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Avril 19, 2022

Les marchés transfrontières du Rwanda stimulent le commerce

L'amélioration des infrastructures rapproche les producteurs et les exportateurs, augmentant les volumes, les revenus et les recettes fiscales à mesure que le commerce se remet des effets de la COVID-19.

Le district de Karongi, situé dans la partie occidentale du Rwanda, se trouve sur les bords du lac Kivu et à peu près à mi-chemin entre deux grandes villes, Goma et Bukavu, de l'autre côté de la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC).

Le bétail paît sur les pentes abruptes des collines verdoyantes, mais comme la plupart des familles élèvent les mêmes espèces d'animaux ou des espèces similaires, les véritables possibilités pour les résidents se trouvent de l'autre côté de la frontière, en RDC, où la demande est élevée.

À certains postes frontière, jusqu'à 40 000 personnes traversent quotidiennement, mais ce commerce transfrontières a longtemps été largement informel, non réglementé et peu sûr, en particulier pour les femmes commerçantes.

En 2018, le gouvernement rwandais, avec le soutien de ses partenaires, a commencé à construire de nouveaux marchés transfrontières afin de permettre aux commerçants de faire plus facilement des affaires de l'autre côté de la frontière. Dans le cadre du projet de développement inclusif des capacités commerciales transfrontières, deux marchés transfrontières modernes ont été développés à Karongi, à la frontière avec la RDC, et dans le district de Burera, à la frontière avec l'Ouganda.

Le travail a consisté à établir un cadre national pour le marché transfrontières visant à soutenir la mise en œuvre de la stratégie rwandaise en matière de commerce transfrontières afin d'accroître le commerce bilatéral, et à mettre en place des structures de gestion, des réglementations, des directives opérationnelles et des processus.

En outre, l'infrastructure du marché pour soutenir le commerce transfrontières a été améliorée, notamment par la fourniture d'étals couverts pour les produits frais, et la création de parcs à bétail. Des chambres froides ont été mises en place pour stocker le lait, la viande et d'autres denrées périssables, des magasins et des étals ont été construits pour exposer les denrées sèches à longue durée de conservation, de même que des entrepôts de stockage. En outre, des prestataires de services de transport et de logistique ont été engagés pour rationaliser les itinéraires vers les marchés.

La pandémie de coronavirus a inévitablement perturbé le commerce, notamment en provoquant la fermeture de la frontière, les gouvernements ayant limité les déplacements pour endiguer la propagation de la maladie. Les projets de construction d'entrepôts frigorifiques à Karongi ont été suspendus et les entrepôts fonctionnent au quart de leur capacité. Toutefois, les résultats positifs commencent à se faire sentir à mesure que les restrictions de mouvement sont levées.

En moyenne, 502 porcs, 270 chèvres, 283 volailles et 39 moutons sont vendus chaque jour de marché, le vendredi, sur le marché transfrontières de Karongi, générant un revenu d'environ 75 250 000 RWF (environ 74 000 dollars). Il y a également un commerce de céréales et de boissons, et il est prévu d'ouvrir le marché deux fois par semaine prochainement pour faire face à la demande croissante.

"Le commerce transfrontières a cessé pendant près de deux ans", indique Peter Donelan, coordonnateur national pour le Rwanda au Cadre intégré renforcé. "Les vendeurs ont souffert mais maintenant que la frontière est ouverte en 2022, la demande est forte et ils prévoient de se développer rapidement avec de nouveaux jours de marché et la multiplication des baux commerciaux".

Avant la construction du marché transfrontières, Baziruwiha Bartazar, commerçant et membre de la coopérative, vendait environ 200 porcs chaque semaine au bord du lac. Maintenant qu'il travaille sur le marché, il vend 450 porcs par semaine et prévoit d'augmenter l'offre pour répondre à la demande croissante. Du fait de la demande, le prix a également presque doublé et les porcs qui étaient vendus en moyenne à 80 000 RWF peuvent, dans certains cas, atteindre 150 000 RWF.

Le gouvernement a également bénéficié de ce commerce plus formalisé en collectant 3 500 000 RWF de taxes chaque mois sur le marché de Karongi. Ce montant est appelé à augmenter avec l'accroissement des volumes de vente.

Il y a également des avantages à plus grande échelle. Selon la CNUCED, les femmes représentent un pourcentage important des commerçants transfrontières informels et le secteur est une source vitale d'emplois et de moyens de subsistance pour les pauvres, en particulier les femmes à faible revenu et peu qualifiées des districts frontaliers.

80% du commerce transfrontières informel au Rwanda se fait dans la province occidentale, qui présente également l'un des taux de pauvreté les plus élevés du pays. Selon les données officielles, environ sept commerçants transfrontières sur dix dans la province occidentale du Rwanda sont des femmes. Leurs revenus et leurs moyens de subsistance peuvent être améliorés grâce à leur intégration dans les chaînes d'approvisionnement transfrontières, à l'augmentation du niveau et de la qualité de leur participation aux marchés transfrontières, ainsi qu'à l'amélioration de leurs connaissances en marketing, de leurs connaissances financières et de leur accès au financement.

Tout porte à croire que les marchés transfrontières ont eu une incidence positive sur les moyens de subsistance en augmentant les revenus, notamment chez les jeunes et les femmes. Cela a eu un impact positif sur le district de Karongi, notamment sur le bien-être économique des résidents.

Avec la levée des restrictions liées à la pandémie, l'attention va maintenant se porter sur l'augmentation des volumes commerciaux ainsi que sur l'exploration de la valeur ajoutée des produits vendus. Des discussions sont en cours avec des investisseurs de la capitale, Kigali, concernant l'installation de magasins pour la vente de produits à valeur ajoutée de l'autre côté de la frontière.

Malgré les effets de la COVID-19 et la fermeture de la frontière avec l'Ouganda qui ont eu un impact négatif sur les opérations de certains des marchés transfrontières, les projets continueront à fonctionner même après la fin du programme du CIR.

Les discussions avec les commerçants bénéficiaires, les représentants de la Fédération rwandaise du secteur privé, les responsables de district et les gestionnaires sous contrat des marchés transfrontières révèlent un sentiment d'appropriation et un intérêt pour l'utilisation et le maintien des nouvelles infrastructures destinées à faciliter le commerce transfrontières.

La disponibilité des produits et la croissance des marchés d'exportation stimulent le secteur agricole au Rwanda, avec une croissance à deux chiffres des exportations de produits agricoles au cours du premier trimestre de l'exercice 2021/22.

Avec l'adhésion de la RDC à la Communauté d'Afrique de l'Est, l'avenir des exportations agricoles de ce coin du Rwanda est aussi luxuriant que ses collines verdoyantes. 

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Cet article fait partie de la série d'évaluations du CIR, qui examine l'impact sur dix ans qu'ont eu les partenariats du CIR dans les pays les moins avancés. Le volume 2 de l'évaluation du CIR comprend une étude de cas sur le Rwanda. Pour en savoir plus sur les interventions du CIR au Rwanda, allez à la page 116. 

Avertissement

Les vues et opinions exprimées sur la plate forme Nouvelles du commerce pour le développement sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du CIR.