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Mars 29, 2022

Les marchés locaux des Tuvalu offrent une bouée de sauvetage commerciale sur une île en perdition

Publié à l'origine dans le fDi Intelligence le 24 mars 2022. 

Menacées par la montée des eaux due au changement climatique et isolées par la pandémie de coronavirus, les Tuvalu, petite nation du Pacifique Sud, recherchent des solutions internes.

Avant que le Ministre des affaires étrangères, Simon Kofe, ne prononce un discours lors de la Conférence sur le climat (COP26) tenue à Glasgow, en se tenant debout dans la mer avec de l'eau jusqu'aux genoux, beaucoup n'avaient jamais entendu parler des Tuvalu. Ils étaient encore moins nombreux à avoir vu de leurs propres yeux l'impact du changement climatique sur les petits États insulaires en développement de faible altitude comme les Tuvalu.

Situé à mi‑chemin entre Hawaï et l'Australie, ce petit archipel situé dans l'océan Pacifique Sud est la quatrième nation la plus petite au monde avec une population de 12 000 habitants. Le réchauffement de la planète et la fonte des calottes glaciaires ont entraîné une élévation du niveau de la mer qui a des effets négatifs généralisés.

Les îles qui composent les Tuvalu sont petites et étroites. En son point le plus large, la capitale, Funafuti, fait seulement 600 mètres de large et est située à environ 2 mètres au‑dessus du niveau de la mer. L'élévation de ce dernier a affecté la pêche et l'agriculture, les deux principales activités économiques. Et lorsque la pandémie de coronavirus est apparue, entraînant la fermeture des frontières et le gel du commerce et du tourisme, les Tuvalu se sont retrouvées coincées entre le marteau et l'enclume.

"Nos frontières sont complètement fermées", indique Mme Tilou Kofe, PDG de la Tuvalu National Private Sector Organization. "Nous avons dû prendre une décision stricte car nous savions que nous n'avions pas l'infrastructure de santé nécessaire pour pouvoir faire face à une pandémie. Dès le début, la pandémie a eu de graves conséquences sur un grand nombre de Tuvaluans. Beaucoup comptent sur les dollars des touristes pour leur revenu hebdomadaire."

Face à la pandémie, la réponse des Tuvalu en matière de santé consistant à fermer les écoutilles a fonctionné; d'après l'Organisation mondiale de la santé, en mars 2022, le pays n'avait encore enregistré aucun cas confirmé de COVID-19. Mais pour un petit pays insulaire dépendant des liens et du commerce avec le monde extérieur, cela a immédiatement engendré des difficultés économiques.

Isolées, les Tuvalu se sont tournées vers l'amélioration de leur commerce intérieur. En octobre 2020, avec le soutien du Cadre intégré renforcé (CIR), le Département du commerce a lancé l'initiative Tau Maketi (ton marché) pour aider les petites entreprises vulnérables à jouer un rôle plus actif sur le marché intérieur des Tuvalu et compenser la baisse de la demande extérieure.

Commerce local: les populations locales font du commerce lors de la récente foire commerciale de Talofa. Lancé en 2013, cet événement permet d'identifier les entreprises locales nouvelles et potentielles proposant des produits locaux innovants. Il est organisé par la Tuvalu National Private Sector Organization, en étroite collaboration avec le Département du commerce des Tuvalu, et est financé par le CIR.

Les droits de commercialisation ont été supprimés pour encourager la participation des petites entreprises. Le comité responsable a également installé des stands, des tables et des chaises et a pris en charge les frais de transport des produits depuis les lieux d'habitation, ainsi que le transport des commerçants depuis les îlots voisins.

L'initiative Tau Maketi est une étape modeste mais importante dans les efforts déployés pour alléger la souffrance économique dans laquelle se trouvent de nombreux Tuvaluans. En permettant aux petites entreprises de se réunir pour vendre leurs produits locaux, y compris des produits de l'artisanat, des peintures, des vêtements et des produits alimentaires cuisinés, les vendeurs locaux en difficulté trouvent dans cette initiative mensuelle une bouée de sauvetage au niveau national.

Bien que cette initiative ait été lancée au milieu de la pandémie, des travaux étaient en cours depuis de nombreuses années pour rendre les producteurs tuvaluans plus résilients sur le marché intérieur et plus compétitifs sur les marchés régionaux et mondiaux.

Vie locale en couleur: vente d'artisanat tuvaluan dans le cadre de l'initiative TAU MAKETI. Chaque mois, cet événement réunit des entreprises sous le même toit de 10 heures à 22 heures pour leur permettre de faire du commerce et promouvoir la marque "buy Tuvalu made".

Dès 2010, le Ministère de la pêche et du commerce, avec l'appui des partenaires, a mené une étude diagnostique sur l'intégration du commerce qui a permis de recenser les avantages comparatifs du pays et d'améliorer la formulation de la politique commerciale. La collaboration entre le CIR et le gouvernement des Tuvalu, dans le cadre de laquelle l'aide apportée est passée d'environ 150 000 dollars à un engagement cumulé d'environ 3,2 millions de dollars, a permis aux Tuvalu de développer leur cadre de politique commerciale et d'intégrer le commerce, y compris le commerce électronique, et le secteur privé dans leurs priorités nationales en matière de développement.

Des partenaires tels que le CIR et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ont aidé le gouvernement des Tuvalu à utiliser les initiatives d'Aide pour le commerce pour renforcer sa capacité d'exploiter le commerce aux fins de la résilience économique, de la croissance et de la réduction de la pauvreté.

Accostage en vue?

Il est trop tôt pour dire que les Tuvalu sont tirées d'affaire, mais il y a des signes prometteurs d'un prochain retour à l'équilibre. Le pays a besoin d'investissements dans divers secteurs, y compris les infrastructures, les communications, la santé et l'éducation. Le gouvernement mène son programme, trace la voie à suivre et mobilise des investissements, y compris auprès des partenaires internationaux de développement.

Par exemple, le Ministère de la pêche et du commerce double les fonds des partenaires internationaux pour continuer à renforcer les capacités de son personnel. Cette autonomie est déjà prometteuse: les Tuvalu ont conçu leur propre plan d'action dirigé par le gouvernement pour conserver cette capacité technique essentielle. Le pays a aussi facilement cofinancé un projet ciblé de soutien à la durabilité en débloquant un cofinancement additionnel du PNUD pour mettre en œuvre un plan de mobilisation des ressources et intégrer le commerce.

Les plages de sable blanc idylliques des Tuvalu et les magnifiques eaux bleues qui les entourent restent une ressource sous‑exploitée et l'industrie touristique du pays est la plus modeste parmi les petits États insulaires du Pacifique Sud, d'après l'enquête Pacific Business Monitor. Avec le soutien du CIR, les Tuvalu élaborent actuellement une politique en matière de tourisme durable pour mettre en lumière l'offre unique du pays, accroître la résilience, créer des emplois et diversifier l'économie. Le projet inclut aussi une pépinière d'entreprises et une réflexion stratégique sur la façon de positionner les exportations des Tuvalu sur les principaux marchés internationaux.

Les défis environnementaux des Tuvalu étaient clairs avant la COVID‑19, mais la pandémie a aggravé les difficultés économiques du pays et mis en évidence le besoin de résilience.

Le vent semble tourner, du moins sur le plan économique. Une enquête Pacific Business Monitor a montré que 44% des entreprises des Tuvalu avaient été affectées négativement par la COVID‑19, mais le pourcentage d'entreprises ayant déclaré une baisse d'activité – 32% – était le plus bas depuis le début du suivi. En fait, 96% des répondants des Tuvalu se sont dits convaincus que leur entreprise survivrait à la pandémie.

À eux seuls, les habitants des Tuvalu ne peuvent pas faire grand‑chose pour inverser le changement climatique à part retrousser leurs pantalons pour montrer au monde pourquoi il faut agir vite. Alors que la mer monte autour d'eux, les habitants des Tuvalu restent optimistes quant au fait que le monde s'efforcera de respecter les engagements environnementaux pris à la COP26 pour les empêcher de couler. Entre‑temps, ils font du commerce entre eux et trouvent de nouvelles façons d'accroître leur résilience et leur compétitivité.

Crédits

Photos par Département du commerce de Tuvalu

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.