Ibrahima Sittina Farate: Une femme innove, les exportations d'un pays commencent à prospérer

Aux Comores, une doyenne a des projets pour les cultures uniques de son pays

Des flacons de différentes tailles sont remplis de parfums, sérums, lotions et autres produits fabriqués aux Comores – tous à partir de plantes et de fleurs elles aussi cultivées dans le pays.

Assise dans son modeste salon par un après‑midi pluvieux, ses produits estampillés de la marque Biozen alignés sur une petite table, Ibrahima Sittina Farate nous a décrit les ingrédients de chacun d'eux et leurs propriétés thérapeutiques uniques.

Après des études d'agronomie à l'Université de Madagascar, elle crée son entreprise de "biocosmétiques", comme elle les appelle, des produits spécialisés parfumés à l'ylang‑ylang ou auxquels elle ajoute une pointe de girofle ou une touche de vanille. Ces ingrédients sont aussi la spécialité de son pays, des cultures d'exportation à forte valeur ajoutée qu'elle utilise toutefois à biens d'autres fins.

"Je veux faire les choses différemment. Ce n'est pas parce qu'on fait quelque chose depuis des siècles qu'on doit continuer à le faire", a‑t‑elle dit. "Pourquoi ne pas changer?"

Après avoir obtenu son diplôme, elle est retournée dans son pays et dans les plantations d'ylang‑ylang de sa famille. Son père récoltait les fleurs et les vendait aux distillateurs. Elle lui a demandé pourquoi ils ne les transformaient pas eux‑mêmes en huile essentielle.

C'est à ce moment‑là, en 2015, qu'elle créa son entreprise; elle est aujourd'hui devenue experte du processus de transformation de l'ylang‑ylang, depuis la fleur jusqu'à ses effets sur le corps humain, et innove dans la fabrication de ses produits avec des moyens très limités.

Tendant un flacon en plastique rempli d'un liquide au léger parfum d'ylang‑ylang, elle a dit: "L'hydrolat, qui est comme de l'eau de fleur, s'obtient par distillation en même temps que l'huile essentielle d'ylang‑ylang. Souvent, les gens le gâchent en le laissant retourner dans le sol. Je récupère et utilise tous les produits dérivés."

"Vous avez probablement déjà utilisé de l'hydrolat sans le savoir. Si vous avez déjà utilisé du shampooing ou de la lotion pour le corps, vous pouvez être sûrs que ces produits contenaient de l'hydrolat."

Elle pulvérise un peu d'eau d'ylang‑ylang et utilise également de l'hydrolat dans la lotion à la vanille qu'elle produit. Grâce au soutien fourni par le Cadre intégré renforcé (CIR) pour l'acquisition de matériel de distillation et de matériaux d'emballage et l'élaboration d'une stratégie de marque, elle espère pouvoir dynamiser son activité, sa marque et ses marchés.

"Je vends l'huile essentielle que je produis dans ma distillerie à un intermédiaire, qui la revend à une parfumerie française", a‑t‑elle dit.

Elle aimerait toutefois vendre directement ses produits à l'étranger. L'accès à ces marchés dépend des certifications obtenues et de la politique d'exportation, ainsi que de nombreux autres facteurs extérieurs.

Étant donné que le gouvernement des Comores concentre ses efforts sur le développement du secteur agricole du pays – et en particulier sur les ressources à fort potentiel et à forte valeur ajoutée que sont l'ylang‑ylang, la vanille et le clou de girofle –, les bases sont jetées pour permettre à des entrepreneurs comme Sittina de réussir. Vient ensuite la question de l'accès au financement et au crédit, puis celle de l'accès aux marchés.

C'est au bout d'une route bordée d'une végétation luxuriante et parsemée de pierres de lave, au milieu de sa plantation d'ylang‑ylang de trois hectares située à l'extérieur de Moroni, que Sittina a installé sa distillerie. Elle décrit le processus de distillation et évoque les autres plantes qu'elle aimerait utiliser dans la fabrication de ses produits.

Elle sait également que ce que ses terres lui fournissent aujourd'hui n'est pas garanti pour l'avenir et a conscience de l'appauvrissement des ressources et de la nécessité d'adopter des modes de production durables. Elle utilise actuellement le bois des manguiers qui poussent sur ses terres, mais craint qu'il n'y en ait plus assez dans quelques années. Elle a donc entamé un processus de réflexion et de planification.

"La déforestation existe aux Comores parce que tout le monde a besoin de bois pour distiller l'ylang‑ylang. J'envisage d'utiliser des panneaux solaires au lieu du bois pour alimenter le système de distillation, mais cela coûte cher. Ces panneaux devraient néanmoins produire assez d'électricité pour tout le village", a‑t‑elle dit.

"Idéalement, nous pourrions mobiliser la communauté pour acheter collectivement des panneaux solaires".

C'est cette approche communautaire qui lui a permis d'aller si loin. Pour la communauté de personnes qui peuple les trois îles des Comores, c'est ce type de planification et de partenariat qui permettra l'essor du commerce du pays et, de ce fait, de son économie et de sa population.

 

Ollivier Girard/EIF