Juillet 13, 2021

Réduire le manque de financement du commerce pour les PMA

La pandémie de Covid‑19 a exacerbé les difficultés que rencontrent les pays les moins avancés (PMA) pour accéder à un financement du commerce vital pour eux, car ils sont nombreux à avoir vu leurs liquidités en dollars locaux diminuer alors que la perception des banques étrangères du risque lié aux marchés émergents s'assombrit – même si celle‑ci est parfois erronée. Les banques de développement, les organisations internationales et les PMA eux‑mêmes s'efforcent cependant de combler le déficit de financement du commerce en améliorant la connaissance des produits, en atténuant le risque de non‑conformité et en investissant dans la numérisation.

Les PMA sont depuis longtemps touchés de manière disproportionnée par un déficit de financement du commerce mondial que la Banque asiatique de développement a estimé en 2019 à plus de 1 500 milliards de dollars. Nombre sont ceux qui considèrent, y compris l'OMC, que ce déficit s'est creusé depuis. Un rapport récent de la Banque africaine d'import‑export (Afreximbank) a confirmé qu'au cours des quatre premiers mois de 2020, environ 38% des banques locales en Afrique ont signalé une hausse des taux de rejet des instruments de financement du commerce tels que les lettres de crédit, tandis qu'un nombre accru de relations de correspondance bancaire était annulé.

Les PMA sont particulièrement vulnérables aux chocs mondiaux tels que les crises financières ou la pandémie actuelle, qui soit affaiblissent la propension des banques internationales à prendre des risques, soit déclenchent une hausse de la demande de financement concurrente depuis d'autres pays. Cela tient en partie au fait que les PMA doivent effectivement "importer" ces financements de banques étrangères. Les faibles taux d'épargne dans les PMA signifient que les banques locales ne disposent généralement que de dépôts modestes où puiser pour accorder des prêts.

La pandémie a également nui aux exportations et envois de fonds de nombreux PMA, ce qui a réduit leur accès aux dollars US, une devise requise dans 80% des transactions commerciales mondiales. La détérioration du risque souverain de nombreux PMA durant la pandémie, du fait de l'érosion du PIB et de l'accroissement de la dette extérieure provoqués par les confinements, a également eu une incidence sur la perception des bailleurs de fonds des risques auxquels s'exposait le secteur privé de ces pays. Il est donc devenu plus difficile et plus coûteux pour les entreprises des PMA, et notamment les PME, d'obtenir des lignes de crédit liées au commerce.

Financement et garanties

Les banques multilatérales de développement (BMD), les institutions de financement du développement (IFD) et les organisations internationales se sont mobilisées pour soutenir les flux commerciaux pendant la crise par le biais d'une série de programmes coordonnés de facilitation du financement du commerce.

À titre d'exemple, la Société financière internationale (SFI) du Groupe de la Banque mondiale a fait un pas en avant en allouant deux milliards de dollars au titre du financement et du partage des risques par le biais de son Programme mondial de liquidité pour le commerce et de son Programme de financement des produits de base essentiels. Le programme de financement du commerce mondial de la SFI a débloqué deux milliards de dollars additionnels pour couvrir les risques de paiement des institutions financières afin de les encourager à financer le commerce, en particulier dans les PME.

En mars 2021, l'Afreximbank a approuvé la création d'un dispositif d'atténuation de l'impact de la pandémie sur le commerce (PATIMFA) doté d'un fonds de trois milliards de dollars. Cette somme est venue s'ajouter à l'enveloppe de 1,5 milliard de dollars allouée au mécanisme mis en place pour répondre à la pandémie (COPREFA), ce qui a permis de fournir des financements directs, des garanties, des confirmations de crédit documentaire et d'effectuer des swaps entre devises en faveur d'entreprises, de banques commerciales et de banques centrales africaines.

La Directrice générale de l'OMC, Ngozi Okonjo‑Iweala, a toutefois reconnu en mai que les 35 milliards de dollars, selon les estimations, fournis par les banques multilatérales de développement au cours de l'année écoulée ne feront que résorber une minuscule partie du déficit de financement du commerce mondial. Elle a souligné l'importance du financement du commerce pour les PMA et a exhorté les Membres de l'OMC à redoubler d'efforts pour élaborer un programme de travail sur le financement du commerce.

Investir dans l'expertise

Il est fondamental de pallier le manque de connaissances sur le financement du commerce et sur les divers instruments établis à cette fin pour aider les PMA à avoir davantage accès à ce financement. C'est pourquoi plusieurs programmes de facilitation du financement du commerce comprennent des volets relatifs à l'assistance technique qui élargissent les formations aux professionnels du financement du commerce dans les banques situées dans des pays à faible revenu.

En octobre 2020, le Cadre intégré renforcé (CIR) a également rejoint une alliance renouvelée entre la Société islamique de financement du commerce et l'Académie de la Chambre de commerce internationale (CCI), qui propose une formation et une certification des professionnels du financement du commerce. L'alliance finance le coût de la formation de représentants des PMA; les personnes l'ayant suivie avec succès étaient jusqu'à présent originaires du Rwanda et du Bangladesh.

Dans de nombreux pays développés et en développement, il peut être ardu d'identifier les obstacles spécifiques au financement du commerce. Les PMA pourraient donc tirer parti de l'inclusion du financement du commerce dans les études diagnostiques sur l'intégration du commerce du CIR et de son incorporation d'emblée dans les stratégies nationales de développement du commerce.

Cela n'est actuellement fait que si les PMA en font la demande et bien que les pays asiatiques s'y intéressent de plus en plus – en raison, par exemple, des études diagnostics de financement du commerce menées à bien concernant le Myanmar et le Cambodge – les nations africaines ont été plus lentes à se saisir de cette opportunité.

Renforcer le respect de la réglementation

Il est également important de sensibiliser les acteurs de financement du commerce dans les PMA et les autres pays à faible revenu aux prescriptions réglementaires relatives à la connaissance des clients, à la lutte contre le blanchiment d'argent et à la lutte contre le financement du terrorisme afin de réduire la probabilité que les banques internationales se désengagent du financement du commerce sur les marchés émergents pour atténuer les risques.

Une publication conjointe de l'OMC et de la SFI illustre les efforts déployés par plusieurs organismes dans ce domaine. Sont évoqués, entre autres, les ateliers organisés pour promouvoir les outils permettant aux banques locales de respecter la réglementation de manière plus efficace et moins couteuse, de diffuser plus largement les bonnes pratiques en matière de financement du commerce, et les aider à attirer de nouveaux correspondants bancaires. Ces ateliers ont notamment eu lieu à Djibouti, en Éthiopie, au Liberia, au Rwanda et au Zimbabwe.

Le respect des règles est également un domaine d'action essentiel pour l'Afghanistan. À la suite d'une refonte des cadres réglementaires du pays en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et de lutte contre le financement du terrorisme, en partie soutenue par la Banque mondiale et l'OMC, l'Afghanistan est sorti en 2017 de la "liste grise" du Groupe d'action financière international recensant les juridictions présentant des lacunes dans ces domaines, note Ajmal Ahmady, Gouverneur de Da Afghanistan Bank, la Banque centrale d'Afghanistan, et ancien Ministre du commerce et de l'industrie.

L'Afghanistan continue de préparer une "évaluation mutuelle" de suivi prévue en 2023 qui, espère‑t‑il, montrera aux correspondants bancaires que l'Afghanistan est un lieu sûr pour faire des affaires et contribuera ainsi à élargir le marché naissant du financement du commerce du pays.

Il est toutefois important de parvenir à un juste équilibre, en veillant à ce que la rigueur de la réglementation – par exemple, en ce qui concerne la connaissance des clients et les limites du transfert de fonds mobile – ne crée pas d'obstacles administratifs ou ne décourage pas la formalisation des échanges dans les PMA, met en garde Ajmal Ahmady. "Présenter son passeport pour effectuer une transaction d'un dollar serait jugé excessif, je pense, par la plupart des gens."

Numérisation des paiements

"Les PMA ont aussi besoin du soutien d'organisations telles que l'OMC pour développer des produits de financement du commerce qui incitent les entreprises à financer le commerce via les circuits bancaires formels", ajoute‑t‑il.

"Bien que le commerce de l'Afghanistan reste essentiellement fondé sur les échanges en espèces, et malgré le soutien minimum accordé jusqu'ici au financement du commerce, le pays a investi dans un effort de numérisation qui devrait contribuer à changer la donne", indique le Gouverneur de la Banque d'Afghanistan. Après une année passée à surmonter les obstacles techniques liés à l'intégration des banques et des sociétés de téléphonie mobile dans le système de paiement mobile du pays, il s'attend à ce que les transferts électroniques augmentent de manière significative au cours de l'année à venir et au‑delà – et à ce que cela facilite la formalisation et le financement des échanges.

Alors qu'auparavant, un négociant à la frontière devait apporter sa facture douanière à une succursale de la Banque centrale pour que celle‑ci procède au paiement, Ajmal Ahmady note que "maintenant que toutes les banques sont reliées électroniquement à la Banque centrale, cette personne peut désormais se rendre dans n'importe quelle banque pour qu'elle honore le paiement d'une facture douanière. L'étape suivante consistera alors à permettre à ce négociant d'effectuer des paiements via son téléphone pour cette facture ou de s'acquitter des droits de douane directement auprès du Ministère des finances. Ce sont les capacités sur lesquelles nous travaillons."

Pour que l'Afghanistan puisse exploiter ensuite les possibilités offertes par le commerce électronique national et transfrontières, les sites Web et les magasins devront être en mesure d'accepter les paiements en ligne. Cela ne sera possible que lorsque les commerçants pourront dépenser de l'argent en le réinjectant dans le système plutôt que de l'encaisser immédiatement. Selon M. Ahmady, de telles réformes en matière de paiement et de numérisation amélioreront considérablement, à terme, les possibilités de financement du commerce pour les exportateurs.

 

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Avertissement

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