Septembre 07, 2021

Au Lesotho, un objectif: développer ses activités, au delà de l'agriculture

Le soutien apporté inclut aussi de nouveaux outils, du tangible à l'abstrait.

Mama Kotoane cultive des choux rouges, des poivrons, des champignons, et bien d'autres légumes encore, sur une petite parcelle dans le district de Berea au Lesotho. Cette femme de 56 ans s'est lancée dans la culture de légumes en 2007, après des années passées à élever des porcs et des poules.

Aujourd'hui, elle a sa propre marque, "Piggery & Green", qui rappelle le parcours qui l'a menée à cultiver toute une gamme de légumes, qu'elle vend aux supermarchés, écoles et restaurants locaux.

Mais Mama Kotoane a de plus grands projets.

"J'ai envie de construire quelque chose d'unique. Je veux produire tout au long de l'année", précise‑t‑elle, faisant allusion à ses cultures, qui ne sont que saisonnières pour le moment. Elle prévoit aussi de vendre du matériel agricole, comme des motoculteurs, qui font défaut dans son voisinage.

Les cultures de Mama Kotoane ont évolué au fil des ans, le plus gros changement étant intervenu quand elle a reçu des serres et des filets anti‑grêle dans le cadre de projets d'aide internationaux en faveur des agriculteurs du pays, notamment par le biais d'un partenariat entre le gouvernement et le Cadre intégré renforcé (CIR).

"Je me souviens avoir perdu beaucoup d'argent en 2012. J'attendais beaucoup de ma récolte de pastèques, mais à cause du changement climatique, elle a été perdue. Je n'ai pas baissé les bras et j'ai appris à protéger mes cultures", indique‑t‑elle.

"J'ai reçu ma première serre en 2018, et ma vie a changé", ajoute‑t‑elle. Mama Kotoane a pu accroître ses rendements et s'essayer à la culture d'autres produits, comme les champignons, les épinards et les laitues. Elle a obtenu deux autres serres par l'intermédiaire de la Banque mondiale, emploie aujourd'hui trois personnes et possède un véhicule pour les livraisons.

Image credit: Mama Kotoane

COMMERCIALISER LA PRODUCTION

L'économie du Lesotho s'appuie sur l'agriculture: en effet, environ 45% des emplois dans le pays dépendent de ce secteur et les ménages ruraux ayant accès à la terre sont presque tous impliqués dans la production de légumes ou de fruits, sous une forme ou une autre. Si l'on veut améliorer les perspectives économiques limitées de ce pays sans littoral, le soutien aux petites agriculteurs ruraux est indispensable.

Ce soutien peut aller de la fourniture des équipements nécessaires, comme les serres et les filets anti‑grêle obtenus par Mama Kotoane, au développement d'une infrastructure permettant de se conformer aux normes d'exportation, en passant par l'amélioration de la commercialisation et la mise en place d'une stratégie de la marque.

Ces efforts visent les différents maillons de la chaîne de valeur agricole, de manière à assurer la fluidité du commerce des produits agricoles, des terres fertiles aux rayons des supermarchés, au‑delà des frontières.

"Nous tentons de réaliser nos objectifs en nous appuyant sur nos institutions. C'est pourquoi nous essayons de renforcer nos normes. Nous avons des projets locaux qui visent à déployer des infrastructures. Nous nous efforçons de diversifier nos marchés", déclare Mosiuoa Tello, responsable S&E auprès de l'unité de mise en œuvre du CIR au Lesotho.

Le CIR a distribué 150 serres et filets anti‑grêle à de petits exploitants et organise des formations sur des thèmes variés tels que l'emballage des légumes et le développement d'entreprises.

RELEVER LES DÉFIS

Mama Kotoane a participé à quelques‑unes de ces formations, notamment pour apprendre à tenir un registre et à cultiver sous serre.

Mais elle rappelle qu'être agricultrice n'est jamais sans difficultés, comme le montrent ses luttes récentes pour se défaire des escargots ou pour avoir accès à l'eau. Elle souhaiterait disposer d'un système d'irrigation meilleur que sa méthode actuelle consistant à utiliser des citernes et des arrosoirs.

Elle est aussi en concurrence avec d'autres agriculteurs qui possèdent de plus grandes parcelles et des centaines de serres, et souffre de la saturation du marché, tous les fruits et légumes du Lesotho étant saisonniers.

"L'épidémie de COVID‑19 m'a touchée de plein fouet, mais elle m'a poussée à penser comme un entrepreneur. Je me suis dit que si j'avais pu mettre mes légumes en conserve pendant la pandémie, j'aurais eu sans doute de bien meilleurs résultats. Je crois qu'il me faut un projet de transformation ou de conservation", dit‑elle, évoquant ses pertes en termes de ventes dues aux restrictions de déplacement.

C'est ce type de réflexion tournée vers l'avenir qui a amené Mama Kotoane là où elle en est aujourd'hui.

Une formation récemment terminée destinée aux petits serriculteurs s'intéressait à la tenue des registres et à la gestion d'entreprise, ainsi qu'à la manutention après récolte. Les participants ont demandé un soutien supplémentaire en ce qui concerne la détermination des prix.

"Nous essayons de commercialiser la production", a indiqué M. Tello, en référence aux efforts déployés par le gouvernement et par le CIR pour aider à transformer la production agricole en produits d'exportation. Les formations dispensées dans de nombreux districts du Lesotho ont pour objectif de motiver les agriculteurs à penser comme des entrepreneurs, même si cela ne se traduit que par une modeste augmentation de la production, une réduction des pertes après récolte ou un accroissement des ventes sur les marchés locaux.

Quant à Mama Kotoane, elle ne cesse de tester la culture d'autres produits, des okras aux concombres, tout en s'efforçant de simplifier et de rendre plus efficaces ses propres méthodes de production.

"Je me concentre sur l'horticulture, parce que j'adore ça", dit‑elle.

 

 

 Image credit: Mama Kotoane

 

 

 

Avertissement

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