Janvier 21, 2021

Comment la pandémie révèle les déséquilibres dans les chaînes d'approvisionnement mondiales

Une ouvrière du secteur de l'habillement dans une usine de confection ayant réouvert pendant la pandémie de COVID‑19 à Dacca, au Bangladesh. Photo: Fahad Abdullah Kaizer / UN Women/CC BY-NC-ND.

 Publié initialement par Devex le 17 November 2020

Le commerce n'est pas simplement une question de droits de douane ou de taxes, comme la COVID‑19 l'a montré.

Des produits frais au papier hygiénique en passant par les bicyclettes, la pandémie a perturbé les réseaux d'approvisionnement complexes qui sillonnent la planète. À la défaveur de cette perturbation, le virus a mis en évidence la sensibilité d'un grand nombre de ces liens et montré combien les moins bien lotis de la planète étaient fragiles dans le cadre de ces arrangements mondiaux.

Les usines de confection au Bangladesh, au Myanmar et au Cambodge ont toutes subi des annulations de commandes. Globalement, les entreprises de mode américaines et européennes ont refusé de payer aux fournisseurs étrangers plus de 16 milliards de dollars de marchandises, ce qui a eu des effets néfastes sur des millions de travailleurs.

Les pays à faible revenu qui sont fortement tributaires du tourisme ont aussi été touchés. Les confinements décrétés du fait de la pandémie ont conduit à des annulations, le corollaire étant que de nombreuses personnes travaillant dans les parcs, les safaris et les lieux patrimoniaux – souvent situés dans des zones reculées où les perspectives d'emploi sont limitées – ont perdu travail et revenus essentiels.

Évidemment, la pandémie de COVID‑19 est une catastrophe de proportions gigantesques qui a frappé d'une manière ou d'une autre la majorité, voire la totalité, des individus et des institutions. Faut‑il s'attendre à une plus grande résilience des chaînes de valeur mondiales (GVM), qui ont été le moteur du commerce international et ont stimulé le développement économique de certains pays à faible revenu?

1  Surmonter les difficultés

Devenir un maillon d'une "chaîne" mondiale de production peut aider les nations les plus pauvres du monde à dynamiser leur économie. Les entreprises de ces pays doivent cependant surmonter les difficultés qui se posent en termes de douanes et de transport et d'infrastructure et de prescriptions en matière de certification. Ensuite les choses deviennent possibles.

En Allemagne, la surveillance volontaire des atteintes aux droits de l'homme commises dans la chaîne d'approvisionnement "a échoué"

Le pays est poussé à mettre en place des règlementations contraignantes.

Selon le Rapport sur le développement dans le monde 2020 de la Banque mondiale, une augmentation de 1% de la participation aux chaînes de valeur mondiales accroît le revenu par habitant de plus de 1%. Le rapport observe toutefois que les chaînes de valeur mondiales sont à la croisée des chemins, car leur expansion stagne depuis 2008, leur part dans les échanges commerciaux étant de 52%.

Prenons l'exemple du Bangladesh: le pays a doublé sa part du marché mondial des exportations entre 1995 et 2012, progression due pour l'essentiel à l'intégration de son industrie des vêtements dans les CVM. La clé du succès remporté par le pays tient aux incitations gouvernementales, aux formules de travail flexibles et à des taux d'imposition très bas. Pourtant, selon le Center for Global Workers Rights, plus d'un million de travailleurs ont été licenciés au cours de la pandémie du fait de l'annulation de commandes et des refus de paiement de la part des acheteurs.

Les CVM peuvent‑elles se recentrer, de sorte que les pays les moins bien lotis comme le Bangladesh ne soient pas les premiers à faire les frais des chocs?

2  Montrer la voie

Le secteur des services des CVM est lié à la plus forte croissance du produit intérieur brut. Les emplois créés dans ce secteur compensent les pertes enregistrées dans le secteur manufacturier. Les pays ont réagi, par exemple, en s'employant à développer les industries du tourisme ou le secteur des technologies de l'information. Pendant des années, Cabo Verde, qui s'était positionné comme une île idyllique, se trouve aujourd'hui à un tournant de son histoire dans le contexte des restrictions en matière de voyage appliquées à l'échelle mondiale en raison de la pandémie. Qu'a fait le pays? Il verse aux travailleurs du secteur du tourisme qui ont perdu leur emploi 70% de leurs revenus jusqu'à la fin de cette année.

Le développement exponentiel des besoins mondiaux en connectivité désormais numérique donne la possibilité aux pays à revenu faible et intermédiaire d'être la tête de pont de nouveaux modèles pour eux‑mêmes et de poursuivre parallèlement les efforts qui ont porté leurs fruits.

Au Myanmar, le gouvernement a répondu promptement au besoin accru en matière de commerce numérique. L'Office du tourisme de la Tanzanie et les autorités chargées de la conservation de la faune ont diffusé en direct la grande migration des gnous. Au Samoa, Women In Business Development s'est appuyée sur l'application Maua, première plate‑forme de commerce électronique du pays, pour créer un marché en ligne via lequel les agriculteurs et les petites entreprises ont écoulé leurs produits pendant les périodes de confinement.

3  Recommandations

Abstraction faite du rôle essentiel joué par les importateurs, les entreprises, les donateurs, et les organismes multilatéraux, que peuvent faire les pays à faible revenu pour exercer un certain contrôle?

1. Identifier les forces et les faiblesses

Les pays doivent tirer parti de leurs forces et renforcer leur résilience face aux chocs. Le secteur éthiopien du café met à profit ses liens étroits avec les différents marchés du café de l'UE, du Royaume‑Uni et de l'Arabie saoudite pour surmonter la crise mondiale du café. Les programmes qui garantissent un prix minimum aux agriculteurs et aux producteurs de café, ou le versement d'un salaire aux ouvriers de la confection et aux guides touristiques sont maintenant plus importants que jamais.

2. Améliorer le climat des affaires

Grâce à des institutions solides et transparentes, les pays peuvent mieux comprendre la dynamique complexe des CVM et ainsi, espérons‑le, imposer leurs conditions. Les gouvernements pourraient revoir leurs stratégies de l'investissement étranger direct en s'intéressant aux secteurs d'exportation qui ont attiré les investissements. Le Rwanda offre désormais un taux d'imposition préférentiel aux investisseurs qui s'engagent à travailler avec différentes sources d'énergie afin de positionner les investissements du pays à l'issue de la pandémie.

3. Réduire les obstacles au commerce et à l'investissement

Les pays peuvent remédier aux règles douanières complexes, aux réglementations hostiles aux entreprises étrangères et aux restrictions à l'exportation de manière à ne pas être d'emblée désavantagés. Des initiatives telles que le Cadre intégré renforcé de l'Organisation mondiale du commerce ont coopéré avec les pays pour évaluer les obstacles et s'emploient à mettre les améliorations en action.

4. Renforcer les capacités numériques

Internet a déjà facilité les CVM, mais un grand nombre de pays devra encore surmonter les nombreuses difficultés qui existent en termes d'infrastructures, de compétences, de systèmes, et de politiques.

En matière de commerce, aucun pays ne peut fonctionner en silo. Le CIR et les pays à plus faible revenu ont mené une campagne intitulée #PowerUpTrade qui montre comment les personnes qui travaillent tout au long des chaînes de valeur sont touchées par la COVID‑19.

La pandémie nous montre que les pays les plus pauvres sont toujours ceux qui sont les plus vulnérables et que s'ils peuvent faire beaucoup de choses par eux‑mêmes, ils ne peuvent pas non plus les faire seuls.

About the author

Deanna Ramsay est rédactrice en chef des Nouvelles du commerce pour le développement du Cadre intégré renforcé au sein de l'Organisation mondiale du commerce à Genève, Suisse

Violeta Gonzalez Behar est responsable des partenariats, des communications et de la mobilisation des ressources au sein du Cadre intégré renforcé, un partenariat multilatéral pour le commerce durable hébergé par l'Organisation mondiale du commerce. À ce titre, elle dirige une équipe mondiale chargée d'aider le CIR à établir des partenariats stratégiques, à communiquer sur ses résultats et à obtenir des financements pour les opérations qu'il mène dans 51 économies en développement.

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.