Juin 01, 2021

Mettre la capacité de production au premier plan pour stimuler le commerce des PMA

Préparer la prochaine décennie d'action pour transformer les économies

Les économies prospères sont productives. Elles peuvent produire des produits d'exportation, des entreprises, des liens avec les chaînes d'approvisionnement, des innovations en matière de données … c'est‑à‑dire tout ce qui génère des bénéfices aujourd'hui.

Certains pays sont capables de créer beaucoup, car ils bénéficient d'une main‑d'œuvre qualifiée, des meilleures technologies disponibles, de transports efficaces, etc. Mais pour d'autres, notamment les pays les moins avancés (PMA), ce que l'on appelle leur "capacité de production" peut être très limitée. Selon de récentes discussions, il est temps de changer cela.

Lors de l'événement "Des capacités productives pour la nouvelle décennie" qui s'est tenu le 26 mai 2021, en marge des réunions préparatoires de la Cinquième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (LDC5) qui se tiendra en janvier 2022, les experts ont examiné les types de soutien nécessaires pour améliorer la capacité des PMA à créer, à se développer et à croître. Dans le contexte du Programme à l'horizon 2030 et de la pandémie de COVID‑19, les intervenants sont convenus qu'il était urgent d'agir.

Selon le Rapport 2020 sur les PMA de la CNUCED, entre 2001 et 2018, l'amélioration de la capacité de production des PMA a été "en demi‑teinte". Au cours de cette période, seuls le Rwanda et le Myanmar sont passés de la catégorie des pays à indice faible à celle des pays à indice moyen, et cinq pays ont quitté le groupe des pays ayant les capacités de production les plus élevées.

Une série de réunions organisées en 2011 (LDC4) a abouti au Programme d'action d'Istanbul. Ce programme visait à ce que la moitié des PMA puissent satisfaire aux critères de reclassement d'ici à 2020, et fixait des domaines d'action prioritaires, tels que la capacité de production, mais également l'agriculture, la sécurité alimentaire et le commerce.

À l'approche de la Cinquième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés qui se tiendra à Doha et visera à définir le prochain programme d'action en faveur des PMA, et alors que de nombreux objectifs de la précédente décennie sont désormais hors de portée, la communauté internationale se prépare à établir des plans pour la prochaine décennie, qui sera d'une importance critique.

Les discussions du groupe ont porté sur les éléments ci‑après.

1) Utiliser la capacité de production comme cadre

Isabelle Durant, Secrétaire générale par intérim de la CNUCED, a déclaré: "Compte tenu de l'importance des capacités de production pour l'avenir et le présent des PMA, elles devraient constituer le cadre général du prochain Programme d'action."

Toutes les stratégies et les politiques connexes qui seront élaborées au cours des 10 prochaines années devraient répondre à l'objectif général visant à améliorer les capacités de production des PMA, a‑t‑elle ajouté.

Taffere Tesfachew, membre du Comité de la planification du développement de l'ONU et Conseiller principal à la Commission éthiopienne de l'investissement, a repris ce point à son compte et a affirmé que les capacités de production, utilisées en tant que cadre pour les actions futures, constitueraient une base adéquate pour intégrer d'autres domaines prioritaires tels que les infrastructures, les technologies et le commerce – aujourd'hui traités comme des catégories distinctes.

2) Améliorer le suivi

L'utilisation de la capacité de production comme pivot du développement des PMA nécessite un suivi complet dans les nombreux secteurs concernés.

Isabelle Durant a attiré l'attention sur l'Indice des capacités productives de la CNUCED, qui permet aux pays de voir où ils se situent et dans quels domaines ils peuvent s'améliorer sur la base de huit critères, y compris le secteur privé, l'énergie et les institutions. Les PMA peuvent suivre leurs progrès selon ces indicateurs, et l'Indice aide les pays et les partenaires de développement à cibler leurs efforts en conséquence.

Elle a également noté une incapacité à améliorer la productivité dans des secteurs clés tels que la technologie, les activités manufacturières à forte intensité et les services. Le Directeur exécutif du Cadre intégré renforcé, Ratnakar Adhikari, a aussi évoqué l'Indice et ses conclusions, soulignant que les institutions avaient un rôle important à jouer dans l'amélioration du climat des affaires, et les effets transversaux qu'un climat des affaires avait sur d'autres dimensions qui affectaient la capacité d'un pays à produire ou non.

3) Créer la prochaine génération de mesures de soutien internationales

D'après Taffere Tesfachew, les pays sortant de la catégorie des PMA expriment de plus en plus leurs préoccupations concernant la perte du bénéfice des mesures de soutien internationales lorsqu'ils sont reclassés.

Ces mesures ont été élaborées en tenant compte du fait que certains pays ont besoin de davantage de soutien pour participer au commerce international et à certains processus mondiaux, par exemple ceux liés aux Nations Unies. Les mesures de soutien internationales peuvent prendre la forme d'une réduction des droits de douane, d'un accès sans contingent à certains marchés, ou de budgets ciblés provenant d'organismes des Nations Unies et d'autres institutions internationales.

Perks Master Ligoya, Représentant permanent de la République du Malawi auprès des Nations Unies et Président du Groupe des PMA, a indiqué les différentes façons dont les capacités de production des PMA avaient besoin d'être soutenues, de la productivité de la main‑d'œuvre à la diversification de la production en passant par la mise en place d'institutions solides.

"La question cruciale est alors de savoir comment les PMA peuvent atteindre ces objectifs compte tenu de la marge de manœuvre limitée dont ils disposent", a‑t‑il déclaré. "Les PMA ont besoin de l'aide de la communauté internationale pour développer, renforcer et moderniser leurs capacités de production."

Selon lui, cela implique de revoir les anciennes façons de faire et de concevoir une "nouvelle génération" de mesures de soutien internationales dans les domaines du commerce, de la finance et des technologies. Ces mesures devraient être plus cohérentes et plus systématiques, et s'attaquer aux causes profondes des capacités de production limitées des PMA, a‑t‑il ajouté.

4) Investir dans davantage de technologies

Ratnakar Adhikari a fait remarquer que l'augmentation des investissements dans les technologies numériques pouvait grandement participer au développement des PMA, mais que ces pays étaient également affectés de manière disproportionnée par la baisse des investissements étrangers.

L'investissement étranger direct (IED) vers les PMA connaissait déjà des difficultés avant la pandémie et devrait chuter de 30 à 50%, selon l'OCDE. Par ailleurs, d'après le Rapport sur l'investissement dans le monde 2020 de la CNUCED, l'IED vers les PMA ne représente que 1,4% de l'IED mondial.

Moshe Kao, consultant chargé de la gestion du programme à la Banque de technologies des Nations Unies pour les pays les moins avancés, a mis l'accent sur les technologies en tant que moteur central de la capacité de production, et a souligné l'inégalité des niveaux d'accès aux technologies dans le monde. Il a évoqué l'importance du transfert de technologie pour stimuler l'adoption et la diffusion des technologies, et a noté que les partenariats aux niveaux national, régional et mondial étaient essentiels pour y parvenir.

5) Œuvrer pour un reclassement sans heurts

"Le reclassement devrait être un moment de célébration, pas d'appréhension ni d'hésitation quant à l'avenir", a déclaré M. Tesfachew.

Les experts ont discuté du reclassement des PMA et de ses pièges potentiels, liés à la perte de certains types de soutien international.

"Le Groupe des PMA doit faire entendre clairement ses priorités à la communauté internationale", a déclaré M. Ligoya au sujet des préoccupations des pays concernant l'avenir.

Il a fait remarquer que la catégorie des PMA avait été créée il y a 50 ans et que, très bientôt, elle serait uniquement constituée de pays africains, puisque les pays d'Asie et du Pacifique étaient sur le point d'en sortir.

Cette disparité met en évidence la nécessité d'un soutien plus efficace et ciblé, fourni là où il est le plus nécessaire. Selon les experts et compte tenu de la prochaine Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés et du nouveau programme d'action qui va être élaboré, l'utilisation de la capacité de production comme cadre de soutien peut constituer le meilleur moyen de faire la différence, si elle implique une approche intégrée qui prend en compte les préoccupations actuelles, les plus importantes étant aujourd'hui la santé et les technologies.

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Cette réunion parallèle a été organisée par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Cadre intégré renforcé (CIR), le Comité des politiques de développement des Nations Unies, et la Banque de technologies des Nations Unies pour les pays les moins avancés.

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.