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Avril 27, 2021

Plan d'action pour développer le financement mixte dans les PMA

Les pays les moins avancés (PMA) reçoivent seulement 6% des fonds privés mobilisés à l'échelle mondiale dans le cadre d'un financement mixte. De surcroît, ce financement est concentré dans quelques PMA tandis que certains pays, secteurs et entreprises en sont totalement exclus. C'est ce qui ressort d'un rapport conjoint UNCDF/OCDE proposant un plan d'action pour remédier à ces déséquilibres, alors que les besoins des PMA augmentent dans le contexte de la COVID‑19.

Entre 2012 et 2018, les PMA ont reçu environ 13,4 milliards de dollars, soit 6%, du capital mis à disposition à des conditions commerciales dans le cadre du financement mixte – un mécanisme qui consiste à encourager des investissements privés ayant un fort impact mais présentant plus de risques grâce à des dons, aides et modalités concessionnelles. D'après le rapport Blended Finance for the LDCs 2020, publié conjointement par le Fonds d'équipement des Nations Unies (UNCDF) et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire ont reçu 74% de ce capital. En outre, si la part destinée aux PMA a atteint 7,5% en 2018, c'est surtout en raison de changements relatifs à la communication des données.

Sur 47 PMA, 45 ont bénéficié d'un financement mixte entre 2012 et 2018, mais la répartition était inégale. L'Angola, le Bangladesh, le Myanmar, l'Ouganda et le Sénégal ont ainsi reçu chacun plus de 1 milliard de dollars, soit 4 fois plus que 30 autres PMA. Cela s'explique en partie par le fait que les secteurs qui attirent plus facilement des capitaux privés, avec ou sans soutien pour le financement du développement, dominent les flux de financement mixte: en 2017‑2018, les secteurs de l'énergie, de la banque et des services financiers ont attiré 50% des fonds privés mobilisés dans ce cadre.

Le rapport souligne les ravages causés par la COVID‑19 pour les économies et les échanges commerciaux des PMA. Les perturbations des chaînes d'approvisionnement et la diminution de la demande mondiale ont nui aux exportations de ces pays, qui avant la crise ne représentaient déjà que 1% du total mondial. Beaucoup ont aussi souffert de l'effondrement du tourisme étranger et de la chute des prix des matières premières. Les PME ont été particulièrement touchées, surtout celles qui sont dirigées par des femmes et qui opèrent dans les secteurs du textile, des soins à la personne, de l'hôtellerie et de l'énergie.

Afin que le financement mixte puisse aider les PMA à sortir de la crise et à aller de l'avant, le rapport formule quatre recommandations principales.

1.           Soutenir le développement de marchés financiers locaux

Il est essentiel de renforcer les capacités des acteurs locaux, par exemple en associant davantage les banques nationales de développement au déploiement du financement mixte. Il convient aussi de promouvoir les marchés locaux de capitaux et les solutions de financement en monnaie locale afin de mobiliser les banques commerciales et les investisseurs nationaux.

"Nous devons absolument utiliser les ressources nationales qui sont disponibles", affirme Anders Berlin, Directeur de la plate‑forme d'investissement pour les pays les moins avancés (LDCIP) de l'UNCDF.

Les banques des PMA disposent parfois d'excès de liquidités qu'elles préfèrent investir dans des bons du Trésor plutôt que dans des entreprises locales. M. Berlin explique qu'il s'agit pour ces établissements d'un "choix rationnel": pour un rendement semblable, la plupart choisissent des bons du Trésor avec un risque de non‑remboursement négligeable plutôt que des prêts à de petites entreprises apparemment risqués.

Or il est possible de changer la donne en utilisant les fonds alloués à l'aide publique au développement (APD) pour offrir des garanties sur les pertes initiales ou des garanties de risques partielles: un bailleur peut par exemple inciter une banque à accorder un prêt s'il s'engage à lui rembourser 25 centimes pour chaque dollar de pertes. M. Berlin précise que la LDCIP peut fournir des garanties à hauteur de 70% mais essaye toujours d'impliquer les banques le plus possible au lieu de privilégier la concessionnalité.

L'octroi d'un financement à un emprunteur dépourvu d'historique de crédit, généralement à des conditions préférentielles, est aussi un moyen d'encourager les banques commerciales locales à s'engager, en complément ou par la suite. En 2018, la LDCIP a ainsi prêté 250 000 dollars pour le fonds de roulement d'une compagnie d'énergie renouvelable ougandaise qui n'avait ni garanties ni antécédents de crédit. Cette compagnie ayant montré qu'elle était capable d'honorer ses dettes en effectuant quatre versements en temps voulu à la LDCIP, la banque ougandaise STANBIC lui a accordé un crédit de 800 000 dollars, y compris 150 000 dollars de prêt à l'importation.

M. Berlin expose une autre stratégie permettant de contourner le fait que beaucoup de banques des PMA exigent des garanties de la part des emprunteurs: pour démontrer la solvabilité sur la base des revenus, la LDCIP aide les banques à analyser les flux de trésorerie en vue d'un financement. De plus, puisque la LDCIP ne demande pas de garantie pour accorder un prêt, les emprunteurs peuvent réserver les fonds dont ils disposent à l'obtention de prêts commerciaux additionnels.

2.      Concevoir des solutions de financement mixte pour les plus difficiles à atteindre

Le rapport met aussi en évidence un besoin de structures innovantes de financement mixte destinées aux personnes, secteurs et régions qui ont le plus de mal à attirer des bailleurs de fonds privés.

Il est notamment proposé d'orienter davantage de ressources et de mesures d'atténuation des risques vers les entreprises du "chaînon manquant". M. Berlin explique ainsi la situation: les institutions de microfinance peuvent répondre aux besoins des petites entreprises avec des prêts jusqu'à 50 000 dollars, et les banques commerciales ne prêtent souvent qu'à partir de 500 000 dollars à des PME plus grandes, mais les entreprises de taille intermédiaire ont moins d'options et donc davantage besoin de solutions mixtes pour accéder à des capitaux nationaux ou internationaux.

L'assistance technique peut aussi s'avérer utile pour atténuer les risques associés aux emprunteurs dans des secteurs que les prêteurs privés évitent et qui sont pourtant essentiels pour les économies des PMA, comme par exemple la technologie financière, l'agriculture ou le tourisme. M. Berlin explique que cette approche permet d'améliorer la stabilité opérationnelle de l'emprunteur et la viabilité financière des transactions, en vue d'obtenir les résultats souhaités.

Il ajoute que, pour les emprunteurs plus difficiles à atteindre comme les petits exploitants agricoles, il est aussi envisageable d'utiliser des dons dans le cas de structures de financement mixte pour l'achat d'une assurance privée.

Le rapport met en avant les mécanismes d'atténuation des risques de la Société financière internationale (SFI) pour soutenir les prêts octroyés par des programmes de solutions de fonds de roulement à des entreprises détenues ou dirigées par des femmes. Toujours au sein du Groupe de la Banque mondiale, le guichet du secteur privé (PSW) de l'Association internationale de développement (IDA) comprend aussi une garantie mutualisée sur les pertes initiales et un mécanisme concessionnel qui permet au Programme de financement du commerce mondial (GTFP) de la SFI de mobiliser plus de 1 milliard de dollars de financement du commerce dans les pays admissibles.

3.      Améliorer la gestion et la mesure de l'impact

D'après le rapport, l'essor du financement mixte est aussi entravé par un manque de transparence. Il est recommandé à cet égard de mieux gérer et mesurer les résultats, ainsi que d'accroître la collaboration et l'échange de connaissances et de meilleures pratiques.

"Quand nous soutenons des entreprises, nous devons exprimer clairement quels Objectifs de développement durable vise notre intervention", estime M. Berlin. À cet effet, l'UNCDF s'efforce d'élaborer des outils permettant d'évaluer les risques et les avantages escomptés des transactions à la fois au niveau de l'impact et du financement.

Actuellement, le recours à des méthodologies multiples pour mesurer l'impact social ou environnemental finit par nuire à la cohérence et à la crédibilité. Pour M. Berlin, il faut que les parties prenantes travaillent ensemble pour faire en sorte que ces mesures soient aussi cohérentes et largement comprises que les notations de crédit.

4.      Développer le financement mixte grâce à des approches systémiques

Il est essentiel de développer le financement mixte alors que les PMA cherchent à rendre leurs économies plus durables et plus résilientes dans le sillage de la COVID‑19. Le rapport préconise des approches plus systémiques: incorporer un financement mixte dans des interventions multilatérales concertées, promouvoir des plans nationaux pour la reprise économique et le développement durable, et donner la priorité à des projets pouvant être reproduits dans des secteurs qui stimulent une reprise inclusive, durable, verte et résiliente.

La plupart des transactions concernant les PMA étant relativement modestes, M. Berlin suggère que les acteurs du financement mixte devraient constituer des portefeuilles diversifiés (qu'il s'agisse des régions, des secteurs ou des monnaies) avant de faire des propositions à des investisseurs privés. C'est d'ailleurs l'approche suivie par le Fonds BUILD de l'UNCDF. En effet, même les institutions de financement du développement envisagent rarement des transactions inférieures à 5 millions de dollars. Quant aux fonds de pension dans les pays en développement, qui devraient soutenir les infrastructures par exemple, car il s'agit d'actifs à long terme qui correspondent bien à leurs engagements, ils hésitent souvent face aux risques que comporte un investissement dans un seul projet national d'infrastructure.

Le rapport mentionne plusieurs secteurs qui pourraient se prêter à l'expansion du financement mixte: les infrastructures climato‑compatibles, les énergies propres, l'économie bleue, le financement numérique ou encore le commerce électronique. Tous ces secteurs vont jouer un rôle essentiel pour un développement inclusif, résilient et durable, mais jusqu'ici ils n'ont pas eu la faveur des investisseurs privés, faute d'offrir un rendement suffisant sans cteurs et entreprises en sont totalement exclus. C'est ce qui ressort d'un rapport conjoint UNCDF/OCDE proposant un plan d'action pour remédier à ces déséquilibres, alors que les besoins des PMA augmentent dans le contexte de la COVID‑19.

 

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