Avril 20, 2021

Six éléments à retenir du Bilan de l'Aide pour le commerce pour les pays les moins avancés

Le commerce a un rôle fondamental à jouer dans le rétablissement des économies des pays en développement et des pays les moins avancés (PMA) en faisant reculer la pauvreté croissante et en créant un avenir plus vert et plus inclusif pour tous. Cette question était un thème commun qui est revenu tout au long des trois journées de tables rondes et de débats qui se sont tenus dans le cadre du Bilan de l'Aide pour le commerce, organisé en ligne par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) du 23 au 25 mars.

La COVID-19 a défait 30 ans de progrès en matière de développement, accroissant les inégalités à tous les niveaux et menaçant de faire tomber 150 millions de personnes dans l'extrême pauvreté, a noté la Directrice générale de l'OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, lors d'une séance plénière d'ouverture à laquelle ont également pris part les dirigeants du Fonds monétaire international (FMI), de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de la CNUCED, de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La possibilité de faire le bilan des avancées réalisées jusqu'à présent par l'Aide pour le commerce et d'imprimer la direction à prendre à l'avenir arrive à un moment critique, en particulier pour les pays les moins avancés (PMA) qui ont subi de plein fouet la plus forte chute du commerce mondial jamais enregistrée et qui ont le moins tiré avantage de la reprise. "La reprise post-COVID ne doit laisser personne, ni aucun pays, en reste", a-t-elle ajouté.

On trouvera ci-après six points à retenir de l'événement.

Investir dans les chaînes d'approvisionnement pharmaceutiques et garantir un accès équitable aux vaccins

À la date de l'événement, 10 pays recevaient 76% des vaccins contre la COVID-19 administrés au niveau mondial; il est crucial de garantir un accès plus équitable. Il serait utile d'accélérer la production de vaccins en investissant davantage dans les capacités de production des PMA et des pays en développement, ainsi que de stimuler la coopération commerciale pour remédier aux goulets d'étranglement au niveau de l'offre et de réduire les obstacles réglementaires pour faciliter l'achat de vaccins.

La création de chaînes d'approvisionnement médicales géographiquement diversifiées représente une opportunité pour les investissements orientés vers l'exportation dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, a dit Mme Okonjo-Iweala. Trouver un moyen de partager certains droits de propriété intellectuelle tout en encourageant la recherche-développement améliorera aussi la résilience face aux crises sanitaires futures, a-t-elle ajouté.

Lors d'autres séances, les intervenants ont souligné la nécessité de mécanismes réglementaires destinés à soutenir l'intégration des pays en développement dans les chaînes d'approvisionnement mondiales ainsi que la libre circulation des travailleurs qualifiés. Les PMA ont également besoin d'un appui pour réorienter les capacités de production existantes de façon à satisfaire aux besoins des chaînes d'approvisionnement médicales et pharmaceutiques, ce qui contribuera de surcroît à la diversification de leur économie. Par exemple, l'Afrique du Sud, l'Éthiopie, Madagascar et le Viet Nam possèdent des secteurs du textile solides qui pourraient aider à répondre à la hausse de la demande en équipements de protection individuelle, a dit Mme Spring Gombe de la Banque de technologies des Nations Unies pour les pays les moins avancés.

Élargir l'accès au financement des PMA grâce à des outils innovants et au renforcement des capacités

Les intervenants estimaient qu'il était vital pour la reprise des PMA d'identifier des sources de financement novatrices et durables. Même si le financement de l'Aide pour le commerce en faveur des PMA a augmenté de 13% annuellement depuis 2006 et a atteint 13,5 milliards d'USD en 2018, la pandémie menace de ralentir la tendance, voire de l'inverser. Certains scénarios de l'OCDE tablent sur une baisse de l'aide publique au développement pouvant aller jusqu'à 14 milliards d'USD, à l'heure où la pandémie accroît le déficit de financement du commerce, qui se monte à 1 500 milliards d'USD.

Les solutions mises en avant par la Société financière internationale (SFI) comprennent notamment des mécanismes de partage des risques avec des garanties de pertes initiales et des financements concessionnels mixtes, par exemple par l'intermédiaire du guichet du secteur privé de l'IDA.

Cependant, entre 2012 et 2018, seul 6% du financement privé mobilisé via un financement mixte était destiné aux PMA, a observé Olivier Cattaneo de l'OCDE. Il a demandé qu'une plus grande partie du financement dans le cadre de l'Aide pour le commerce soit accordé sous forme de dons, que le secteur privé recoure à la prise de participation plutôt qu'à des prêts et qu'une plus grande priorité soit accordée au renforcement des capacités afin d'aider les PMA à s'y retrouver dans les milliers d'instruments maintenant proposés.

Une nouvelle série du Cadre intégré renforcé (CIR), Regard sur le financement du commerce, vise à apporter une contribution sur cette question. Le CIR s'est également associé à la Société internationale islamique de financement du commerce pour offrir une assistance technique et un renforcement des capacités sur la question du commerce et du financement du commerce aux institutions financières des PMA.

Plusieurs intervenants ont aussi prôné un allégement de la dette, faisant observer que la forte baisse des revenus et les investissements dans la relance économique poussaient au surendettement.

Faciliter le commerce grâce à des cadres réglementaires favorables

L'accent a également été mis sur l'importance d'éliminer les obstacles tarifaires et non tarifaires, et de développer des environnements juridiques, réglementaires et commerciaux et des infrastructures qui soient propices au libre-échange et aident les PMA à s'intégrer aux réseaux commerciaux mondiaux.

Les intervenants étaient d'avis que les PMA avaient besoin d'un appui pour élaborer une réglementation favorable aux investisseurs qui les aiderait à diversifier leur économie et à améliorer la compétitivité de leurs exportations, ainsi qu'à faire en sorte que les MPME soient à même de saisir pleinement les possibilités commerciales. Par exemple, Mme Leila Baghdadi, titulaire de la chaire de l'OMC, a appelé à un assouplissement des prescriptions relatives à la teneur en éléments locaux et a dit que les restrictions commerciales revenaient au bout du compte à pénaliser les personnes pauvres car elles faisaient augmenter l'inflation et le coût des biens essentiels dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Aider les MPME à tirer parti de la numérisation et à saisir les possibilités découlant du commerce électronique

Les PMA nécessitent des investissements dans les infrastructures et les compétences afin de bénéficier d'une croissance rapide dans le commerce électronique et la numérisation du commerce, sous peine d'être encore plus laissés pour compte. Henri Monceau de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) a relevé que 81% de la population des PMA n'avait pas accès à Internet et a dit que 450 milliards d'USD seraient nécessaires pour combler la fracture numérique croissante.

À ce jour, les investissements du CIR comprennent son partenariat avec la CNUCED visant à intégrer les systèmes douanier et postal du Vanuatu pour faciliter le dédouanement des marchandises des partenaires actifs dans le commerce électronique.

L'initiative concernant l'accélération du commerce électronique et l'initiative Go4eCAM au Cambodge ont aussi été citées comme exemples de la manière dont des approches à plusieurs volets (combinant des investissements dans la réglementation, l'infrastructure des TIC, les systèmes de paiement, les compétences numériques et la commercialisation) peuvent aider les MPME des PMA à formaliser et à développer leurs entreprises de commerce électronique.

Autonomiser les femmes grâce aux compétences numériques, à l'argent mobile et à des politiques tenant compte de la problématique hommes-femmes

Dans les PMA et les pays en développement, des millions de femmes et de filles ont quitté les établissements d'éducation au moment où la pandémie accélérait la numérisation; un grand nombre d'entre elles voient les possibilités de commerce transfrontières, telles que celles créées par la Zone de libre-échange continentale africaine, s'éloigner encore plus. Les intervenants estimaient qu'il fallait par conséquent favoriser leur autonomisation.

À cette fin, un partenariat entre le CIR et l'UIT au Burundi, en Haïti et en Éthiopie œuvre à intégrer des considérations liées au genre dans les politiques et les réglementations internes afin que les femmes puissent prendre pleinement part à l'économie numérique. Des formations à la culture numérique et aux compétences en matière de commerce électronique ont aussi été dispensées en priorité à 3 500 entreprises détenues par des femmes soutenues par le projet SheTrades Commonwealth.

Il est aussi nécessaire d'améliorer l'accès des femmes à l'argent mobile afin qu'elles puissent participer au commerce numérique, en particulier au commerce transfrontières. Si les femmes ont 7% moins de chances de posséder un téléphone mobile que les hommes dans les pays à revenu faible et intermédiaire, elles ont 33% moins de chances de posséder un compte d'argent mobile, a relevé Mme Tamara Dancheva de GSMA.

Les chiffres du Centre du commerce international (ITC) montrent que seules 15% des PME exportatrices dans le monde sont détenues par des femmes, alors que celles-ci détiennent un tiers de l'ensemble des PME. Il est donc nécessaire de soutenir les femmes pour qu'elles accèdent à des emplois et à des secteurs plus lucratifs liés aux exportations. Il convient aussi de remédier aux politiques commerciales qui ont des effets néfastes disproportionnés sur les femmes, telles que les droits de douane sur les vêtements, a dit M. Antonio Nucifora de la Banque mondiale.

Investir dans la résilience climatique pour encourager la durabilité et redynamiser le tourisme

Les pays en développement et les PMA ont besoin d'investissements et d'aide pour s'adapter au changement climatique, construire des infrastructures résilientes au changement climatique et bâtir des économies plus vertes et plus diversifiées. Les gouvernements doivent aussi saisir les possibilités d'intégrer des politiques respectueuses du climat dans leurs plans de redressement, a dit le Secrétaire général de l'OCDE, M. Angel Gurría, ajoutant que l'ouverture de canaux commerciaux aidera à augmenter la disponibilité de technologies, de marchandises et de services environnementaux.

Le renforcement de la résilience climatique et de la salubrité de l'environnement, en particulier dans les États insulaires éloignés, est aussi fondamental pour une reprise durable des secteurs touristiques des PMA, mis à mal par la pandémie. Les échanges liés aux voyages et au tourisme n'ont pas profité du rebond plus large enregistré par le commerce mondial ces derniers mois, demeurant au troisième trimestre deux tiers en dessous de leur niveau d'avant la pandémie.

Parmi les initiatives démontrant le lien entre les investissements dans la résilience climatique et le commerce dans le secteur du tourisme figure le projet d'infrastructures touristiques, soutenu par le CIR, qui a permis de redynamiser le tourisme au Vanuatu en reconstruisant les quais endommagés par un cyclone.

Les pays des régions tropicales seront particulièrement touchés par les changements climatiques, et auront donc besoin d'un soutien pour identifier de nouveaux avantages comparatifs, adapter les méthodes de production, diversifier leurs économies et construire leurs propres chaînes de valeur tout en protégeant les activités existantes contre les risques climatiques, a dit la Secrétaire générale par intérim de la CNUCED, Mme Isabelle Durant. Cependant, ces mesures ne sont pas gratuites, a-t-elle souligné. Avec seulement 3% des décaissements au titre de l'Aide pour le commerce actuellement alloués à la lutte contre le changement climatique, il est possible d'en faire davantage.

 

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.