Août 17, 2021

Investir dans les zones protégées pour promouvoir une relance verte

Une nouvelle étude montre que la conservation de l'environnement et le tourisme peuvent aller de pair et fait des recommandations concernant la manière d'y parvenir.

La pandémie de COVID-19 a entraîné une profonde récession mondiale pendant laquelle une grande partie de l'activité économique a ralenti, l'un des secteurs les plus durement touchés étant le tourisme. Dans les économies tributaires du tourisme, en Afrique et dans les Caraïbes par exemple, le PIB devrait se contracter de 12%.

Ces pertes économiques se produisent à un moment où la biodiversité est en danger à l'échelle mondiale. L'indice Planète vivante 2020 a fait état d'un déclin, en moyenne, de 68% des oiseaux, amphibiens, mammifères, poissons et reptiles depuis 1970. La biodiversité est importante en raison de sa valeur intrinsèque et parce qu'elle sous-tend le bien-être des personnes et soutient l'activité économique. Les zones protégées, qui sont essentielles à toute initiative mondiale visant à contenir la perte de biodiversité, attirent huit milliards de visiteurs dans une année ordinaire.

Comment les pays peuvent-ils faire face aux catastrophes croisées d'une pandémie dans un contexte d'appauvrissement de la diversité biologique? En outre, les pays peuvent-ils se permettre d'assurer la conservation de zones encore plus étendues alors que la nécessité d'une relance économique est si urgente, que les marges de manœuvre budgétaires sont étroites et que tant de problèmes persistent en matière de développement?

L'étude "Banking on Protected Areas" soutient que c'est possible. Elle a évalué les retombées économiques du tourisme sur l'économie locale dans cinq zones protégées situées au Brésil, aux Fidji, au Népal et en Zambie. Un modèle connu sous le nom de "LEWIE" – Local Economy-Wide Impact Evaluation (évaluation de l'impact sur l'ensemble de l'économie locale) – a été utilisé pour mesurer l'impact direct sur l'économie des sommes dépensées par les visiteurs en droits d'entrée dans les parcs, en hôtels, transports, loisirs et activités récréatives, lesquelles créent des emplois et soutiennent les entreprises locales. Les effets indirects induits lorsque les entreprises touristiques et les employés du secteur stimulent plus encore l'activité économique en faisant appel aux services d'autres entreprises locales ont également été mesurés.

Les constatations de l'étude montrent que la promotion d'un tourisme durable et inclusif dans les zones protégées permet aux pays de faire face à l'aggravation des crises, de soutenir la reprise pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie, de relever les défis de longue date en matière de développement, et de conserver la biodiversité.

Constatations

L'étude montre que le tourisme dans les zones protégées génère d'importants multiplicateurs de revenu, une mesure essentielle de l'incidence économique. Les multiplicateurs de revenu générés par le tourisme sont supérieurs à un dans tous les pays visés par l'étude, ce qui signifie que chaque unité monétaire supplémentaire injectée dans l'économie locale moyennant les dépenses des touristes augmente les revenus des ménages locaux de manière bien supérieure à un. Ce résultat montre que les relations avec le marché local sont fortes et amplifient les dépenses des touristes.

L'étude constate que le tourisme dans les zones protégées crée d'importantes possibilités d'emplois. Les activités touristiques créent de l'emploi directement, mais aussi indirectement en stimulant les économies locales. Par exemple, en Zambie, le tourisme dans les zones protégées a fourni du travail à 14% et 30% de la population en âge de travailler autour du parc du Bas-Zambèze et du parc de Sud Luangwa, respectivement. L'étude a tenu compte des postes dans les hôtels ainsi que dans les services de voyage et de restauration, par exemple, ainsi que des personnes ayant trouvé un emploi du fait de la demande accrue de biens et de services induite par le tourisme dans des secteurs tels que le commerce de détail, les services et, dans certains cas, l'agriculture, l'élevage et la pêche.

Il ressort également de cette étude que les investissements publics dans les zones protégées sont rentables et génèrent des retombées économiques importantes. Les taux de rendement des dépenses publiques sont nettement supérieurs à un, transformant les zones protégées en atouts économiques précieux. Comme cela a été indiqué, le tourisme a une incidence économique directe et indirecte sur les économies locales, qui génèrent à leur tour des taux de rendement des dépenses publiques compris entre 6,20 dollars EU et 28,20 dollars EU pour chaque dollar investi provenant de fonds publics. Au Brésil, les quelque 460 000 dollars de dépenses publiques alloués au parc national marin des Abrolhos en 2019 ont principalement couvert les frais de personnel et les dépenses administratives, y compris les salaires et les transports, et ont soutenu le tourisme, qui a généré près de 2,9 millions de dollars, soit plus de six fois le montant investi.

Bien que les constatations de l'étude ne puissent pas être appliquées à toutes les zones protégées, elles offrent des enseignements tirés de différents contextes à partir desquels on peut adapter les politiques. Ce qui est fondamental, cependant, pour tous les efforts entrepris, c'est de bien financer et gérer les zones protégées, de promouvoir le tourisme, de diversifier les offres touristiques, et de partager équitablement les bénéfices avec les communautés locales.

Recommandation n° 1: protéger les atouts

Pour protéger les atouts naturels, il faut formaliser leur statut. Cette formalisation confère également aux gouvernements le pouvoir de relever les normes environnementales et de réduire les incidences négatives du tourisme. L'étude plaide fortement en faveur de l'investissement dans la gestion des aires protégées; pour ce faire, elle encourage le recours à des instruments financiers comme les finances publiques, ainsi que des mécanismes innovants pour exploiter les ressources du secteur privé, tels que les fonds d'affectation spéciale pour la conservation de l'environnement, le financement dans le secteur du carbone, les émissions d'obligations vertes et les partenariats de collaboration public-privé.

Les zones protégées qui connaissent le succès doivent disposer de gestionnaires qualifiés qui comprennent les lois et les politiques relatives aux zones protégées, de même que les besoins des acteurs du tourisme et des entités commerciales. Enfin, pour défendre l'argument des dépenses publiques et faciliter la planification, les gouvernements et les organismes chargés de la protection de l'environnement devraient évaluer périodiquement l'incidence du tourisme dans les zones protégées.

Recommandation n° 2: développer et diversifier l'économie

Dans de nombreux pays, le tourisme dans les zones protégées est axé sur quelques sites clés, ce qui condense les effets à la fois positifs et négatifs du tourisme. Dans les pays visés par l'étude, du fait de la concentration des visiteurs dans des sites renommés, il est important d'élargir le nombre de sites constituant des zones protégées et de sélectionner les sites prioritaires en fonction de critères tels que les voies d'accès routier, la sécurité, la biodiversité, l'attrait des paysages et l'intérêt des parties prenantes locales pour le tourisme.

Un autre moyen de promouvoir le tourisme dans les zones protégées est d'accorder des concessions, ce qui peut améliorer le fonctionnement des parcs par la gestion et le financement des infrastructures, et de fournir des services en matière d'hébergement, de restauration, de marchandise, d'activités récréatives, de location d'équipements et de transport. Des approches similaires pour externaliser le développement du tourisme peuvent inclure des baux, des contrats de gestion et des licences, ces dispositifs devant stipuler les principales conditions et modalités de l'activité commerciale, telles que la durée, le type d'activités, les conditions environnementales et les droits d'accès.

Recommandation n° 3: partager les avantages

Partager les avantages obtenus avec les communautés locales est essentiel si l'on veut soutenir le développement local et préserver l'intégrité des zones protégées. Ces avantages devraient être répartis équitablement en incluant les personnes démunies et défavorisées; l'étude recommande que des politiques soient mises en place à cette fin.

Parmi les approches préconisées pour partager les avantages, on peut citer les emplois directs et indirects, le partage des recettes par les autorités chargées des zones protégées, les plans de partage des recettes des entreprises touristiques et les partenariats, l'utilisation durable de la flore et de la faune, et la participation à la prise de décisions et au renforcement des capacités.

Le tourisme étant le levier le plus puissant pour partager les avantages générés par les zones protégées avec les communautés, les autorités publiques devraient aider les ménages à prendre part à l'économie touristique par le biais de la formation à l'entreprenariat, du développement des qualifications, des services de crédit et de la logistique. Les autorités devraient également soutenir la diversification économique et les achats locaux afin de renforcer les liens au sein des économies locales, d'éviter la contrebande et d'accroître les multiplicateurs. L'atténuation et la compensation sont des mesures fondamentales pour gérer les conflits entre l'homme et la faune sauvage et obtenir l'adhésion des communautés locales, qui sont les bénéficiaires et alliés essentiels de la conservation de l'environnement.

Prises conjointement, ces trois recommandations peuvent améliorer les résultats en matière de développement, assurer la sécurité des atouts que constitue la biodiversité et soutenir la reprise économique après la pandémie.

About the author

Urvashi Narain est économiste principale à la Banque mondiale. Phoebe Spencer est une jeune professionnelle à la Banque mondiale.

Avertissement

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