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Octobre 18, 2022

Les exportations des petits fournisseurs de services ont le vent en poupe

Le présent article s'appuie sur une publication du Centre du commerce international établie récemment par les auteurs, intitulée
"SME Competitiveness Outlook 2022: Connected Services, Competitive Businesses"
 

Aujourd'hui, les services jouent un rôle essentiel dans nos économies. Entre 1995 et 2019, la part des pays les moins avancés (PMA) dans lesquels le secteur des services est le principal moteur de la croissance économique a plus que doublé, passant de 38% à 77%. En 2019, le secteur des services a généré environ deux tiers de la production économique et créé la plupart des emplois à l'échelle mondiale. Au cœur de cette transformation économique induite par les services se trouvent des petites et moyennes entreprises (PME) qui exercent dans quelques secteurs clés.

La plupart des entreprises de services sont petites: 9 sur 10 comptent moins de 100 employés. Les coûts d'entrée sont généralement moindres que dans d'autres secteurs. Une petite entreprise du secteur des services aura plus de facilité à exporter qu'une de ses homologues du secteur manufacturier. Si elle est compétitive et qu'elle exporte, elle favorise le développement et la transformation économique

Certains services sont plus importants que d'autres

Toutefois, tous les secteurs de services ne se valent pas. Certains déterminent les tendances qui sous-tendent les changements économiques actuels. Pendant la révolution industrielle, la transformation économique provenait principalement de l'industrie des textiles et du vêtement, qui avait recours à de nouveaux modes d'organisation de la production, tels que l'assemblage à la chaîne des vêtements, et à de nouvelles technologies, telles que l'égrenage du coton.

À notre époque, la production s'organise en chaînes d'approvisionnement internationales et les technologies sont numériques. Ces tendances économiques actuelles s'articulent autour de quatre services, que le Centre du commerce international (ITC) appelle "services connectés", à savoir les services de transport et de logistique, les services financiers, les services relatifs aux technologies de l'information et de la communication et les services fournis aux entreprises et les services professionnels. 

Ces quatre services connectés sont essentiels aux chaînes d'approvisionnement, dans lesquelles les services constituent à présent une part de valeur plus importante, un phénomène désigné par le terme de "servicification". En outre, ils sont à l'avant-poste de l'utilisation des technologies numériques, qui leur permettent de s'exporter au-delà des frontières alors que leur portée était auparavant considérée comme locale. Ils donnent toutes les clés dont les entreprises ont besoin pour prospérer – des modalités de paiement efficaces et des financements innovants, une connectivité numérique et physique fiable et un savoir-faire commercial pointu. 

Les services connectés sont précieux en soi, car ils contribuent directement à la croissance économique. L'emploi est en plein essor dans ces secteurs, en particulier dans les pays à faible revenu, où leur croissance annuelle moyenne s'est établie à 8% pendant la période 2007-2019, contre 4% pour le secteur manufacturier et 2% pour le secteur agricole. Sur le même intervalle, dans les PMA, la croissance des exportations de services connectés a dépassé celle des autres services et a été plus rapide que dans le reste du monde. Ces secteurs attirent davantage d'investissements étrangers et réinjectent une proportion plus importante de leurs recettes dans l'innovation. 

Les services connectés rendent toutes les entreprises compétitives

Cependant, c'est la contribution de ces services à la compétitivité générale qui les rend essentiels. Ils influent indirectement sur la situation en constituant des intrants indispensables à d'autres entreprises. L'ITC a mené des travaux de recherche dont il ressort que tous les secteurs sont plus compétitifs quand ils ont accès à des services connectés de bonne qualité. Dans les régions où les services connectés sont de haute qualité, 44% des entreprises exportent, contre 19% dans les zones où la qualité de ces services est moindre. 

En effet, des services connectés de bonne qualité ouvrent la voie à de bonnes pratiques commerciales qui favorisent la compétitivité des exportations. À titre d'exemple, d'après une analyse de données issues d'une enquête de l'ITC sur la compétitivité des PME, 78% des entreprises qui ont accès à des services de logistique de haute qualité ont une bonne gestion des stocks, contre 36% des entreprises qui dépendent de services de faible qualité. 

En outre, 46% des entreprises qui ont accès à des services financiers de haute qualité créent souvent de nouveaux produits ou de nouveaux procédés, contre 31% des entreprises qui dépendent de services de faible qualité. Par ailleurs, 58% des entreprises qui ont accès à des services relatifs aux technologies de l'information et de la communication de haute qualité disposent d'un site Web, contre 35% des entreprises qui reçoivent des services de faible qualité. 

Petites entreprises de services prêtes à exporter

La consommation intermédiaire de services importe particulièrement à la compétitivité des exportations, mais la plupart des petites entreprises des pays en développement peinent à accéder à ces services ou à en obtenir de bonne qualité. Par exemple, neuf grandes entreprises sur dix sollicitent des entreprises de logistique professionnelles pour qu'elles leur apportent les intrants provenant des fournisseurs et acheminent les produits aux acheteurs, contre six PME sur dix. Souvent, les PME n'ont pas suffisamment de marchandises pour remplir un conteneur ou faire appel à une entreprise de logistique indépendante. Quand elles assurent elles-mêmes la logistique, elles sont susceptibles d'avoir maille à partir avec les chauffeurs et d'avoir à s'y retrouver parmi des formulaires douaniers complexes. 

Même les services connectés externalisés par les PME ont tendance à être médiocres. Au total 53% des grandes entreprises se disent satisfaites de la qualité des services qu'elles externalisent, contre 34% des PME. Dans ce cadre, il est nécessaire d'améliorer la fourniture de services connectés compétitifs à l'échelle mondiale. Dans certains domaines, tels que les services fournis aux entreprises et les services professionnels et les services logistiques, il convient d'avoir recours à des prestataires locaux. 

En outre, l'importation de services connectés provenant des PME de pays voisins peut aider les entreprises d'un pays à devenir plus compétitives. D'ordinaire, les entreprises du secteur des services exportent moins que celles du secteur manufacturier, en partie parce que les coûts du commerce sont, en moyenne, plus importants dans le premier cas que dans le second. Néanmoins, les petites entreprises de services semblent avoir plus de facilité à exporter que les petites entreprises manufacturières. 

L'écart entre les exportations des petites et des grandes entreprises du secteur manufacturier est deux fois supérieur à celui des entreprises du secteur des services. En particulier, les petites et moyennes entreprises exportent moins (-49 points de pourcentage) que les grandes entreprises du secteur manufacturier. Néanmoins, dans le secteur des services, cet écart n'est que de 22 points de pourcentage. 

Les entreprises de services de portée nationale ont des résultats moins satisfaisants que les exportateurs de services dans quelques domaines liés à la compétitivité: la mise en relation avec les acheteurs et les institutions, la certification et l'innovation. Partant, par rapport aux entreprises du secteur manufacturier, elles doivent apporter moins d'améliorations à leurs opérations commerciales avant d'exporter. 

Actuellement, la valeur des échanges provient avant tout de la fourniture de services connectés au début et à la fin des chaînes de valeur. Une poignée d'économies émergentes assurent la plupart des exportations de services connectés et un nombre réduit de grandes entreprises dominent des sections essentielles de ces secteurs. Néanmoins, bon nombre de débouchés s'offrent aux PME qui souhaitent fournir de tels services. Les fournisseurs de services connectés qui exercent dans des pays en développement réussissent car ils modulent et adaptent leurs offres en fonction des besoins dans le pays. 

Les travaux de l'ITC mettent au jour quatre compétences qui font souvent défaut, mais qui sont essentielles à la compétitivité des PME qui fournissent des services connectés, à savoir la capacité d'étoffer des réseaux, la capacité d'innover, la capacité de renforcer les capacités et la capacité d'utiliser le financement aux fins de la diversification des produits et des marchés. Le programme Connected Services, Competitive Businesses Plan, contenu dans l'ouvrage "SME Competitiveness Outlook 2022" publié par l'ITC énumère les principales initiatives prises dans ce cadre. Il définit des solutions grâce auxquelles les entreprises peuvent remédier aux lacunes mises au jour et explique la façon dont les institutions de soutien aux entreprises et les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle essentiel pour ce qui est de garantir l'accès de toutes les entreprises à ces intrants importants. 

Les services connectés contribuent à l'égalisation dans nos sociétés car ils alimentent une croissance favorable aux petites entreprises, y compris à celles dirigées par des femmes et des jeunes. L'écart de participation au commerce demeure, mais il est moindre pour les entreprises dirigées par des femmes et des jeunes du secteur des services que pour celles du secteur manufacturier. 

Les PMA étant actuellement confrontés à des crises multiples, une approche du développement axée sur les services peut aider les pays à décoller et à transformer leur économie. Il est temps que nous redoublions d'efforts pour aider les petites entreprises à fournir des services connectés et à y accéder. En collaborant avec les acteurs aux niveaux des entreprises, de l'écosystème de soutien aux entreprises et des pouvoirs publics, nous pouvons créer un réseau d'appui pour que les petites entreprises aient une présence en ligne et se fassent une place dans le système commercial mondial.

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.