Le tourisme comme moyen de sortir le Pacifique de la pauvreté

Publiée initialement sur Thomson Reuters Foundation News

Le front de mer de Port‑Vila, au Vanuatu, grouille d'activités. Les vendeurs – pour la plupart des femmes – interpellent les touristes qui déambulent et les exhortent à jeter un coup d'œil sur une tenue insulaire bigarrée ou un panier soigneusement tressé.

Ces "mamans du marché", comme on les appelle familièrement, sont la colonne vertébrale d'un secteur vital de l'économie du Vanuatu – l'industrie touristique. Le tourisme, qui emploie 55% de la main‑d'œuvre totale au Vanuatu et génère 65% du PIB du Vanuatu, aide en outre les habitants à développer leur résilience face aux changements climatiques.

Prenons l'exemple du front de mer de Port‑Vila, qui a été détruit par le cyclone tropical Pam en mars 2015. Avec l'aide de la Nouvelle‑Zélande et du Cadre intégré renforcé, le Vanuatu a réaménagé ce site pour en faire un endroit attrayant pour les habitants et les visiteurs en édifiant une scène pour des spectacles culturels, en raccordant les "mamans du marché" à l'électricité et à Internet et en renforçant le parapet du front de mer pour mieux le protéger contre l'érosion.

Le réaménagement du front de mer devrait contribuer à une progression de 36% des arrivées de touristes cette année, ce qui signifie plus d'emplois locaux non seulement pour les acteurs du tourisme, mais aussi pour les agriculteurs, les fabricants de meubles, les esthéticiennes, les artistes et autres professions directement ou indirectement concernées par le secteur du tourisme.

Le Vanuatu n'est pas le seul État insulaire du Pacifique dont le développement économique et social soit à ce point tributaire du tourisme. Le Conseil mondial des voyages et du tourisme (CMVT) classe l'Océanie au deuxième rang derrière les Caraïbes pour ce qui est de la contribution du tourisme à l'emploi, au PIB, aux dépenses intérieures et aux dépenses de visiteurs venus de l'étranger.

Les Îles Salomon sont, elles aussi, un pays qui voit dans le tourisme un outil puissant pour faire reculer la pauvreté dans les zones rurales, et qui a pris un certain nombre de mesures efficaces ces dernières années pour encourager une plus forte participation des femmes et des jeunes à l'activité dans ce secteur.

Des initiatives telles que la Stratégie nationale de développement du tourisme 2015‑2019 ont instauré un cadre propice à l'essor du tourisme et produit une feuille de route devant déboucher sur une industrie touristique prospère à moyen et long termes.

Cela a ouvert la voie à des filières de formation accessibles dans les domaines de l'accueil, des voyages et du tourisme, dont les femmes ont particulièrement profité puisqu'elles représentaient en 2016 plus de 70% des inscriptions à l'École des métiers du tourisme de l'Université nationale des Îles Salomon.

Cela étant, les États insulaires du Pacifique ont encore de nombreux choix à opérer s'ils veulent utiliser le tourisme comme levier de développement, mais cela appelle des mesures prioritaires et urgentes.

Premièrement, ces pays ont besoin de capacités de transport adaptées, notamment pour améliorer les services aériens et portuaires en accroissant les fréquences et en abaissant le coût des trajets à partir des principales destinations touristiques.

Deuxièmement, la région doit développer et renforcer les établissements d'enseignement afin de pouvoir former les compétences professionnelles requises par le tourisme. Un plus grand nombre de demandeurs d'emploi locaux pourront ainsi bénéficier de l'activité dans ce secteur.

Troisièmement, dans certains pays, le coût élevé des visas de tourisme et autres formalités, ainsi que certaines procédures contraignantes à l'arrivée peuvent dissuader les touristes habituels. Il faut impérativement assouplir les formalités en matière de visas et simplifier les procédures en matière de douanes et d'entrée.

Enfin, il faut rapprocher les flux touristiques des entreprises locales afin que le tourisme soit porteur d'une croissance inclusive. Cela pourrait se faire en associant les agriculteurs locaux aux hôtels et restaurants au moyen de partenariats entre pays, comme l'atteste la mise en valeur du front de mer du Vanuatu.

Ce débat arrive au bon moment. Les Nations Unies ont proclamé 2017 Année internationale du tourisme durable pour le développement, en vue d'encourager un changement dans les politiques, les pratiques commerciales et le comportement des consommateurs en faveur d'un secteur du tourisme plus durable de nature à contribuer à la réalisation des 17 Objectifs de développement durable de l'ONU. Les dirigeants des pays du Pacifique se sont engagés à respecter les ODD, le Premier Ministre des Îles Salomon déclarant que ces objectifs étaient leur "engagement suprême".

Ratnakar Adhikari est le Directeur exécutif du Secrétariat exécutif du Cadre intégré renforcé et Joe Natuman est Vice‑Premier Ministre et Ministre du tourisme, du commerce et des affaires ni‑vanuatu.

CREDITS: Sur cette photo d'archives de 2012, on voit une jeune fille qui confectionne des plats avec des feuilles de palmier à Bonegi Beach, lieu qui se situe à Honiara dans les Îles Salomon. REUTERS/Daniel Munoz