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Septembre 06, 2022

Les mangues séchées font grimper les exportations de fruits du Burkina Faso

Chaque année, entre mars et juillet, les arbres fruitiers du Burkina Faso, pays enclavé d'Afrique de l'Ouest, s'animent de l'odeur délicieuse et des couleurs des mangues. 

L'air chaud du Sahel fait passer les fruits du vert aux nuances de jaune et d'orange, débordant de douceur. Les arbres s'affaissent sous le poids des mangues et des enfants qui grimpent dans leurs branches pour manger le fruit interdit. Dans la partie occidentale du pays, les arbres fruitiers sont si nombreux et poussent naturellement que les mangues tombent sur le sol comme une manne tombée du ciel. 

Ce délice céleste est aussi un gros business terrestre. Les mangues représentent plus de la moitié des fruits cultivés dans ce pays où huit personnes sur dix vivent de l'agriculture. 

La valeur réelle, cependant, réside dans les recettes en devises provenant de l'exportation de ce fruit vers l'Europe, l'Asie et les pays voisins. Les mangues fraîches sont délicieuses mais difficiles à transporter vers ces marchés d'exportation sans perdre leur fraîcheur. Le salut réside dans les produits transformés et séchés à base de mangue, qui ont connu une croissance au cours de la dernière décennie. 

La production de mangue séchée est passée de 700 tonnes en 2014 à 3 800 tonnes en 2020, entraînant une augmentation de 50 % des recettes d'exportation sur cette période. 

Conscient de la prime accordée aux exportations à valeur ajoutée, le gouvernement du Burkina Faso s'est associé entre 2014 et 2018 au Cadre intégré renforcé (CIR) pour améliorer le processus de séchage et de certification des mangues séchées destinées à l'exportation.  Le projet a été essentiel pour pousser lentement mais fermement le pays vers la modernisation de ses entreprises agro-industrielles - et donner du jus à ses exportations. 

Une valeur ajoutée

En général, les produits transformés bénéficient d'une plus grande stabilité des prix que les matières premières, ce qui rend leur exportation moins risquée. Cela élargit les débouchés commerciaux et contribue à sécuriser les revenus des travailleurs tout au long de la chaîne de valeur, dont beaucoup sont des femmes et vivent souvent dans des zones rurales. 

L'exportation de mangues séchées est une alternative rentable à l'exportation de mangues fraîches, car la qualité de ces dernières est souvent compromise pendant le transport en raison d'une mauvaise logistique, comme le manque de cargaisons aériennes, ou du coût élevé des conteneurs réfrigérés. Le séchage réduit également les pertes post-récolte, ce qui signifie plus d'argent pour les producteurs, les transformateurs et les exportateurs. 

L'exportation de mangues séchées élimine également les obstacles liés à l'exportation de produits frais et assure un meilleur contrôle de la qualité du produit final que les clients achètent. 

Cependant, le processus de séchage des mangues n'est pas toujours simple. M. Soulemane Pierre Sodre, coordinateur de l'Unité nationale de mise en œuvre du CIR au ministère de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat du Burkina Faso, explique que s'ils ne sont pas utilisés correctement, les séchoirs peuvent provoquer des incendies et endommager les unités de transformation. 

Le projet a amélioré le processus de séchage en construisant de nouvelles unités de traitement conformes aux normes environnementales. Il a également acheté et installé de nouveaux séchoirs dans les unités existantes. Les travailleurs ont été formés au fonctionnement des séchoirs ainsi qu'à la compréhension et à l'application des bonnes pratiques de transformation et des normes sanitaires. 

Ces changements ont renforcé la chaîne de valeur de la mangue et augmenté la qualité des produits finaux. Le nombre d'unités de transformation a doublé pour atteindre 100, tandis que les unités de conditionnement sont passées de une à six. Cela a élargi les opportunités sur l'ensemble de la chaîne de valeur, qui emploie désormais plus de 12 000 personnes, dont 600 postes permanents, et 70 % étant des femmes. 

"Avant le projet en 2014, notre chiffre d'affaires annuel moyen était de 3,5 millions de dollars, il est désormais passé à 9,3 millions de dollars", a déclaré Mamadou Ouattara, président de l'Association des professionnels de la transformation de la mangue du Burkina Faso. "Les revenus de nos travailleurs ont augmenté, ce qui a fait une énorme différence dans leur vie". 

L'association coopérative fonctionne depuis 2008 et regroupe la plupart des unités de transformation de la mangue dans le pays. Elle se concentre principalement sur le séchage de la mangue, mais soutient également la production de jus, de sirop et de vinaigre de mangue. Elle entretient une relation étroite avec les producteurs de tout le pays et, en transformant les mangues à proximité des exploitations, réduit les déchets et le temps entre la récolte et la transformation. 

Transformation structurelle

Pour un pays fortement dépendant de produits de base comme l'or et le coton pour ses exportations, les mangues sont une douce addition au bilan du Burkina Faso. La mangue séchée burkinabé bénéficie désormais de 25 % de parts de marché en Europe. 

Au-delà des parts de marché à l'exportation, la valeur ajoutée de l'agro-transformation réside dans sa contribution à l'industrialisation et à la valorisation des produits de base, qui sont essentielles au développement économique. L'agro-transformation rapproche un pays du développement de son secteur manufacturier et, en fin de compte, d'une croissance plus rapide. 

Il faudra bien plus que quelques unités de séchage pour industrialiser le Burkina Faso, et la fillière de la mangue est encore confrontée à des problèmes de financement. Mais la nouvelle Zone de libre-échange continentale africaine réaffirme l'importance de l'industrialisation et du commerce régional pour le développement durable du continent.

En tranchant, découpant, séchant et exportant, le Burkina Faso montre qu'il peut y parvenir, une mangue à la fois.

Mots-clés
Mango
Crédits

© Ollivier Girard/EIF

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.