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Septembre 28, 2021

Les capacités productives, question prioritaire pour la cinquième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, selon un nouvel indice

Dans un rapport où elle fait le point sur les résultats de son indice des capacités productives (ICP), la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) estime que les capacités productives souvent insuffisantes des pays les moins avancés (PMA) limitent la production économique de ces pays et les rendent plus vulnérables aux chocs extérieurs, et plus dépendants à l'égard d'un nombre limité d'exportations. Il devrait donc être considéré comme urgent et prioritaire de formuler, à la cinquième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, qui se tiendra en janvier 2022, des orientations précises sur le moyen de promouvoir les capacités productives des PMA dans tous les secteurs de leur économie.

Lancé en début d'année, l'ICP mesure et évalue les capacités productives des pays à partir de 46 indicateurs répartis en huit catégories: énergie, capital humain, TIC, institutions, ressources naturelles, secteur privé, changement structurel et transports. La CNUCED décrit celui-ci comme un outil de diagnostic pour aider au suivi des progrès socioéconomiques et à la définition de politiques reposant sur des données objectives.

Les principales conclusions du rapport sont notamment les suivantes:

Investir dans les capacités productives favorise la diversification des exportations

La corrélation inverse observée entre l'ICP et un autre indice de la CNUCED, l'indice de concentration des exportations de marchandises (même si un pays peut conjuguer des capacités productives très faibles et une forte dépendance à l'égard des exportations de quelques produits de base, comme c'est le cas de l'Angola et de l'Iraq), confirme que le renforcement des capacités productives peut soutenir l'effort de diversification des exportations, indique le rapport.

Des ressources naturelles abondantes tirent généralement vers le bas la note obtenue à l'ICP par les PMA et les pays en développement sans littoral et aggravent la dépendance à l'égard des produits de base, plutôt qu'elles ne favorisent la diversification économique ou la transformation structurelle, toujours selon le rapport.

Les progrès des PMA et des pays en développement sans littoral sont freinés par des TIC, un changement structurel et un secteur énergétique insuffisants

L'indice montre que les PMA sont en retard sur le reste du monde pour sept des huit catégories de capacités productives, les ressources naturelles étant l'exception. Les domaines où les investissements sont le plus nécessaires sont les TIC, l'énergie, le capital humain, le changement structurel et les institutions.

Les écarts considérables que l'on constate dans les notes obtenues pour les TIC par les différents pays montrent que la fracture numérique s'aggrave, les PMA et les pays en développement sans littoral enregistrant les notes les plus faibles, est-il indiqué dans le rapport. Les mauvais résultats de ces pays dans la catégorie du changement structurel témoignent aussi d'une dépendance à l'égard des exportations de produits de base et d'une intégration insuffisante dans les chaînes de valeur régionales et mondiales de ces produits. Leurs faibles résultats dans la catégorie de l'énergie témoignent de ce que l'utilisation de l'énergie est concentrée dans les zones urbaines, et de ce que l'énergie reste peu utilisée à des fins productives. La capacité des entreprises de produire de manière compétitive et d'exporter s'en trouve compromise, indique le rapport.

Une bonne note à l'ICP est associée à un PIB élevé et à de bonnes perspectives d'atteindre les ODD

La nette corrélation positive observée entre le niveau des résultats à l'ICP et le produit intérieur brut (PIB) par habitant confirme l'existence de liens entre l'investissement dans les capacités productives et la création de richesses, indique le rapport. C'est lié en grande partie au fait que les capacités productives déterminent l'aptitude d'une économie à produire des biens et des services. L'indice peut donc être particulièrement utile aux décideurs pour planifier les politiques de croissance économique, ses catégories offrant une vue d'ensemble des domaines dans lesquels le pays progresse ou accuse du retard, indiquent les auteurs.

L'étude fait aussi apparaître une corrélation entre les capacités productives et les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de développement durable. Ainsi, dans les pays où le niveau des capacités productives est élevé, les adultes sont plus nombreux à posséder un compte en banque et moins nombreux à exercer un emploi informel, est-il indiqué. Ces deux facteurs de transformation structurelle très importants peuvent aider à progresser par rapport aux indicateurs des ODD relatifs à la sécurité alimentaire, à l'éducation et à l'urbanisation, selon les auteurs.

Le manque de capacités productives accroît la vulnérabilité aux chocs extérieurs

S'il ressort des tendances de l'ICP entre 2000 et 2018 que les capacités productives ont progressé dans toutes les régions géographiques sur cette période, celles de l'Afrique sont restées faibles, en dépit de certains progrès, indique le rapport. De faibles capacités productives, estiment les auteurs, sont à la fois une cause et une conséquence de la vulnérabilité socioéconomique du continent à des chocs extérieurs défavorables, même si les situations nationales sont très diverses.

L'Asie est un continent de contrastes, où des écarts immenses séparent les pays du haut du classement, à savoir la Chine, la Corée du Sud et Singapour, en Asie de l'Est, et les pays du bas du classement, à savoir l'Afghanistan, l'Iraq et le Yémen, en Asie de l'Ouest, qui connaissent des conflits et de l'instabilité. Le manque de capacités productives de ces pays les rend aussi plus fragiles et plus vulnérables aux chocs extérieurs, fait valoir le rapport.

Dans un rapport distinct sur le lien entre les capacités productives et la sortie de la catégorie des PMA, la CNUCED estime aussi que le développement des capacités productives ne permet pas seulement aux pays de sortir plus rapidement de la catégorie des PMA, mais apporte des bases indispensables à leur réussite ultérieure. Les PMA qui quittent la catégorie devraient donc faire évoluer leurs stratégies de transition pour privilégier, non pas un plan à court terme centré sur l'utilisation des mécanismes internationaux, mais une stratégie ambitieuse axée sur le long terme leur permettant, grâce au développement des capacités productives, d'opérer un "reclassement dynamique", estime la CNUCED.

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.