Le Tchad vise la diversification des exportations, et ainsi la stabilité

Le pays remédie à sa fragilité en redoublant d'efforts pour stimuler l'économie

Le Tchad est le plus grand pays enclavé d'Afrique.

Ses coûts commerciaux sont parmi les plus élevés, le port le plus proche étant celui de Doula, au Cameroun, à 1 800 km. Aussi, le pays a connu des décennies de conflit armé et a une économie fortement dépendante du pétrole.

Cette dépendance fait que le pays est vulnérable aux fluctuations des prix, qui peuvent avoir une incidence considérable sur sa population pauvre.

"En matière de commerce, le Tchad est un pays importateur net, car il dépend en grande partie du monde extérieur pour satisfaire ses besoins alimentaires nationaux et pour l'approvisionnement en d'autres produits manufacturiers. Il exporte un certain nombre de produits dont le coton fibre, le bétail et d'autres produits à l'état brut et/ou semi transformés, en particulier la gomme arabique, l'arachide et les sésames", a affirmé M. Mahamat Touka Saleh, qui travaille au Ministère tchadien des mines, du développement commercial et industriel, et de la promotion du secteur privé.

"La diversification des exportations requiert de nouveaux investissements. Ainsi, les femmes et les hommes, y compris les handicapés en milieu rural, auront des emplois productifs, décents et durables", a expliqué Saleh, qui est coordonnateur de l'unité nationale de mise en œuvre du Cadre intégré renforcé (CIR).

La forte croissance économique du pays, qui a atteint jusqu'à 7,4% entre 2003 et 2015, était en grande partie attribuable à ses ressources pétrolières. Selon la Banque mondiale, en raison d'une forte baisse des prix du pétrole et de taux de croissance négatifs, le revenu moyen annuel a chuté de 980 USD à 670 USD entre 2014 et 2017.

La reprise économique devrait se poursuivre en 2020, mais le Tchad veut s'assurer que la croissance est maintenant durable en se diversifiant dans d'autres secteurs à fort potentiel d'exportation.

INVESTIR DANS L'AVENIR

La diversification économique peut contribuer à la stabilité d'un pays, y compris sur le plan macroéconomique et en termes de sécurité, mais il n'est pas facile d'y parvenir. Le Tchad et d'autres pays fragiles comme le Mali, le Niger et la Guinée s'efforcent en vain de diversifier leur économie depuis les années 1990. Ces efforts ont été laborieux en raison de la nature des conflits existants, des problèmes structurels et du manque de main‑d'œuvre qualifiée, qui sont autant d'obstacles au développement du commerce.

"Le secteur agricole est le plus important pour la population du Tchad, qui vit principalement en milieu rural. S'agissant des objectifs de diversification, le Tchad veut rationaliser le poids de son secteur agricole dans l'économie nationale et faire en sorte que d'autres secteurs deviennent plus prépondérants et créateurs d'emplois. Cela supposerait peut‑être d'accroître l'industrialisation, ce qui exige donc de procéder différemment; le problème est qu'un tel changement implique les marchés étrangers. L'idée serait de procéder à une sorte de diversification intégrant des processus industriels pour les produits alimentaires afin de générer de la valeur ajoutée qui puisse mieux profiter à l'économie", a dit Khalid El Bernoussi, consultant, responsable de projets et conseiller pour Summit Alliances International.

La diversification des exportations crée des emplois, accélère la croissance et peut encourager l'investissement étranger direct et dans le secteur privé dont le pays a besoin – toutes choses qui ont été empêchées par les tensions sécuritaires dans le pays.

"L'élevage est l'un des secteurs les plus importants de l'économie tchadienne, qui contribue notamment à réduire la pauvreté et à améliorer la sécurité alimentaire. Il représente 53% du PIB et constitue le moyen de subsistance de 40% de la population. Il est la deuxième source de revenus après le pétrole", a affirmé Saleh.

Cependant, avec des droits et taxes à l'exportation de 8% pouvant atteindre 5,00 FCFA par tête de bovin et de chameau, il est plus difficile pour les exportateurs d'animaux d'élevage de soutenir la concurrence sur les marchés mondiaux.

"Le potentiel qu'offre le secteur du cuir n'est pas non plus totalement exploité. Les techniques de préservation et de tannage du cuir sont traditionnelles, inefficaces et ne respectent pas les normes techniques internationales. Les efforts actuels visant à stimuler le secteur du cuir tchadien vont du développement des infrastructures commerciales à l'amélioration de la qualité, pour assurer la diffusion des bonnes pratiques", a‑t‑il dit.

Le potentiel de la gomme arabique du Tchad est également énorme.

Les efforts déployés par le pays pour diversifier son économie ont fait de lui un acteur important du commerce mondial de la gomme arabique, un additif présent dans les boissons gazeuses, les produits alimentaires et les cosmétiques. Le Tchad en est l'un des trois premiers exportateurs au monde; ses exportations de gomme arabique brute ont dépassé les 13 000 tonnes entre 2014 et 2016.

Le Tchad a accompli des progrès considérables et travaille de concert avec des institutions internationales telles que le CIR, l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le Centre du commerce international (ITC). Aujourd'hui, un nouveau label, "Cristal du Tchad", atteint de nouveaux marchés d'exportation. Selon l'ITC, le volume des exportations de gomme arabique devrait doubler dans les cinq prochaines années, l'Inde figurant parmi les principaux marchés cibles.

"Parmi les principales priorités pour le futur, citons notamment la progression dans les chaînes de valeur du beurre de karité, des dattes, du natron et du sésame", a précisé Saleh.

RESTER STABLE

Les données montrent que les flux commerciaux jouent un rôle majeur dans les situations de fragilité: ils sont plus importants que d'autres flux extérieurs et pourtant extrêmement concentrés sur les produits primaires. Les variations des prix des produits de base et la volatilité des recettes peuvent avoir un effet déstabilisant, et ce phénomène est encore plus marqué pour certains produits de base exportés, y compris le pétrole et le gaz.

Bien que des fonds de stabilisation et une transparence accrue dans la gestion des réponses naturelles puissent être utiles, une réponse plus structurelle ouvrirait la voie à la diversification des exportations.

S'affranchir de sa dépendance à l'égard du pétrole requiert des efforts considérables et de l'argent. Il s'agit d'une situation à laquelle de nombreux pays moins avancés (PMA), dont le Tchad, doivent faire face.

"Il est nécessaire de combiner la dynamique mise en place dans le pays avec les normes internationales concernant le commerce établies par l'Organisation mondiale du commerce. En fait, pour contribuer efficacement au développement de l'économie locale d'un point de vue national, il est également nécessaire d'avoir un appui sans faille et une réglementation internationale. Les PMA ont besoin de règles souples en matière de commerce international pour faciliter leur intégration dans l'économie mondiale", a affirmé El Bernoussi.

Il a ajouté: "C'est un tout: les réglementations commerciales internationales doivent être assez flexibles pour permettre aux PMA de mettre en œuvre des processus nationaux qui accélèrent leur économie."

La "Vision 2030" du Tchad a précisément pour objectif cette accélération et établit quatre priorités: promouvoir la paix, instaurer la bonne gouvernance et un État de droit, assurer la diversification économique et assurer une meilleure qualité de vie.

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CREDITS: Header image of refugees from Darfur living in Chad - ©European Union (photo by Dominique Catton) via Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.0 Generic (CC BY-NC-ND 2.0)