l'approche du CIR a consisté à renforcer les capacités institutionnelles, ce qui a été fait d'une manière unique", affirme Mme Tran.

"Au lieu de créer une unité de mise en œuvre du projet dotée d'un personnel extérieur, le Ministère du commerce a créé une institution permanente sous la forme du Département de la coopération internationale (DICO) en tant que principale entité chargée de la mise en œuvre du projet. Cette entité a conçu le projet, nous l'a soumis et en dirige la mise en œuvre, même si elle peut faire appel à nous pour obtenir de l'aide", explique‑t‑elle.

"Cinq ans plus tard, vous pouvez voir la différence – les gens du Département ont confiance en eux pour gérer les projets et ils obtiennent de bons résultats – ils ont commencé par gérer des projets d'une valeur de 1,5 million de dollars EU et ils gèrent maintenant un prêt de 36,3 millions de dollars EU. C'est révélateur de la capacité institutionnelle."

"Si vous ne permettez pas aux gens d'apprendre par la pratique et de faire des erreurs, ils n'évoluent pas."

Selon Mme Tekreth, cette approche est très stimulante.

"Avant, le personnel ne connaissait pas grand‑chose aux RH, aux finances, au suivi et à l'évaluation, mais en se chargeant de la mise en œuvre du projet et en recevant une formation spécialisée à court et à long terme, nous avons pris confiance dans nos capacités", dit‑elle.

"Même moi, j'ai appris grâce à tout ce soutien technique et financier."

M. Suon Prasith, Directeur général adjoint à la Direction générale du commerce international au Ministère du Commerce, a confirmé: "Par l'intermédiaire du CIR, le Cambodge met effectivement en œuvre l'aide pour le commerce et prend l'appropriation au sérieux."

RIZ ET SOIE

"Témoignage d'un ensemble de programmes mis en œuvre avec succès, la plupart des dix secteurs qui ont été retenus aux fins de l'accroissement de l'offre ont obtenu de très bons résultats au cours de la dernière décennie", dit Mme Tekreth.

Le projet relatif aux produits de valeur en soie, soutenu par le CIR, s'est traduit par une augmentation de 74% des exportations de soie cambodgienne et les exportations ont atteint cinq marchés d'importation sélectionnés: l'UE, les États‑Unis, le Japon, l'Australie et la Nouvelle‑Zélande. Plus de 160 nouveaux tisserands ont été employés et près de 130 nouveaux designs de produits ont été conçus, ce qui montre que le Cambodge est non seulement compétitif en termes de prix mais aussi de qualité.

"Les tisserands, dont la plupart sont des femmes, nous disent qu'elles ont doublé leur revenu mensuel. Nous sommes heureux que ce projet puisse promouvoir l'autonomisation économique des femmes, en particulier dans les zones rurales, qui est l'un de nos principaux objectifs", dit Tekreth.

Le secteur du riz, premier employeur de l'économie cambodgienne, a connu des gains similaires. Depuis 2011, les exportations de riz cambodgiennes ont triplé. Le riz cambodgien répond maintenant aux normes et aux exigences d'hygiène pour l'exportation vers la plupart des marchés internationaux.

"Le Cambodge a remporté le prix du meilleur riz du monde trois années de suite (de 2012 à 2014), et n'a jamais été en dessous de la troisième place depuis. Cela témoigne de la qualité du riz que nous produisons", dit Tekreth.

ASSURER LA DURABILITÉ

La plupart des projets sectoriels et le rôle de coordination du groupe des pays les moins avancés arrivant à leur terme à la fin de l'année 2017, le Cambodge s'attache maintenant à faire en sorte que les institutions solides qui ont été mises en place puissent entretenir les progrès réalisés au cours de la dernière décennie.

Mme Tekreth considère que le comité mis sur pied tant à l'échelle nationale qu'au sein des secteurs fait partie intégrante de ce processus. 

"Nous avons élaboré des stratégies pour résoudre les problèmes rapidement et travailler en étroite collaboration avec le secteur privé. Cela n'a pas été facile, mais nous avons surmonté les défis ensemble", dit‑elle.

Avec la prochaine mise à jour de l'étude diagnostique sur l'intégration du commerce du Cambodge prévue pour 2018, tous les regards seront tournés vers la prochaine étape de la célèbre vision économique intersectorielle du pays.

CREDITS: Header image by Mark Pegrum/Flickr