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Mai 10, 2022

Décryptage d'un partenariat florissant

Les deux dernières années ont été très mouvementées, la COVID‑19 et le changement climatique ayant bousculé les habitudes et les systèmes mondiaux, nationaux et locaux. La guerre en Ukraine, un événement auquel on ne s'attendait plus dans l'Europe de l'après‑guerre mondiale, et ses conséquences désastreuses dans des pays éloignés des parties belligérantes, ajoute des tensions, de la complexité et un incertitude croissante à une conjoncture internationale déjà difficile.

Dans ce contexte, il ne faut pas sous‑estimer l'importance des partenariats car aucun individu ni aucun groupe ne peut à lui seul surmonter une difficulté de cette ampleur.

L'idée n'est pas nouvelle. En 2011, le Partenariat mondial de l'OCDE pour une coopération efficace au service du développement a été établi en vertu de l'Accord de partenariat de Busan. Toutefois, avec la menace des trois "C" – COVID‑19, changement climatique et conflit – le principe du partenariat gagne en importance. La COP26 a mis en lumière un nombre record d'initiatives conjointes et le Programme d'action de Doha en faveur des pays les moins avancés se veut un partenariat mondial incluant l'ONU, les institutions multilatérales, les banques régionales de développement, les pays les moins avancés (PMA), le secteur privé et la société civile.

Même la communauté commerciale ressent la poussée des partenariats. Historiquement, le commerce était considéré comme un monde distinct fonctionnant indépendamment du développement. L'idée du développement dans le commerce multilatéral était souvent réduite au principe du traitement spécial et différencié, qui exempte les pays en développement de certaines obligations imposées par le régime commercial. Toutefois, récemment, il a fallu reconsidérer l'interconnexion entre, d'une part, le commerce et la politique commerciale et, d'autre part, les questions relatives au développement, à l'environnement et à la société. Par exemple, les négociations sur les subventions à la pêche menées à l'OMC donneraient lieu au premier accord – s'il était conclu – qui viserait à protéger l'environnement en plus de réglementer la pêche.

Dans la pratique, le commerce doit désormais être abordé dans le contexte plus large du développement économique et des cadres financiers et réglementaires connexes, mais aussi prendre en compte son interaction avec les questions sociales, environnementales et politiques, y compris les crises sanitaires, le changement climatique et les conflits. C'est là que la notion de partenariat entre en jeu. Et pour faire face à la nécessité de plus en plus impérieuse d'agir et d'opérer un réel changement, nous devons examiner et utiliser tous les exemples offerts par les dernières décennies de développement international. Même face à un changement rapide, les bonnes pratiques ne sont jamais dépassées.

Associant le multilatéralisme avec la notion de partenariat et le leadership des pays, le Cadre intégré renforcé (CIR) peut servir d'exemple quant à la manière de renforcer la collaboration et les liens nécessaires pour faire en sorte que le commerce ait un effet positif sur ceux qui en ont le plus besoin.

Né en 1997 d'un désir des Membres de l'OMC de mieux intégrer les PMA dans le nouveau système commercial mondial, le CIR est devenu, au fil des ans, une plate‑forme phare pour les partenariats intersectoriels entre les acteurs du commerce et du développement visant à aider les PMA à se doter d'institutions, de connaissances, de capacités et de technologies liées au commerce.

Grâce au soutien des partenaires du CIR, bon nombre de PMA ont amélioré leurs résultats économiques et sont devenus des partenaires plus actifs dans le commerce régional et mondial. Par exemple, le CIR a doublé son aide en raison d'une augmentation d'environ 20% des exportations totales des PMA dont l'économie était plus forte et dont le volume des exportations était équivalent ou supérieur à la moyenne. En comparaison, il a été constaté que l'Aide pour le commerce totale a été doublée du fait d'une augmentation de 4,7% du commerce total (exportations et importations de marchandises et de services) des bénéficiaires de cette aide.

Toutefois, l'impact du partenariat va au‑delà du commerce et du développement économique car de nombreuses interventions visent clairement à améliorer la protection de l'environnement et la protection sociale. Par exemple, les projets du CIR qui soutiennent la production de miel et de beurre de karité en Zambie et en Ouganda, respectivement, ont eu des effets secondaires importants sur la durabilité environnementale et l'atténuation des effets du changement climatique.

L'Évaluation 2022 du CIR reconnaît que l'un des principes clés à l'origine du succès du modèle du CIR est celui du partenariat. Les interventions des partenaires du CIR dans un pays requièrent d'abord l'adhésion du gouvernement et s'appuient sur des approches collaboratives entre les partenaires internationaux, nationaux et locaux. Cette combinaison garantit non seulement une approche globale et cohérente des problèmes locaux, mais aussi la durabilité et la transposition à plus grande échelle des réalisations et des enseignements tirés.

Voici ce que nous avons appris au sujet des partenariats:

Les partenariats ne sont pas statiques

Les partenariats ne sont pas statiques et, comme toute relation, ils évoluent. Comme l'indique l'évaluation, l'examen régulier des mandats, de la répartition des tâches et des structures connexes au sein du partenariat est essentiel pour garantir des attentes communes et une utilisation stratégique de l'avantage comparatif et de la valeur ajoutée apportée par chacun des partenaires.

Un bon exemple est l'initiative du CIR "Rendre les femmes plus autonomes, dynamiser les échanges", qui vise à transformer la vie économique des femmes dans les PMA. Une collaboration étroite a permis aux partenaires du CIR que sont l'ITC, la CNUCED, le PNUD et la Banque mondiale de renforcer les liens entre eux et leurs relations avec les gouvernements bénéficiaires, contribuant ainsi à intégrer les questions relatives à l'égalité des genres dans le commerce et dans la politique commerciale. Cela a également ouvert la voie à de nouveaux partenariats avec l'UIT, la plate‑forme East African Women in Business et Fairtrade Australia et a permis de mobiliser des ressources additionnelles et des compétences techniques.

Lorsque le partenariat accueille de nouveaux partenaires ou aborde de nouvelles questions thématiques, une réflexion doit avoir lieu au niveau de la gouvernance pour examiner la situation actuelle du partenariat et les meilleurs moyens de le rendre plus efficace pour lui permettre d'atteindre ses objectifs.

Le partenariat doit se considérer comme collectivement responsable de la réalisation de cette mission et définir clairement les différents rôles et la répartition des tâches. Cela implique de réexaminer constamment son mandat et d'adapter la répartition des tâches pour tenir compte des changements survenus.

Les partenariats ont besoin d'un négociateur

Opérer un changement mesurable dans l'écosystème souvent complexe et politiquement sensible de l'assistance technique liée au commerce dans les PMA et autour de ces pays requiert une coordination et une collaboration étroites, non seulement au niveau mondial, mais aussi aux niveaux national et local.

Les partenariats sont complexes et leur négociation dans un monde interconnecté, mais cloisonné, devient de plus en plus importante pour encourager l'esprit de collaboration, le partage de compétences, l'ouverture au dialogue et la flexibilité chez tous les partenaires.

Cependant, comme pour toute fonction de négociation, la confiance des principaux mandants est essentielle pour reconnaître la valeur du partenariat, ainsi que la contribution de chaque partenaire à ce dernier. Il est également important d'encourager l'esprit de collaboration et le partage de compétences de la part du négociateur, ainsi que de tous les partenaires.

Pour relever les défis mondiaux actuels au moyen de partenariats, il nous faudra aussi abandonner les anciennes méthodes de travail et mener une action collective là où les résultats et les succès l'emportent sur les objectifs et préoccupations individuels.

Comme l'a dit feu Steve Jobs, "Dans les affaires, les grandes choses ne sont jamais faites par une seule personne, elles sont faites par toute une équipe". Le monde d'aujourd'hui ne nous permet pas de réfléchir à la nécessité ou à l'efficacité des partenariats; il nous oblige à accélérer et à perfectionner nos efforts pour établir des partenariats dans le but de soutenir les plus pauvres et les plus vulnérables, mais aussi dans notre intérêt à tous. La série de réunions et d'activités mondiales prévues en 2022, y compris la Conférence ministérielle de l'OMC, l'Examen de l'Aide pour le commerce et la COP27, offre des occasions inédites de joindre le geste à la parole. Saisissons ces occasions.

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Cet article fait partie de la série d'évaluations du CIR, qui examine l'impact sur dix ans qu'ont eu les partenariats du CIR dans les pays les moins avancés. 

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.