La faiblesse des capacités productives des PMA entraîne des déficits extérieurs et une dépendance à l'égard du financement extérieur

  • Depuis toujours, les pays les moins avancés (PMA) affichent des déficits commerciaux chroniques.

  • L'excédent récurrent des importations par rapport aux exportations est la conséquence de la faiblesse des capacités productives et de l'incapacité de la plupart des PMA à transformer la structure de leur économie.

  • Les déficits extérieurs des PMA sont principalement financés par l'aide publique au développement (APD).

  • Les PMA doivent gérer prudemment leur dépendance à l'égard de l'APD.

Les résultats commerciaux de la plupart des pays les moins avancés (PMA) ont toujours été marqués par des déficits chroniques, et cette situation ne s'est pas inversée récemment.

Les économies des PMA ont connu une croissance plus forte que prévue au lendemain de la crise financière mondiale de 2008 2009, atteignant un taux annuel de près de 5% pendant la période allant de 2011 à 2017. Cette croissance s'est accompagnée d'une augmentation annuelle de 2,7% de leurs recettes d'exportation (de biens et de services) au cours de la même période.

Ces bons résultats ont toutefois été éclipsés par une croissance beaucoup plus rapide des importations. Le volume des importations de marchandises, qui a été multiplié par 3,5 entre 2000 et 2017, a augmenté plus rapidement que celui des exportations et n'a connu qu'un léger ralentissement depuis 2009. Cette évolution a été stimulée par une croissance rapide de la consommation, en particulier celle des biens dont l'élasticité revenu des importations est relativement élevée, par des besoins d'investissement importants nécessitant des biens d'équipement importés ainsi que par la demande d'intermédiaires importés dans le contexte des activités des chaînes de valeur mondiales.

Faiblesse de la structure des échanges en dépit d'une croissance positive

Pourquoi les PMA connaissent cette évolution inquiétante de leur commerce malgré une forte croissance? Cela s'explique par la faiblesse des capacités productives et l'incapacité de ces pays à réaliser une transformation structurelle vers des activités et des secteurs plus modernes et plus productifs.

Par conséquent, les exportations des PMA sont très concentrées sur les produits de base et les produits manufacturés à faible valeur ajoutée (en particulier les vêtements). Les produits de base ont représenté plus de 57% des exportations totales de marchandises du groupe entre 2015 et 2017. La croissance positive des exportations des PMA ces dernières années ne s'est accompagnée que d'une diversification ou d'une modernisation très limitées de leurs paniers d'exportation. De même, la croissance économique continue d'entraîner une forte hausse des importations.

Ces résultats généralement faibles du commerce extérieur des PMA sont en grande partie responsables de la balance courante négative de ces pays (qui inclut également les envois de fonds en plus du commerce extérieur).

La moitié des PMA ont enregistré des déficits chroniques de leur balance courante pendant la période allant de 2002 à 2017. Les déficits se sont maintenus même pour les autres PMA, qui n'ont enregistré des excédents que de manière sporadique. Les seuls PMA qui ont régulièrement réalisé un excédent courant ont été les quelques grands exportateurs de produits de base (notamment l'Angola, la République démocratique du Congo et le Timor Leste) ou des pays dans lesquels les déficits commerciaux chroniques ont été plus que compensés par des envois de fonds importants des travailleurs (notamment le Bangladesh, le Lesotho et le Népal).

En outre, les déficits de la balance courante des PMA se sont creusés. Alors que le groupe des PMA avait réalisé un léger excédent de 2 milliards de dollars EU en 2006 2007   juste avant le début de la crise financière  , cet excédant s'est depuis transformé en déficit croissant, qui a atteint 52 milliards en 2016 2017. L'aggravation des déficits de la balance courante pendant la période d'après crise est généralisée parmi les PMA, et les déséquilibres de la balance courante devraient persister, voire s'aggraver à moyen terme.

Les déficits de la balance courante doivent être financés de l'extérieur

Le déficit courant de la plupart des PMA est le revers de l'insuffisance de l'épargne intérieure par rapport aux besoins d'investissements des PMA. Ces besoins sont énormes et ne cessent de croître au fur et à mesure que ces pays cherchent à réaliser les objectifs de développement durable (ODD).

La mobilisation des ressources intérieures à une échelle proportionnelle aux énormes besoins d'investissements des PMA n'est pas envisageable pour ces pays en raison de leurs faibles revenus et de leur niveau élevé de pauvreté. Les déficits de la balance courante doivent être comblés par des apports de capitaux étrangers, d'où les besoins de ressources extérieures des PMA et leur dépendance à l'égard de l'épargne étrangère.

Les principales sources de financement extérieur ont jusqu'à présent été l'investissement étranger direct, l'aide publique au développement traditionnelle, les ressources obtenues dans le cadre de la coopération Sud Sud, les envois de fonds, les emprunts extérieurs et les investissements de portefeuille.

La faiblesse des capacités productives des PMA et leur incapacité à réaliser une transformation structurelle pèsent sur leur aptitude à mobiliser des sources de financement viables au moyen d'instruments fondés sur le marché. Par conséquent, la première source de financement extérieur du développement des PMA en tant que groupe est l'aide publique au développement (APD), et la vaste majorité de ces pays en sont tributaires.

La dépendance à l'égard de l'APD des PMA les empêche de plusieurs manières d'atteindre leurs objectifs de développement, à la différence d'autres pays en développement, pour lesquels l'investissement étranger direct est la principale source de financement.

 

Principales sources de financement extérieur des pays les moins avancés, 2017

LDC Report Graph

Source: CNUCED

 

De plus en plus, les déficits de la balance courante des PMA sont financés par des instruments de dette tels que l'APD et les prêts commerciaux. Par conséquent, la dette extérieure de ces pays s'est accrue en même temps que s'est creusé leur déficit de la balance courante. L'encours total de la dette extérieure des PMA a plus que doublé entre 2007 et 2017, passant de 146 à 313 milliards de dollars.

La dette de plusieurs PMA s'est alourdie à tel point que, pour certains d'entre eux, elle est devenue insoutenable ou risque de le devenir. À l'heure actuelle, sur les 46 PMA dont la viabilité de la dette a été évaluée, 5 sont en surendettement et 13 autres sont exposés à un risque élevé de surendettement. Il est tout aussi préoccupant de constater que la plupart de ces PMA avaient bénéficié d'un allégement de leur dette à peine dix à quinze ans plus tôt, dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés ou de l'Initiative d'allégement de la dette multilatérale.

À terme, l'objectif est de surmonter la dépendance à l'égard de l'aide

À moyen et à long terme, les PMA doivent surmonter leur dépendance à l'égard de l'APD et recourir davantage à d'autres sources de financement du développement telles que le financement commercial. Une mobilisation réussie des financements extérieurs permettra aux PMA de stimuler le développement de leurs capacités productives et de réaliser une transformation structurelle de leur économie.

À court terme, les PMA doivent gérer prudemment l'APD et, à long terme, ils doivent surmonter leur dépendance à l'égard de l'APD pour financer leur développement. Cela exige une stratégie de financement de leur développement qui soit soigneusement élaborée et mise en œuvre.

 

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On trouvera une analyse plus détaillée des résultats extérieurs des PMA et de leur dépendance à l'égard du financement extérieur, ainsi que des politiques et stratégies visant à surmonter les difficultés que rencontrent actuellement ces pays, dans le rapport de la CNUCED intitulé "Rapport 2019 sur les pays les moins avancés: Le financement extérieur du développement, aujourd'hui et demain − Dépendance persistante, difficultés nouvelles", disponible dès le 19 novembre 2019.

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Rolf Traeger est chef de la section des PMA de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

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