Exploiter le potentiel commercial de l'Ouganda

De la recherche à l'action, l'Ouganda met l'accent sur la facilitation pour doper l'économie et créer des emplois

L'Ouganda a l'une des économies connaissant la croissance la plus rapide en Afrique, ainsi qu'une population qui augmente rapidement.

Selon le Ministère ougandais du commerce, de l'industrie et des coopératives, les exportations du pays ont augmenté de 7,23% en 2017/18 par rapport à l'année précédente, une hausse largement due au secteur agricole du pays, qui joue un rôle prépondérant.

Mais avec une population qui devrait dépasser les 60 millions d'habitants d'ici à 2030, le pays a beaucoup à faire pour créer des emplois, ainsi que pour éviter une dépendance excessive à l'égard de tel ou tel produit. Selon la Banque mondiale, l'Ouganda doit créer plus de 600 000 emplois par an d'ici à 2030 pour pouvoir faire face au nombre de personnes qui entrent sur le marché du travail.

En 2005, le gouvernement a entrepris d'améliorer les perspectives économiques de l'Ouganda, et les chiffres montrent que ces efforts se sont traduits par des gains en matière d'emploi et de réduction de la pauvreté dans un pays où environ un tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté extrême.

"Nous avons commencé par une étude, une étude diagnostique de notre économie. Nous nous sommes penchés sur les produits de base, mais aussi sur l'économie en général. Et nous nous sommes rendus compte qu'alors même que nous nous engagions sur la voie du commerce et de l'investissement, notre secteur privé était confronté à de nombreuses contraintes, étant donné qu'il s'agit d'une économie dirigée par le secteur privé", a déclaré Amelia Kyambadde, Ministre ougandaise du commerce, de l'industrie et des coopératives.

Mme Kyambadde fait reference à l'étude diagnostique sur l'intégration du commerce (EDIC), une analyse réalisée avec l'appui du Cadre intégré renforcé (CIR) qui aide à définir la stratégie des pays en matière de compétitivité à l'exportation et propose des recommandations pour encourager la croissance, la création d'emplois et le renforcement des institutions.

FACILITATION DU COMMERCE

L'étude relative à l'Ouganda et sa mise à jour réalisée en 2013 ont estimé que les efforts du pays pour promouvoir une croissance tirée par les exportations donnaient de bons résultats et a recommandé la poursuite de la diversification économique. Elle a indiqué que l'intégration régionale pourrait être un moyen essentiel d'atteindre les objectifs économiques du pays, les marchés des biens et des services contribuant à diversifier l'économie en la rendant moins dépendante des produits de base et en aidant les petits commerçants qui font du commerce informel transfrontières.

 

 

"Cette étude et l'EDIC révisée ont permis d'identifier les contraintes économiques et sectorielles spécifiques à la croissance du commerce et de proposer des mesures prioritaires pour y remédier. Je suis très fière d'annoncer ici que l'Ouganda s'est attaqué à ces contraintes et a fait beaucoup pour les surmonter", a dit Mme Kyambadde.

"Cette étude a été très efficace pour notre économie parce qu'elle nous a ouvert les yeux sur les défis que nous avons à relever", a t elle ajouté.

S'agissant des mesures prises par le pays à la suite de ces analyses du commerce, Mme Kyambadde a évoqué un système de notification en ligne des obstacles non tarifaires qui avait réduit les coûts et les délais de passage des marchandises aux frontières, la construction de trois guichets uniques qui ont facilité la circulation des personnes et des marchandises, et la mise en place d'un système électronique à guichet unique qui a réduit de 25% les délais de dédouanement pour les importations et les exportations.

PERSPECTIVES RÉGIONALES

Pour Samuel Ssenkungu, Directeur du commerce au Ministère du commerce, de l'industrie et des coopératives, les partenariats de l'Ouganda avec ses voisins dans la région sont fondamentaux pour l'avenir du commerce du pays.

"Nous avons commencé par un accord commercial stratégique à la fin des années 1990 pour passer ensuite à un marché commun de la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAE) et maintenant à une union douanière. Nous attachons donc une grande importance au développement de notre bloc économique régional car les peuples de ces pays sont presque nos frères et sœurs. Des frontières nous séparent ... mais nous avons beaucoup en commun", a dit M. Ssenkungu.

Des organisations régionales dont l'Ouganda fait désormais partie comme la CAE, le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA), la zone de libre échange tripartite et la zone de libre échange continentale africaine (ZLECA) contribuent à l'amélioration du commerce du pays.

Mme Kyambadde a déclaré: "C'est dans les régions de la CAE et du COMESA que l'Ouganda enregistre une balance commerciale positive depuis 2007. Notre balance commerciale, qui s'élevait à 383,9 millions de dollars EU en 2007, est passée à 615,7 millions de dollars EU en 2016."

 

 

Le pays joue également un rôle de plus en plus important en tant que plaque tournante de la distribution pour d'autres pays et régions voisins, d'autant plus qu'il a des rendements agricoles élevés.

PANIER ALIMENTAIRE

M. Ssenkungu a déclaré: "L'Ouganda est stratégiquement situé. C'est un pays relié par la voie terrestre à tous les pays qui l'entourent. Nous sommes bien nantis en termes de ressources naturelles et de conditions climatiques ... Nous nous considérons comme le panier alimentaire de la région ... Notre production de maïs à elle seule est de cinq millions de tonnes par an mais en tant que nation, nous ne pouvons en consommer qu'une tonne. Donc si nous arrivons à gérer nos pertes après récolte, nous avons suffisamment de maïs pour nourrir l'Afrique de l'Est."

En ce qui concerne le secteur agricole ougandais, un rapport de la Banque mondiale de 2018 a révélé un potentiel d'emploi inexploité dans ce secteur, qui assure déjà 70% de l'emploi dans le pays et contribue pour environ un quart au produit intérieur brut (PIB).

"Il existe un certain nombre de produits alimentaires qui, à notre avis, ont un potentiel d'exportation vers les pays voisins. Le maïs en fait partie, de même que les haricots, le sucre, le riz, les ananas, le café et le thé. Mais nous savons aussi que la majeure partie de nos exportations sont des matières premières et qu'à long terme, nous devons développer notre capacité à ajouter de la valeur à certains de ces produits que nous vendons à l'extérieur pour en accroître le prix", a déclaré M. Ssenkungu.

À ce potentiel de transformation s'ajoute celui des nombreux commerçants individuels du pays, qui travaillent parfois de manière informelle et non officielle et qui vendent massivement à l'étranger, même avec peu d'infrastructures ou de réseaux de soutien.

"La plus grande partie du commerce transfrontalier n'est pas officiel, avec des petits commerçants locaux qui traversent à bicyclette la frontière sans aucun contrôle, et c'est là l'un des plus gros problèmes. Nous voulons formaliser le commerce et, à cet égard, nous travaillons avec le COMESA pour créer des zones aux points de passage frontaliers qui ont des installations de stockage. Ainsi, au lieu de commerçants qui traversent la frontière ils peuvent interagir à l'installation d'entreposage au poste frontalier ... Nous voulons aussi établir des installations de transformation dans ces zones frontalières d'exportation ", a t il dit.

L'économie ougandaise étant dominée par les petites entreprises et les travailleurs indépendants, et avec une population jeune en plein essor, les conditions sont réunies pour stimuler la croissance et, comme le gouvernement le fait, faciliter le commerce afin d'en optimiser le potentiel.

CREDITS: Header image - ©Deanna Ramsay/EIF